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Le barnum présidentiel

11 avril 2011
Dans le jeu politique français, les élections présidentielles organisent la matrice du pouvoir. Du fait du couplage avec les législatives, une fois le round électoral terminé, les jeux seront faits pour cinq ans. Cet enjeu est sur-dimensionné pour un seul scrutin. Il ferme le jeu démocratique et il installe un système de pouvoir autocratique dont Nicolas Sarkozy est une expression caricaturale.
La France n’est pas le seul régime présidentiel parmi les démocraties, les USA le sont aussi. Mais les pouvoirs des Assemblées qui contrôlent l’Exécutif des États-Unis sont très grands, d’autant plus grands que les élections des sénateurs et des représentants interviennent à « mid-term », à mi-mandat, et elles soumettent donc le pouvoir en place à un redoutable débat sur les orientations données à sa politique. Barack Obama est un Président qui doit constamment négocier avec ses contradicteurs.

La gouvernance de Nicolas Sarkozy ignore tout de cela. Il a même voulu étendre ses prérogatives au contrôle du système judiciaire, au mépris du principe de la séparation des pouvoirs, et il a obtenu de nommer lui-même les responsables des chaînes de télévision publiques. Les effets de cette hyper-présidentialisation à la française sont par ailleurs décuplés par le jacobinisme qui concentre un maximum de pouvoirs entre les mêmes mains. Aux États-Unis, les différents gouvernements des 51 États fédérés disposent de grands pouvoirs sur lesquels Washington n’a aucune prise. Angela Merkel doit composer avec des länder aux pouvoirs considérables.

En France, le Président décide de tout, le corps préfectoral qui en dépend directement quadrille le territoire à son unique profit, et les élus régionaux et locaux en sont réduits à leur plus simple expression. Les réformes institutionnelles du quinquennat ont encore renforcé ce centralisme, notamment à travers la réforme de la fiscalité qui a enlevé toute maîtrise de leurs ressources aux collectivités locales et régionales.
Bref, le premier débat à lancer au moment de la Présidentielle, au moins par l’opposition, devrait être la réforme institutionnelle nécessaire pour que la France devienne une démocratie parlementaire, décentralisée, avec des pouvoirs décentralisés réels et adaptés aux situations locales. Malheureusement, on en est loin.

Car l’élection présidentielle n’est pour l’instant qu’un défilé de candidats sous les projecteurs des sondages et des médias. La droite et la gauche sont positionnées en finalistes présumés du second tour, le centre en « réservoir de voix » à séduire entre les deux tours, l’extrême droite en « trublion institutionnel » depuis que Jean Marie Le Pen a forcé la porte du second tour en 2002, et les écologistes en point d’interrogation.
La gauche sent son heure arriver par effet de perte de crédibilité du candidat sortant dont la côte de popularité est au plus bas. La droite n’a guère le choix car elle ne peut « sortir le sortant », du moins sans son consentement, sauf à ouvrir une crise politique qui la mènerait inéluctablement à la défaite. Elle est donc obligée de faire corps autour de lui, ce qui autorise Nicolas Sarkozy, avec son proche entourage, à des écarts électoralistes et populistes pour retenir les électeurs tentés par l’extrême droite, même au risque de choquer certains de ses électeurs.

François Bayrou a démontré aux présidentielles de 2007 que le centre restait un réservoir de voix considérable. Aussi, un embouteillage des candidatures vient lui disputer le créneau, Borloo, Villepin et d’autres, voire les socialo-centristes (Dominique Strauss-Kahn plus que Martine Aubry) ou les écolo-centristes (Nicolas Hulot plus qu’Eva Joly). Bien malin qui tirera le mieux son épingle du jeu.

Les socialistes, comme les écologistes, ont une force de cohésion, et ils seront donc représentés par un seul candidat au bout du parcours de leurs primaires respectives. Mais l’incertitude qui règne aujourd’hui sur le choix de leurs candidats brouille la campagne pour ce qui les concerne. Pourtant, l’alternance passe par eux dont l’alliance est acquise pour le second tour. Le PS a mis sur la table un programme en trente points. La presse le diffuse partiellement et ne parle pas de la proposition 30, qui promet « une nouvelle étape de la décentralisation », sans plus de précisions. Force est de constater que tout cela est bien absent des débats actuels et il faut réfléchir à comment promouvoir le principe du « fédéralisme différencié » que R&PS a développé ces dernières années, cadre dans lequel l’autonomie de la Corse trouve naturellement sa place. La question des langues régionales sera aussi un point essentiel qu’il nous faudra faire vivre dans les débats et les programmes présidentiels.
Dans le grand cirque à venir, le plus important sera en effet de faire vivre des idées et des propositions.

François ALFONSI

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