Un accord toujours aussi inacceptable

Les Écologistes et les groupes parlementaires écologistes à l’Assemblée nationale, au Sénat, et la délégation française écologiste au Parlement européen prennent acte du vote de la France contre le traité de libre-échange UE-Mercosur.

Cette position, tardive et isolée, n’est pas un geste spontané de l’exécutif : elle est le fruit d’une mobilisation massive et déterminée de la société civile, de l’ensemble des syndicats agricoles et des organisations écologistes. Sans ces luttes, sans ces alertes répétées depuis des années, la France n’aurait pas dit non.

Pour autant, nous ne pouvons que déplorer l’adoption de ce traité par une majorité d’États membres ce 9 janvier. Cet accord est une faute politique, écologique et sociale. Il ouvre grand les portes à des importations agricoles produites avec des normes environnementales, sanitaires et sociales bien moins exigeantes que les nôtres, mettant en concurrence déloyale nos paysannes et nos paysans, fragilisant notre souveraineté alimentaire et exposant les citoyennes et les citoyens à des risques accrus pour leur santé.

Le vote de ce 9 janvier est également un déni démocratique. Les gouvernements des États membres, en validant le traité, ont également pris la décision d’appliquer de manière provisoire son volet commercial, sans attendre que le Parlement européen se prononce. Cela est contraire à un accord cadre entre les institutions européennes et au principe de coopération sincère inscrit dans les traités européens. Les gouvernements ont ainsi décidé de passer en force au mépris des agricultrices et des agriculteurs et du Parlement européen, qui représente pourtant la voix des citoyennes et des citoyens.

Depuis 2017, et l’élection d’Emmanuel Macron, l’action du principal pays agricole européen sur ce traité suicidaire pour l’agriculture, notamment pendant la présidence de la France en 2022, n’a jamais cherché à constituer la minorité de blocage à sa ratification. Ce vote “contre” n’est donc que de façade, hypocrite et même cynique, si nous considérons que rien n’a été fait par la France pour qu’il puisse gagner, alors même que d’autres options de blocage de l’accord sont possibles.

Le Mercosur, c’est aussi un accélérateur de déforestation, d’effondrement de la biodiversité et de dérèglement climatique, une prime au productivisme agricole, au détriment des paysannes et des paysans européen·nes et des paysannes et des paysans de la zone Mercosur, et un contresens climatique à l’heure de l’urgence écologique. Dire non aujourd’hui ne suffit pas. Ce traité peut encore être empêché par un vote de rejet au Parlement européen ou par une contestation juridique devant la Cour de justice de l’Union européenne. Si Emmanuel Macron n’emploie pas cette option pour suspendre l’accord, le vote contre de la France restera un vote complice de son adoption. Nous devons refuser que l’Europe sacrifie l’agriculture paysanne et l’environnement sur l’autel du libre-échange.

Nous continuerons à nous battre, aux côtés des mobilisations et au Parlement, pour que ce traité ne voie jamais le jour. Les luttes ont déjà imposé un refus ; elles peuvent encore empêcher ce mauvais accord.

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