Langues régionales : le totalitarisme jacobin

13 décembre 2010
Dimanche 12 décembre, nous étions plusieurs centaines à Vilanòva-de-Magalona, au cœur d’une forêt de drapeaux occitans, pour apporter un total soutien au Maire de la commune condamné par un jugement ubuesque du tribunal de Montpellier à « l’enlèvement » des panneaux d’entrée de sa commune rédigés avec son nom occitan.

En effet, à la demande d’un obscur « Mouvement Républicain de Salut Public » dont l’appellation renvoie délibérément à la Terreur jacobine, le tribunal de Montpellier vient de prononcer la condamnation de cette commune de l’Hérault, Vilanòva-de-Magalona, débaptisée Villeneuve les Maguelone par l’administration française. Son crime ? Avoir apposé des panneaux signalétiques portant le nom occitan, et donc véritable, de la commune !

Ce jugement ne date pas de la Terreur de 1792, ni même des années 60, mais du 12 octobre 2010, il y a deux mois à peine. Le Conseil municipal de Vilanòva-de-Magalona avait fait apposer, en août 2009, à l’entrée du village, le nom historique occitan de la commune, à côté des panneaux habituels. Un « Mouvement Républicain de Salut Public » a jugé bon de porter l’affaire au tribunal. C’est déjà pas banal, car il doit y avoir, de la Bretagne au Pays Basque, en passant par la Corse, la Catalogne, l’Alsace et les autres régions occitanes, plusieurs centaines de communes qui ont procédé de la sorte, y compris des grandes villes comme Bayonne/Baiona ou Lorient/An Oriant. Et jusqu’à présent la justice n’avait jamais produit un tel jugement.

Pour arriver à prononcer la condamnation de la commune de Vilanòva-de-Magalona, le tribunal administratif de Montpellier s’est saisi tout à la fois de la Constitution française et de son Code de la route, ce qui produit un salmigondis juridique aux allures inquiétantes d’un parfait totalitarisme jacobin.

En effet le tribunal écrit sans sourciller que « la traduction en langue occitane est dépourvue de tout fondement historique », et que donc « que l’installation des panneaux litigieux n’est justifiée par aucune circonstance particulière ou tenant à l’intérêt général ». Mesurons bien la portée de ce qui donc est considéré comme un jugement : en Occitanie, l’occitan n’a pas de fondement historique ! Faut quand même le faire !
Mais le tribunal ne pouvait s’arrêter en si bon chemin. Affirmer qu’un panneau de signalisation n’a pas de légitimité à être installé ne suffit pas à ordonner son enlèvement par décision de justice. Sinon le lobby des publicitaires aurait de quoi s’inquiéter pour les affichages qui parsèment toutes les routes ! Il fallait donc trouver un prétexte pour permettre au tribunal d’ordonner « l’enlèvement des panneaux litigieux ».
C’est alors le code de la route qui vient à la rescousse du juge dont le souci de la sécurité de l’automobiliste est devenu une imprescriptible priorité. Le jugement passe alors de l’affirmation totalitaire et ouvertement négationniste au regard de l’histoire – « l’occitan est dépourvu de tout fondement historique »-, à un chef d’œuvre de littérature bureaucratique dont on imagine que, même dans l’ancienne Union Soviétique, elle a désormais disparu.

Ainsi, c’est en raison de l’usage des « signes diacritiques » sur les panneaux d’entrée d’agglomération « EB10 et EB20 tels qu’ils sont définis par l’article 5 de l’arrêté du 24 novembre 1967 modifié » que le tribunal a décidé de sanctionner la commune de Vilanòva-de-Magalona. Les signes diacritiques, comme on dit en occitan, ques’aco, ? Eh bien, ce sont les « accents, trémas et cédilles qui doivent figurer sur les lettres minuscules et majuscules ».

Mesurez bien la gravité de l’infraction telle que la relève le Président du tribunal, un certain M. Zimmerman, et le danger ainsi créé pour la circulation sur la voie publique. Vilanòva-de-Magalona s’écrit avec un accent sur le « ò » de Vilanòva. Et là est tout le danger ! Car « ce signe diacritique ainsi placé ne figure sur aucune des annexes de l’arrêté sus-visé du fait qu’il n’existe pas dans la langue française » et que, « de ce fait, les panneaux en cause nuisent à la clarté de l’information que requiert l’obligation de prudence et de sécurité s’imposant à tout usager de la route s’engageant dans une agglomération ». Les langues régionales ennemies de la sécurité routière, fallait y penser !

A part ça, il n’y a aucune raison de douter des engagements de la France pour la préservation des langues régionales ! Et on mesure à quel point l’article constitutionnel additionnel sur les « langues régionales, patrimoine de la République » (article 75-1 voté en même temps que la modification constitutionnelle qui a permis la ratification du Traité de Lisbonne) est une vaste fumisterie.

François ALFONSI

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