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Le charter annoncé pour l’Afghanistan n’est pas passé par Lille-Lesquin hier soir

21 octobre 2009
mercredi 21.10.2009, 05:02 – PAR LAURENT DECOTTE ET NICOLAS FAUCON

Le charter à destination de Kaboul ne s’est pas arrêté à Lesquin hier soir et, selon plusieurs sources, aucun Londres – Kaboul via la France n’aurait même eu lieu…

« Comme tous les mardis, un avion va partir de Londres mais il ne passera pas par la France », a indiqué hier soir, à l’heure où nous écrivions ces lignes, Étienne Pinte, député UMP des Yvelines qui précisait détenir son information directement du cabinet du ministre, Éric Besson. Cette information n’était pas connue de la CIMADE qui, hier soir, avec plus de deux cents militants politiques et associatifs avait manifesté devant l’aéroport de Lille-Lesquin où une rumeur persistante faisait état d’une escale lilloise d’un charter Londres – Kaboul. Il était aussi question que le charter embarque des Afghans à Roissy.

Une source policière indiquait dans la matinée que seize Afghans faisant l’objet d’une procédure de reconduite à la frontière seraient embarqués « à bord d’un avion mardi vers 23 h » à l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle à destination de Kaboul. Fallait-il croire que tout cela n’aurait une nouvelle fois pas lieu et serait donc une nouvelle fois partie remise ? Voire.

En effet, depuis qu’Éric Besson a déclaré à plusieurs reprises que conformément au souhait de Nicolas Sarkozy, il procéderait, de manière conjointe avec l’Angleterre, à des expulsions groupées d’Afghans dans leur pays, le schéma se répète.

Des rumeurs insistantes, tous les mardis, jour des vols Londres – Kaboul. Des rumeurs qui hier avaient un peu plus de résonance. En effet, Emery Boidin, de la CIMADE, raconte : « Lundi soir, un jeune Afghan au centre de rétention de Lesquin s’est vu notifier qu’il serait expulsé dans son pays le lendemain. » Une trace écrite, une notification officielle, dès lors, la mobilisation s’est mise en branle.

A-t-elle payé ? C’est ce que voudront croire les militants de gauche. Hier soir, la LDH, les Verts, les communistes, Amnesty, Salam ou les No Border, entre autres, ont tous eu les mêmes mots : un charter pour Kaboul ? Ce serait la « honte ». Patrick Kanner, premier vice-président PS du conseil général du Nord en a appelé à la démission de M. Besson. Quand Hélène Flautre, députée européenne Verte, estimait que la participation de la France à un charter vers Kaboul, ce serait « piétiner les valeurs de l’Union ». Mais si cette escale française était bien prévue et si elle devait finalement ne pas avoir lieu, n’est-ce pas tout simplement que la France n’avait que peu d’Afghans à mettre dans l’avion.

Plus tôt dans la journée, au tribunal administratif de Lille, quatre avocats lillois avaient plaidé six heures durant pour tenter d’empêcher le retour groupé hier en charter de quatorze jeunes Afghans arrêtés peu après le démantèlement de la « jungle » de Calais et maintenus dans les centres de rétention de Lesquin et de Coquelles. Ils contestaient le refus du préfet du Nord de leur accorder l’asile territorial ainsi que leur expulsion vers un pays en guerre.

Pendant de longues heures, les avocats ont dénoncé le fait que les demandes d’asile n’aient pu être faites dans des conditions normales, les réfugiés étant en rétention, ainsi que « les traitements de masse faits par la préfecture, la volonté de remplir un charter à tout prix, l’absence d’examen individuel, les menaces de persécutions réelles en cas de retour en Afghanistan ».
Spectateurs

Le représentant de la préfecture a rétorqué que les demandes d’asile n’avaient pas été faites de façon « spontanée » par les Afghans. « Ce n’est qu’au moment où un arrêté de reconduite à la frontière a été pris à leur encontre qu’ils ont procédé à une demande d’asile et ce pour échapper à l’éloignement. » D’où le caractère décrit comme « dilatoire », frauduleux des demandes. Le tribunal s’est donné la nuit pour réfléchir et rendra ses ordonnances ce matin. Si le tribunal suit les avocats, les réfugiés seraient libres et dotés d’autorisations de séjour… Rendus spectateurs de leur propre vie, ces réfugiés qui fuient les talibans sont restés muets sur les bancs du tribunal. Azzia, 22 ans, est l’un d’eux. Le jeune homme explique pourquoi il souhaite désormais vivre en France. « Mon père dirigeait la région de Sholgar comme commandant. Il a disparu à la suite de luttes intestines au sein de son parti. (…) Trois ou quatre mois après sa disparition, des individus masqués et parlant pachtou sont venus chez moi demander des informations sur mon père. (…) Lors de leur dernière visite, ces hommes ont bousculé ma mère. Mon frère est intervenu. Ils l’ont tué d’une balle dans la tête devant nous. Comme les autorités ne pouvaient et voulaient assurer ma sécurité, j’ai décidé en accord avec ma famille de quitter l’Afghanistan. »

1. – La cour européenne des droits de l’homme a rejeté hier le caractère d’urgence des demandes de deux ressortissants afghans devant être placés sur des vols vers Kaboul et qui demandaient que la cour en empêche la France. Sur le cas de dix autres requérants, les décisions pourraient n’être annoncées que ce matin.

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