Appel de Clichois : pour un Parlement européen des banlieues

2 décembre 2010
Plusieurs responsables associatifs de Clichy-sous-Bois sont venus témoigner dans la commission Développement régional du Parlement européen, où siège notamment Karima Delli. Alors que les eurodéputés débattent en ce moment de la future politique de cohésion de l’UE, leur expérience au quotidien rappelle l’urgence sociale dans laquelle se trouvent les habitants de ces espaces délaissés par les pouvoirs publics.
Tout a commencé par un appel lancé au président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, dans le journal Libération le 26 octobre 2010. Dans ce texte, Mariam Cissé, la présidente de l’association Un coup de pouce pour l’Afrique et également conseillère municipale de Clichy-sous-Bois, et plusieurs citoyens de cette ville de Seine-Saint-Denis, faisaient part à l’exécutif européen du désoeuvrement de leur environnement urbain, en évoquant notamment « les inégalités sociales et territoriales » et l’immobilisme de l’Etat français. « Aujourd’hui, nous, associations culturelles, sportives, citoyennes clichoises, qui œuvrons pour le lien social dans nos quartiers, voyons se réduire les moyens que les responsables du pays nous avaient promis d’augmenter », lançaient-ils.

A défaut du Président de la Commission européenne, c’est la présidente polonaise de la commission parlementaire du Développement régional, Danuta Maria Hübner, qui a accepté de les rencontrer. Mardi 30 novembre, les sept auteurs de l’appel se sont donc rendus à Bruxelles. Ils ont pris la parole pour exposer leurs revendications et esquisser des solutions pour « rendre leur dignité aux habitants des quartiers » : « L’humain doit resté au centre des questions urbaines, a expliqué Faycal Bouricha, fondateur d’un centre social. L’urbanisme comprend le logement, mais aussi les transports, l’éducation, l’emploi… »

Après les révoltes urbaines de 2005, l’Etat français s’était engagé « à mettre en place un vrai plan Marshall pour les banlieues, afin de réduire les inégalités sociales et territoriales en mobilisant tous les ministères, ont rappelé les Clichois. Cinq ans après, à la suite de la mort de deux des nôtres, nous sommes dans l’obligation de dire à toutes et à tous que rien n’a changé. »

Fonds européens

Pourtant, les fonds européens existent et peuvent être utilisés dans les zones urbaines enclavées : le Fonds européen de développement économique et régional (FEDER) vise par exemple à renforcer la cohésion économique et sociale au sein de l’Union européenne en corrigeant les déséquilibres régionaux. Il permet de pallier les problèmes économiques, environnementaux et sociaux dans les villes. Une structure associative peut bénéficier de cette aide mais c’est le Préfet de région, en partenariat avec le Conseil régional, qui co-finance et met en œuvre le programme. « Les subventions européennes restent bloquées au niveau de l’Etat », dénonce pour sa part Mariam Cissé à Clichy-sous-Bois.

Karima Delli, eurodéputée Europe Écologie, s’est mobilisée pour « faire pression sur les Etats-membres afin qu’ils utilisent de manière concrète les fonds disponibles au niveau européen ». « L’Union européenne peut vraiment agir pour les quartiers populaires en mettant la rénovation urbaine au cœur de son projet », estime-elle. Le 30 avril 2010, une délégation de la commission du développement régional s’est justement déplacée en Seine-Saint-Denis, à son initiative. L’objectif de cette visite : constater sur le terrain les effets concrets de la politique de cohésion dans les zones urbaines et l’utilisation du FEDER. Les eurodéputés venus de plusieurs pays européens avaient ainsi pu découvrir un éco-quartier de la ville de l’Ile-Saint-Denis ou le quartier Nord d’Aulnay-sous-Bois en pleine restructuration.

La mobilisation des Clichois pourrait s’étendre à d’autres pays et d’autres banlieues européennes. Après cette prise de contact à Bruxelles, les signataires de l’appel ont le projet de créer un Parlement européen des banlieues. Une idée enthousiasmante pour les élus Europe Écologie et Daniel Cohn-Bendit, favorable à des Etats généraux des banlieues : « Il faut permettre aux banlieues de se retrouver, de discuter ensemble et de démontrer qu’il existe des solutions crédibles. »

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