Copenhague : tous derrière l’équipe de France ?

12 décembre 2009
Maintenant que les Bleus ont leur billet en main pour la prochaine coupe du monde, l’union nationale est demandée derrière Raymond Domenech et son équipe. On ne critique plus… on croise les doigts. A en croire les autorités françaises, il faudrait faire de même concernant l’équipe de France de la lutte contre les changements climatiques. Ceux qui critiquent les positions du sélectionneur Sarkozy sur Copenhague et les réalisations effectives du Grenelle font figure de grincheux, d’empêcheurs de célébrer le leadership de la France, amie des pays du Sud et chef de file de l’Europe. On nous demande l’union sacrée derrière ce que Jean-Louis Borloo appelle la« croisade » française sur le climat. Pire, on nous demande de croire que les avancées des Etats Unis et de la Chine, comme la venue de plus d’une centaine de chefs d’Etat à Copenhague, sont à mettre au crédit de la France.

Volontariste la croisade française? Certainement. Mise en scène ? Assurément. Efficace ? On peut en douter. Il n’y a pas de match Sarkozy-Obama mais un match Hun Jintao-Obama que l’Europe peine à influencer. Si la France peut faire bouger les choses, c’est en faisant bouger l’Europe. Cette Europe qui n’est plus la championne du monde incontestée de Copenhague : certains dirigeants européens comme Gordon Brown le savent bien, lui qui demande à l’Europe de s’engager immédiatement à réduire ses gaz à effet de serre de 30% et à faire une proposition chiffrée concernant son aide financière de court et moyen terme pour les pays du Sud.

Car l’activisme diplomatique et médiatique des deux têtes de notre exécutif climatique peine à trouver une traduction concrète dans les processus onusien et européen de négociation, dans le « dur », là où finalement tout se joue. Même si on peut espérer dans les prochains jours un engagement unilatéral de la France de réduire ses émissions de 30% d’ici 2020 (conformément à la loi « énergie » votée en…2005), elle ne milite pas pour que l’Europe passe immédiatement à un tel chiffre. Si elle affiche enfin clairement le soutien financier qu’elle est prête à apporter aux pays du Sud dans les trois prochaines années, le risque est fort qu’elle pioche pour cela dans son aide au développement déjà faible. Enfin, elle ne dit toujours rien sur sa contribution financière à moyen terme, ne parlant que d’une taxe sur les transactions financières intéressante mais hypothétique, contre laquelle les députés UMP au parlement européen n’ont pas hésité à voter il y a trois semaines.

Et puis, pour être crédible sur la scène internationale, il faut être légitime sur la scène nationale. Qu’en est-il ? A en croire les autorités françaises, la France serait le fleuron de l’Europe. Regardons-y de plus près : où en est-elle aujourd’hui et où sera-t-elle demain pour ce qui est de ses réductions d’émissions de gaz à effet de serre, des économies d’énergie ou du développement des énergies renouvelables ?

Aujourd’hui, la France émet 15% de gaz à effet de serre en moins par habitant que la moyenne des pays d’Europe de l’Ouest. Mais elle émet toujours plus par habitant qu’un pays beaucoup moins nucléarisé : la Suède. Elle se situe dans le ventre mou du peloton pour ce qui est de ses énergies renouvelables, et consomme autant d’énergie par habitant que les autres grands pays européens.

Face à ces objections, Jean-Louis Borloo répondrait que« la machine française est lancée » : si on ne part pas en pôle position, on est toutefois les plus rapides. Tant mieux, car ce qui compte dans la crise climatique n’est plus tant d’où l’on part mais où on va. La machine française est-elle donc la meilleure en Europe ?

Commençons par les économies d’énergie. Le ministre d’Etat expliquait récemment à la télévision que la France est le pays qui va le plus vite dans ce domaine. C’est faux si on regarde l’évolution entre 1997 et 2007 (l’Allemagne, le Royaume-Uni et bien d’autres ont fait mieux), et il est difficile de trouver des données confirmant ou infirmant cette assertion sur les dernières années. Peut-être est-ce le cas concernant les voitures, puisque le ministre expliquait il y a quelques temps que la consommation d’énergie et les émissions des voitures vendues en France chutaient douze fois plus vite que la moyenne des pays européens ? Malheureusement non : jusqu’à récemment la France était dans la moyenne européenne, et pour ce qui est de ces derniers mois, l’effet du bonus-malus français a été plus faible que dans de nombreux autres pays – qui partaient certes de plus haut – comme l’Irlande, la Finlande, le Danemark ou la Suède. Alors peut-être cela est-il vrai pour ce qui est de la rénovation thermique des bâtiments ? Difficile à dire aujourd’hui, mais on peut en douter quand on sait que la France n’a toujours pas fixé de seuil ambitieux de rénovation : il suffit de changer ses fenêtres et sa chaudière pour avoir accès à l’éco prêt à taux zéro. Et tant pis si les rénovations devraient être bien plus ambitieuses pour que la France respecte son objectif du Grenelle de réduction de la consommation d’énergie dans les bâtiments de 38% avant 2020.

Si la France n’est pas – encore ? – la championne des économies d’énergie, peut-être est-elle en passe de le devenir sur les énergies renouvelables ? A en croire le Ministre, la France serait le deuxième marché pour les éoliennes. Selon les dernières données européennes disponibles,si la France est bien le deuxième gisement potentiel d’éolien elle reste le sixième pays européen en terme de puissance installée. Si elle installe chaque année un peu plus d’éoliennes que l’Italie ou le Royaume-Uni, elle est toujours loin derrière les espagnols et les allemands. On peut par ailleurs douter de la capacité de la France à atteindre ses objectifs éoliens en 2020, si les préfets et le ministère continuent à s’opposer à des projets éoliens qui ont pourtant reçu l’aval des tribunaux administratifs, c’est à dire qui ne portent pas atteinte par exemple au paysage.

Revenons-en alors aux émissions de gaz à effet de serre. La France est-elle à la tête des réductions d’émissions ? Encore raté : elle réduit l’intensité carbone de son économie au même rythme que la moyenne des pays d’Europe de l’Ouest. Si elle respectera son engagement du Protocole de Kyoto, c’est grâce à une réduction de ses émissions de 6% entre 1990 et 2007, un peu plus que la moyenne à l’Ouest mais beaucoup moins que l’Allemagne ou le Royaume-Uni. Depuis 2005, le rythme de réduction s’est accéléré en France : -2% par an. C’est un peu mieux que la moyenne des pays d’Europe de l’Ouest. Mais toujours moins que l’Allemagne, le Danemark ou l’Autriche. Surtout, cela est toujours moins que la réduction annuelle de 3% que la France doit réaliser pour respecter sa loi votée en 2005 et son objectif de facteur 4.

Ne nous méprenons pas. La France n’est pas le pays le plus mauvais dans la lutte contre les changements climatiques. Loin de là. Mais elle n’est pas non plus la championne, ni du monde ni d’Europe, que ce soit concernant ses positions dans la négociation de Copenhague ou ce qu’elle a réalisé chez elle. En disant cela, l’objectif n’est pas de nous rendre moroses.Mais de s’assurer que la France et ses dirigeants accentuent leurs efforts, se concentrent sur les lieux réels de décision, les nations unies et l’Europe, plutôt que de faire cavalier seul, de s’approprier de manière infantile les actions des autres. Que ce soit pour le succès de Copenhague, pour le développement des énergies renouvelables ou la rénovation de nos bâtiments. Le climat est un combat immense, urgent, complexe, forcément collectif, qui mérite mieux que les postures et les impostures à vocation nationale.

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