Corse 2012 : Ce que l’on peut en espérer

6 décembre 2011
En 2012, du fait de l’élection présidentielle, un cadre politique nouveau va se mettre en place en France. Dans le même temps, des rendez-vous se préparent pour la Corse : rendez-vous institutionnel avec la réforme territoriale, rendez-vous politique avec les élections législatives qui, vraisemblablement, mettront pour la première fois un ou plusieurs candidats nationalistes en lice pour le second tour. Et un autre rendez-vous pourrait finir par se dessiner, car chaque semaine apporte son lot insupportable de morts violentes et de règlements de comptes, celui de la sortie de la violence politique.
Le rendez-vous institutionnel est désormais éclairé par le précédent alsacien. En effet, la force de blocage générée par l’échec du referendum de 2003 s’en trouve totalement anéantie. Ce que la Corse n’a pu faire en son temps, l’Alsace le réalise et l’évidence s’impose : c’est utile, c’est profitable et que de temps perdu ! L’Assemblée de Corse, qui doit formuler ses propres propositions d’évolution dans le cadre de la Commission Chaubon, ne peut qu’y trouver encouragement et inspiration. Et même, elle pourrait en profiter pour mettre le curseur nettement plus haut en négociant deux revendications fondamentales : l’officialisation de la langue corse, et un premier statut de réelle autonomie pour la Corse. Certes, cela nécessitera une réforme constitutionnelle. Mais, justement, la crise économique européenne va nécessiter rapidement une modification des traités, ouvrant le créneau pour de telles révisions. Le chemin est escarpé, mais à l’évidence il existe un passage qui, dans le cadre des majorités actuelles au sein de l’Assemblée de Corse (36 voix pour l’officialisation de la langue corse), et par la confirmation de la progression nationaliste lors des élections législatives, pourrait être emprunté.

Cela sera d’autant plus facile si l’issue de la campagne présidentielle ouvre davantage la porte à des avancées pour la Corse. Pour cela, il faut qu’un(e) candidat(e) au moins le mette explicitement dans son programme politique, et oblige ainsi les autres à se positionner. Parmi les six candidats dont les candidatures pèsent réellement sur le scrutin, les positionnements des poids lourds (15% et plus dans les sondages) sont hostiles (Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy), ou à tout le moins contraires (François Hollande). Chez les trois « poids moyens » (5 à 7% dans les sondages), l’un n’est pas moins hostile (Mélenchon), l’autre ne dit rien (Bayrou), tandis qu’Eva Joly s’est engagée avec clarté. Son positionnement va donc permettre d’ouvrir le débat, et son score d’en favoriser l’issue. En 2012, la convergence d’une délibération largement majoritaire de la Collectivité Territoriale de Corse, d’une campagne présidentielle ayant préparé le terrain, et d’un bon score nationaliste aux législatives est de nature à faire basculer le rapport de forces. A nous donc d’y travailler avec énergie !

La « doublette électorale » présidentielle/législative, avec cinq semaines seulement entre les deux, est en effet une difficulté réelle. Le poids de la médiatisation nationale éclipse les enjeux corses du scrutin, et il faut avoir une occupation résolue du terrain pour rester présents « dans les radars » d’une opinion publique insulaire qui, elle aussi, se passionnera pour l’élection présidentielle. La démarche qui nous portera jusqu’aux législatives sera celle de Femu a Corsica, comme les AG successives et concordantes du PNC et d’Inseme l’ont décidé. Il est donc urgent que Femu a Corsica établisse son plan d’action pour les cinq mois à venir, qu’il se fasse entendre dans les médias par de l’action commune et partagée. Sans une base regroupée, les campagnes des quatre candidats seront plus difficiles, et donc leurs résultats plus aléatoires. En septembre, la rentrée politique de Femu a Corsica avait été bien réussie. Une fois passé le cap des assemblées générales séparées, il faut donc enchaîner rapidement sur une dynamique commune, dès les prochains jours.

Enfin, dans une Corse ravagée par une violence devenue inextinguible, le mouvement nationaliste a plus que jamais le devoir de clarifier ses positions à ce sujet. Car le récent communiqué du FLNC exprime, avant tout autre considération, un fait concret : le voilà aspiré dans la spirale des affrontements qui s’enchaînent semaine après semaine. Certes, il semble y entrer à reculons, mais dans ce genre de cercle vicieux, il ne peut pas y avoir de demi-mesure. Quand s’installe une guerre, elle ne s’achève que par la défaite d’un belligérant, ou son retrait spectaculaire.

Dans le contexte européen qui voit, 12 ans après l’IRA, l’ETA basque renoncer à la violence clandestine, la question est clairement posée aux nationalistes corses, qui, quelles qu’en soient les raisons, persistent dans leur justification politique de la violence : la Corse doit-elle, et peut-elle, rester seule en Europe à connaître la réalité d’une lutte armée ? Qui plus est quand les militants sont amenés à faire face à un conflit non plus directement contre l’Etat, mais contre des forces mafieuses, même si on peut soupçonner l’Etat de ne pas faire grand chose pour en limiter réellement la nocivité. Car ce climat est délétère pour le peuple corse, et, a fortiori, pour le projet national corse.
Un combat politique se gagne par des moyens politiques. L’ETA est en train d’en faire la démonstration face à un Etat espagnol bien plus embarrassé par un arrêt de la violence que face à sa recrudescence. L’option de l’arrêt de la violence politique devra bien, un jour ou l’autre, être mise sur la table en Corse aussi. Dans le climat pesant qui règne actuellement, le plus vite serait le mieux.

François ALFONSI

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