Contre les fermes usines et la criminalisation des lanceurs d’alerte

Le mercredi 17 juin 2015 se tenait à Amiens le procès en appel de neuf militants de la Confédération Paysanne, poursuivis pour avoir « endommagé » à deux reprises des installations de la ferme des 1000 vaches. L’occasion de se retrouver pour l’ensemble des associations et militants luttant contre ce nouveau grand projet inutile, afin d’alerter l’opinion publique sur la dangerosité de ces fermes usines et sur la nécessité de refuser la criminalisation des lanceurs d’alerte.

Ce mercredi 17 juin 2015, se tient au palais de justice d’Amiens le procès en appel de neuf militants de la Confédération Paysanne, poursuivis pour avoir « endommagé » à deux reprises des installations de la ferme dite des 1000 vaches (située à Drucat-Le Plessiel, près d’Abbeville dans la Somme) en septembre 2013 et mai 2014. Or le directeur d’exploitation de cette ferme géante, Michel Welter, a reconnu récemment abriter près de 800 bovins, contre les 500 actuellement autorisés par l’administration lors de la mise en route de l’exploitation. Les militants sont donc poursuivis pour avoir entravé l’exploitation de la ferme des 1000 vaches dont les activités elles-mêmes ne respectent pas la loi.

C’est pourquoi l’ensemble des associations et militants luttant contre ce nouveau grand projet inutile profitent aujourd’hui du procès d’Amiens pour alerter l’opinion publique sur la dangerosité de ces fermes usines, tant pour l’environnement que pour l’emploi, et sur la nécessité de refuser la criminalisation des lanceurs d’alerte.

Ainsi se sont retrouvés devant la cour d’appel d’Amiens des centaines d’opposants à la ferme des 1000 vaches, dont des élu-e-s locaux, nationaux et européens, pour manifester leur soutien aux neuf militants poursuivis et leur refus de ce type de projet imposé. Parmi eux, les eurodéputés écologistes José BOVE, Karima DELLI et Pascal DURAND, la députée de la Somme et co-présidente du groupe EELV à l’Assemblée nationale Barbara POMPILI ou encore la conseillère régionale et porte-parole d’EELV Sandrine ROUSSEAU. L’usine des 1000 vaches comptant plus de vaches qu’elle n’y était autorisée, José BOVE notamment a interpelé le ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll pour réclamer une fermeture administrative de la ferme.

Selon un récent sondage, deux tiers des Français seraient opposés à ce type d’exploitation, symbole de ce qu’il ne faut plus faire et d’une agro-industrie productiviste porteuse d’une triple aberration :

– Une aberration environnementale, puisque le trafic lié à l’activité laitière de la Ferme des 1000 vaches représente un trafic routier considérable, que l’élevage nécessitera 40 000 mètres cubes d’eau par an, l’usine 7,5 hectares de bitume, ajoutant à cela les épandages menaçant notamment la Baie de Somme.

– Une aberration sanitaire, puisque le troupeau est élevé en bâtiment clos, concentré et traité aux antibiotiques, selon des conditions d’élevage désastreuses : traites effrénées, rentabilité maximum et abattage rapide des animaux. Il semble de plus que finalement ce sont plus les déjections bovines pour l’énorme méthaniseur qui intéressent Michel Ramery, l’investisseur du BTP ayant monté le projet, que le lait produit par la ferme. Ainsi grâce à la « magie » de la ferme des 1000 vaches, le lait, aliment essentiel, devient un sous-produit économique des excréments.

– Une aberration économique enfin, puisque le lait produit est annoncé 23% en dessous des prix du marché, pénalisant tous les petits producteurs locaux. De plus l’usine n’emploiera au final qu’une quinzaine de salariés, tout en causant la destruction de 50 emplois dans les fermes aux alentours.

C’est pourquoi les neufs militants poursuivis sont en fait des lanceurs d’alerte, exerçant leur responsabilité citoyenne face à des pouvoirs publics qui encouragent ce «modèle» d’agriculture passéiste. La pénalisation de ceux qui s’expriment et contestent ne fera disparaître ni les sujets de débats ni les motifs de contestation.

A six mois d’une conférence internationale pour le climat dont la France ne cesse par ailleurs de vanter l’importance, la pénalisation de militants syndicaux mobilisés pour la défense de l’environnement est en soi hautement problématique. C’est nier le rôle essentiel du monde paysan et cultiver le déni face aux mouvements de mobilisation qui plaident pour d’autres approches de la consommation, d’autres modes de production qu’une industrialisation à tout va, et sont attentifs à ce que la justice ne cautionne pas l’acharnement et l’arrogance de grands groupes industriels qui n’hésitent pas à sacrifier les animaux, la nature et les êtres humains sur l’autel du profit immédiat.

En savoir plus sur le site de l’association Novissen

Et relire la tribune sur Reporterre « Il faut relâcher les neuf inculpés de la ferme usine des Mille vaches » signée par plusieurs dirigeants et élus EELV

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