Algues vertes : la Commission européenne tape du poing sur la table

6 octobre 2011
La politique française de lutte contre les algues vertes semble susciter le scepticisme de la Commission européenne, qui a adressé au gouvernement un courrier dans lequel elle l’enjoint à effectuer un « état des lieux actualisé et exhaustif Bruxelles a réclamé des éclaircissements à la France. L’objectif ? D’une part « vérifier si le phénomène des algues vertes résulte en une violation » des directives européennes de 1991 et 2000 ayant trait à l’eau et « d’autre part si toutes les mesures pour mettre fin à cette pollution sont bien engagées ».
Algues vertes : la Commission européenne tape du poing sur la table

par Guillaume Duhamel, Jeudi 6 octobre 2011

La politique française de lutte contre les algues vertes semble susciter le scepticisme de la Commission européenne, qui a adressé au gouvernement un courrier dans lequel elle l’enjoint à effectuer un « état des lieux actualisé et exhaustif
Bruxelles a réclamé des éclaircissements à la France. L’objectif ? D’une part « vérifier si le phénomène des algues vertes résulte en une violation » des directives européennes de 1991 et 2000 ayant trait à l’eau et « d’autre part si toutes les mesures pour mettre fin à cette pollution sont bien engagées ».

Passé maître dans l’art des déclarations coup de poing, Nicolas Sarkozy avait ouvertement pris le parti des agriculteurs début juillet à l’occasion d’un déplacement dans le Finistère, allant à l’encontre des conclusions unanimes des experts en affirmant que le secteur primaire n’est pas responsable de la prolifération des algues vertes sur une partie du littoral breton. Et le chef de l’État de saluer au contraire ses efforts pour respecter l’environnement, tandis que les spécialistes, les associations de protection de la nature et nombre d’élus locaux estiment de concert qu’il n’en fait pas assez…

Pro et anti-agriculteurs ont manifesté chacun de leur côté le 18 septembre dernier dans un contexte particulièrement tendu, un mois après que la responsabilité des « marées vertes » dans la disparition de plusieurs dizaines de sangliers cet été ait été démontrée, analyses de prélèvements à l’appui, et alors que les critiques pleuvent sur le plan d’action gouvernemental. Institué en février 2010, d’un montant de cent trente-quatre millions d’euros, celui-ci serait de l’avis des scientifiques incapable de réduire durablement la propagation de nitrates dans les nappes phréatiques dans des proportions significatives.

Si Paris a fini par se pencher sur le dossier, force est de constater que la rengaine des algues vertes revient toujours avec la même régularité de métronome. Ce qui a fini par faire réagir la Commission européenne, laquelle a envoyé une lettre au gouvernement français assortie d’une annexe de onze pages contenant une soixantaine de questions relatives à l’évolution de la situation et aux moyens déployés par les décideurs. Par la plume de Georges Kremlis, membre du service juridique de la Commission, Bruxelles a notamment exprimé sa volonté d’« obtenir des autorités françaises un état des lieux actualisé et exhaustif de l’ensemble des mesures réglementaires, administratives, financières et autres mises en oeuvre et envisagées au cours des derniers mois » ainsi qu’« une description et une analyse des premiers résultats obtenus », rapportent nos confrères de l’AFP.

« La France répondra point par point »

M. Kremlis a en outre rappelé dans sa missive que sept plaintes relatives à la pollution aux algues vertes – toutes déposées cette année et l’an passé – sont actuellement en cours de traitement à Bruxelles. La France dispose d’un délai de deux mois pour transmettre à la Commission les documents et informations requises mais la préfecture de Bretagne a d’ores et déjà fait savoir qu’elle allait s’exécuter d’ici la fin du mois. « La réponse est en train d’être formulée et la France répondra point par point sur les mesures mises en oeuvre », a indiqué un responsable du dossier cité par l’Agence selon lequel la stratégie gouvernementale « se décline comme prévu ».

À noter que le collectif Eaux et rivières de Bretagne, qui juge les interrogations de Bruxelles « parfaitement légitimes », parce que « faisant écho à l’inquiétude des citoyens sur l’efficacité de la politique française de protection des eaux », a de son côté fait savoir sur son site Internet que la lettre a en fait été transmise au gouvernement français… le 18 juillet dernier. « L’État s’est bien gardé de (la) diffuser », a-t-il déploré, tout en soulignant que « les demandes d’explications de la Commission portent sur quatre points majeurs » : « l’ampleur des marées vertes sur le littoral français, au-delà des huit baies concernées par le plan d’action décidé par l’État ; l’efficacité des actions retenues dans le plan gouvernemental et leurs premiers résultats ; la mobilisation des outils règlementaires pour prévenir et réduire les marées vertes à l’amont de l’ensemble des secteurs touchés et la participation financière de la filière agro-alimentaire aux efforts de lutte contre les marées vertes ».

Un autre collectif, celui-ci constitué d’élus Europe Écologie-Les Verts (EELV) de la Région Bretagne et de représentants d’associations, va enfin se rendre mardi prochain dans la capitale belge, a relaté le quotidien Ouest-France dans son édition d’hier. Une pétition réclamant l’application du droit continental afin d’endiguer le fléau sera alors remise à l’eurodéputée écologiste Sandrine Bélier, par ailleurs membre de la Commission parlementaire des pétitions.

La pression s’accentue sur le gouvernement, dont l’action en matière de lutte contre les algues vertes n’a jamais suscité autant de réserves. Sans doute lui faudra-t-il passer la vitesse supérieure et investir davantage pour qu’elle commence à se relâcher.

Crédit photos : Wikimedia Commons – Thesupermat

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