Attentat de Corti : Une action de type brigadiste ?

4 avril 2012
Le temps d’une campagne électorale présidentielle est toujours propice au réveil des groupes qui pratiquent la « propagande armée ». L’hypercommunication du moment peut ouvrir un espace médiatique. Mais, pour autant, la volonté de radicalisation dont témoigne l’attentat de Corti ne peut ouvrir aucun espace politique pour la Corse, à l’heure de la fin des derniers conflits armés en Europe, il y a peu en Irlande du Nord, et désormais au Pays Basque.
Le commando cagoulé présent de façon visible sur le terrain pendant que l’acte était en préparation, puis éjectant ses occupants de la voiture qui a servi de « bélier » contre la grille de la sous-préfecture de Corte, pour placer à l’intérieur de l’enceinte un engin explosif, et repli de type commando, après avoir incendié le véhicule pour faire disparaître toute trace ADN, alors qu’une patrouille de gendarmerie arrive sur les lieux : l’action de dimanche dernier à Corti était conçue pour marquer les esprits.
La charge explosive a fait long feu, limitant de facto l’impact de cette opération commando. Mais l’intention était bel et bien là, et elle risque fort de connaître de nouveaux rebondissements. La Corse reste sous l’influence de l’action politique clandestine. Et seul un processus politique mené avec constance sur une longue période pourra en venir à bout.

Alors que cette recrudescence ponctuelle de l’action clandestine intervenait en Corse, dirigée contre une cible d’Etat, après plusieurs mois d’accalmie apparente, le Friendship basque à Bruxelles accueillait une réunion avec les protagonistes du conflit basque, venus témoigner du processus de paix engagé en Euskadi.
Après avoir écouté l’exposé de Jonathan Powell, qui fut responsable auprès de Tony Blair du processus de paix mené en Irlande du Nord, les partis basques ont fait connaître, à travers ce meeting organisé grâce au parrainage du groupe Verts-ALE, leur décision irrévocable de mener à terme le processus de fin de la violence clandestine dans lequel ils se sont engagés.

Jonathan Powell a expliqué son rôle en Euskadi, dans le cadre du groupe de contact créé avec Kofi Annan, Gro Harlem Brundtland, Bertie Ahern, Gerry Adams et Pierre Joxe. Pour lui, cette intervention externe ouvre un espace neutre, facilitateur pour le dialogue entre les protagonistes. Mais il a aussi rappelé le déroulement, long et fragile, du processus de paix en Irlande du Nord. Quand un conflit s’est enkysté dans une société, que des générations « sacrifiées » en ont payé le prix, que des centaines de prisonniers en incarnent la dimension humaine, il est très difficile d’assurer une fin définitive des actions armées, même si l’engagement de la très grande majorité est acquis.

Cet engagement majoritaire est manifeste au Pays Basque, sous l’impulsion d’une société civile qui, au sein même de la gauche abertzale, traditionnel soutien de l’ETA, a lancé le processus aujourd’hui reconnu comme très avancé. Avec cette stratégie nouvelle, en rupture avec la stratégie de tension jusque là soutenue, et dont ETA était l’instrument principal, avec toutes les limites démocratiques imposées à ses propres membres par cette organisation armée, les militants ont accompli d’eux-mêmes un chemin fondamental. Et les faits leur ont donné raison. L’Etat espagnol a été obligé de renoncer à sa stratégie d’illégalisation des partis politiques créés pour représenter cette mouvance, et la présence de Bildu aux élections provinciales du printemps dernier a permis au peuple basque d’apporter un soutien sans équivoque à cette stratégie de réconciliation et d’abandon de la violence.
Finalement, elle a été acceptée par ETA, sous la pression notamment des prisonniers politiques qui, dans leur très grande majorité, ont donné leur aval au projet d’arrêt définitif de la violence politique. Le groupe de contact, à travers la voix de Jonathan Powell, est venu témoigner devant l’Europe de l’engagement clair et sincère qu’il a reçu de l’ETA. Et ce témoignage a permis d’ouvrir le dialogue au sein même du Parlement européen malgré le verrouillage des élus espagnolistes présents dans tous les autres groupes politiques.

Comme cela a été le cas en Irlande, le processus du Pays Basque sera long et semé d’embûches. Des résurgences de type brigadiste sont possibles, comme cela a été le cas en Irlande autour du groupe « IRA véritable ». Mais un processus historique est en cours pour les nations sans Etat de l’Union Européenne. Il se décline en Ecosse avec la marche en avant du peuple écossais vers son autodétermination par des voies uniquement démocratiques, comme en Irlande et au Pays Basque où l’abandon de la lutte clandestine permet aux processus de paix d’ouvrir la voie à des solutions politiques démocratiques.

Pour avancer, le peuple corse devra suivre le même chemin.

François ALFONSI

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