La dignité des habitants du Rif doit être respectée et les prisonniers libérés

14 juin 2017
Le 28 octobre 2016, le poissonnier rifain Mohsin Fikri était arrêté pour vente illégale d’espadon et mourrait tragiquement, broyé dans un camion poubelle en voulant s’opposer à la destruction de sa marchandise. Un drame qui n’était pas sans rappeler le fait divers qui avait initié le printemps arabe tunisien. Une vague de solidarité nationale s’en était suivie.
La région du Rif et la ville d’Al-Hoceima n’ont pas vraiment connu de répit depuis, et les habitants contestent le mépris dont ils sont l’objet alors qu’ils ne revendiquent que le respect de leur dignité de citoyens marocains. Dans un mouvement de contestation pacifique, l’Hirak (« mouvance » en arabe) demande simplement à ce que la région ne soit plus marginalisée, notamment grâce à la construction d’un hôpital et d’une université qui font grandement défaut.

Le pouvoir fait des promesses, mais seule la répression est devenue réalité : le leader de la contestation, Nasser Zefzafi a été arrêté le 29 mai dernier pour des motifs fallacieux. Jugé pour atteinte à la sûreté de l’État, il risque la peine de mort. Depuis, des dizaines d’autres activistes auraient été arrêtés et soumis à des brutalités policières. Et, le mouvement de solidarité avec les manifestants d’Al-Hoceima s’est à nouveau étendu au reste du pays. Preuve de la nervosité du régime, le tournage d’une émission de France 24 prévu vendredi dernier à Rabat a été interdit. Selon le ministère marocain de la Communication, le traitement médiatique de la chaîne serait « déséquilibré et non professionnel, manquant de neutralité ». Par ailleurs, de nombreux journalistes sont inquiétés par le pouvoir, qui comme le rappelle Reporters Sans Frontières (RSF) « exerce des pressions politiques et économiques sur les médias marocains indépendants pour les dissuader de traiter de sujets hautement sensibles. La presse étrangère n’est pas non plus en reste. Arguant de l’absence d’autorisation de tournage, les expulsions manu militari de journalistes n’ont cessé d’augmenter en 2016 ». Cette attitude vaut au Maroc la triste 133ème place au classement RSF pour la liberté de la presse.

Face aux risques que font peser de telles tensions, les eurodéputés écologistes demandent au Roi Mohammed VI de prendre en compte les attentes de son peuple, et de ne pas réprimer les tentatives d’expression politique d’un profond malaise social.

Pour l’interpeller et soutenir les mouvements sociaux, le Groupe des Verts/ALE au Parlement européen avait demandé à ce que la situation dans le Rif soit l’objet d’une résolution d’urgence du Parlement en ce mois de Juin 2017, afin de mettre la lumière sur les développements que les principaux groupes politiques feignent d’ignorer et faire pression pour une résolution pacifique des tensions. Malheureusement, cette proposition n’a pas été du goût des autres groupes politiques (hormis le groupe GUE/NGL).

En espérant que le Parlement européen s’exprime prochainement à ce sujet et le jour-même de la visite officielle du Président Macron au Maroc, nous demandons l’abandon des charges contre Nasser Zefzafi, la libération des prisonniers politiques, la mise en œuvre d’un véritable dialogue avec les mouvements sociaux et le respect des libertés de la presse et de rassemblement. Le Royaume du Maroc doit prendre en compte les aspirations de son peuple et nous soutiendrons toute initiative visant à l’apaisement. Et nous demandons par ailleurs au Président Emmanuel Macron et aux autorités européennes de transmettre le même message à leurs interlocuteurs marocains.

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2 commentaires

  • Najib dit:
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    Le régime marocain est une dictature moyen-nageuse dont le peuple à un indice de développement humain inférieur à celui de l’Irak (qui est pourtant en guerre depuis 2004) alors que le roi du Maroc est le deuxième dirigeant le plus riche d’Afrique. Les Rifains aspirent à vivre dignement, ils manifestent pour des droits élémentaires tel que l’accès à l’instruction, au travail et à des soins de qualités. Le régime répond par des arrestations massives, des actes de torture et des accusations d’atteinte à la sécurité intérieure de l’état qui peuvent entraîner de lourdes peines de prison. Malgré tout cela, la France qui se dit « pays des droits de l’homme » continue de soutenir ce régime inique.

  • Amazigh dit:
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    Après Mohsen Fikri, un autre martyr est tombé sous les coups de boutoir de ce régime répressif. Un véritable meurtre, voire un assassinat! Repose en paix Imad Aatabi! Le Hirak continuera la lutte et toujours avec des armes pacifiques. Rejoignez la marche transfrontalière à Strasbourg, le 27 août, pour la dignité, la fin de la marginalisation et la non-militarisation du le Rif.

    Les dernières nouvelles sont très inquiétantes, ce territoire est en état de siège, les prisonniers politiques se comptent par centaines et les communications sont rendues très difficiles sans parler des libertés publiques.
    Merci à votre groupe et à GUE/NGL.

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