Les routes communicantes: le spectre d’un mur à la frontière gréco-turque

17 janvier 2011
Au début du mois, le ministre grec Christos Papoutsis déclarait que « la société grecque avait dépassé ses limites en matière de capacité d’accueil des migrants clandestins » et annonçait de ses vœux « la création d’une clôture pour bloquer l’immigration irrégulière ». Elle serait établie à la frontière avec la Turquie, sur le tronçon de 12,5 km, là où le fleuve d’Evros fait un saillant en territoire turc. Les autorités turques ont d’ores et déjà vivement réagi en dénonçant ce mur de démarcation de la frontière Est de l’Europe, excluant la Turquie.
Regardons de plus près les chiffres. Le HCR enregistre un afflux de migrants dans la région de la frontière terrestre gréco-turque d’Evros: 38.992 candidats à l’immigration y sont arrivés entre janvier et octobre 2010 contre 7.574 sur la même période en 2009. Dans le même temps toujours d’après les estimations du HCR, l’Italie, la Grèce, Chypre et Malte ont tous constaté une réduction drastique des arrivées par mer cette année: 8.800 personnes sont arrivées par mer au cours des dix premiers mois de l’année contre 32.000 durant la même période en 2009, soit une chute de 72,5%. L’équivalence de ces chiffres est frappante, et donne raison au ministre grec qui dénonce « l’hypocrisie » des critiques : en effet si en 2008, 50% des migrants illégaux arrêtés sur le territoire de l’UE l’ont été en Grèce, au cours des huit premiers mois de l’année 2010, ils étaient 90%, selon l’ONU.

La tension à la frontière gréco-turque est une conséquence directe des politiques de fermeture des routes migratoires par la Méditerranée. L’Agence européenne Frontex est le pompier pyromane zélé de cette politique des « routes communicantes ». Après le « succès » des patrouilles maritimes en 2009, les 200 garde-frontières Frontex déployés le long de l’Evros en novembre 2010 auraient fait chuter de 44% le nombre des entrées irrégulières, passées de près de 250 à environ 140 par jour. Parions que d’ici peu l’Agence sera appelée à patrouiller dans la Mer Noire le long de la frontière bulgare ! Aussi, la Commission européenne appelle à la mise en œuvre de l’accord de réadmission avec la Turquie. Mais mal rédigé, mal négocié, il ouvre la voie à toutes les interprétations quant à sa mise en œuvre c’est à dire à tous les abus. De plus, en ne concernant que les migrants sur le sol européen ayant épuisé les voies de régularisation de leur séjour, comment peut-il améliorer la situation à la frontière?

La Grèce et la Turquie, déjà en difficulté sur la destruction du mur de séparation chypriote, ne peuvent en aucun cas supporter les conséquences d’une politique migratoire indigente et d’un contrôle des frontières extérieures de l’Union irresponsable.
La construction d’un mur sur le territoire de la future Europe, ou à sa porte, ne peut être admise. Les souvenirs macabres de Ceuta et Melilla sont là pour nous rappeler les conséquences dramatiques d’un tel projet. Mais aussi, cette construction signerait un renoncement retentissant et difficilement réversible à l’approfondissement de l’intégration européenne. La création d’un corps de garde-côtes européens, dûment comptables du respect des droits de l’homme et du droit humanitaire, la liberté d’entrée et de circulation des demandeurs d’asile en Europe, le développement d’une politique migratoire ambitieuse garantissant l’égalité des droits, sont des mesures de toute première urgence. Le spectre d’une Europe enclose dans des murailles que seuls passeraient des migrants épuisés, rackettés, violentés, harcelés, menacés, plane…il est urgent de le dissiper.

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