Oui, il faut intervenir en Libye et vite ! Le Conseil de sécurité doit donner son feu vert

16 mars 2011
17 Mars 2011

Le Monde

Le temps presse en Libye. Jour après jour, heure après heure, avec sa
force armée meurtrière (avions, hélicoptères, chars, missiles, mercenaires) le dictateur Kadhafi reprend la main sur son pays et écrase les efforts
du peuple libyen qui tente de se libérer. Le tyran, décidé à noyer son pays
dans  » des rivières de sang « , mitraille les populations civiles,  » purge  »
les villes des opposants et fait régner la terreur. Partout, à Tripoli et
dans les régions reprises à la rébellion, les hommes sont enlevés en nombre
pour être conduits dans les salles de torture et assassinés.

Les Occidentaux sont unanimes pour condamner le dictateur fou. Mais, la
réunion du G8 vient encore de le montrer, ils tergiversent, multiplient les
conditions diplomatiques qui seraient nécessaires à une intervention,
trouvent des prétextes pour justifier leur inaction. Les plus cyniques
brandissent même l’argument hypocrite du néocolonialisme que pourraient
nous opposer les peuples arabes.

N’entendent-ils pas les appels des rebelles libyens, mais aussi de la
Ligue arabe, de l’Organisation des Etats islamiques, du Conseil de
coopération du Golfe ? Tous demandent une résolution du Conseil de sécurité
des Nations unies pour imposer une zone d’exclusion aérienne. Les
dirigeants arabes l’ont compris : s’ils veulent avoir leur mot à dire sur
l’avenir de la région (et pour pas mal d’entre eux, s’ils veulent sauver
leur place), ils ne peuvent pas être du côté des dictateurs qui écrasent
leur jeunesse en révolte.

On ne sait quel sera l’avenir du  » printemps arabe « . On ne sait quelles
forces constitueraient le pouvoir libyen de  » l’après-Kadhafi « . On ne sait
quel rôle joueront les islamistes dans les pays de la région. Mais une
chose est sûre : que la démocratie vienne ou non, que cela prenne six mois
ou vingt ans, la jeunesse arabe aspire à la liberté. Et elle n’oubliera pas
les pays et les dirigeants qui, par leur inaction, se seront de facto
rangés aux côtés du bourreau.

Les insurgés, qui ont crié  » Vive la France !  » et  » Vive l’Europe !  » à
l’annonce de la reconnaissance du Conseil national libyen par le président
Sarkozy et le Parlement européen, sont maintenant désespérés. Ils sont peu
armés, peu entraînés, très vulnérables à l’artillerie lourde déployée par
Kadhafi.

Pouvons-nous continuer à regarder chaque jour l’inexorable reconquête du
dictateur ? Faut-il attendre, comme le préconisent certains, que l’on ait
atteint un niveau de massacre suffisant ? A combien de corps ensanglantés
chiffre-t-on le seuil d’intolérance ? Si nous n’intervenons pas, que
ferons-nous quand le dément aura repris le pouvoir ? Sommes-nous déjà
résignés à nous dire, comme après les horreurs du Rwanda :  » Hélas, nous
étions impuissants. Hélas, nous avons été lâches  » ?

Nous ne sommes pas des experts militaires, pas davantage diplomates
professionnels. Au nom de quoi lançons-nous ce SOS ? Au nom de la mémoire.
Lorsque l’aviation nazie et les fascistes espagnols bombardèrent les
habitants de Guernica le 26 avril 1937, le monde civilisé laissa faire.
Picasso peignit cette horreur, il ne fut compris que huit ans plus tard.
Aujourd’hui encore, les massacreurs ont un temps d’avance sur l’opinion
mondiale.

Nous ne savons pas quelle est la meilleure manière d’intervenir, celle qui
serait la plus efficace, la moins risquée pour nos soldats et les
populations civiles. Personne ne demande ni ne souhaite de débarquement
d’armées occidentales en Libye. Faut-il bombarder des pistes
d’atterrissage, des systèmes de radars ? Prendre le contrôle du ciel libyen
? Détruire la flotte aérienne par des frappes ciblées ? Brouiller ses
systèmes de communication ? Nous ne savons qu’une chose : il faut
intervenir vite. Agir pour redonner espoir et force aux rebelles, affaiblir
Kadhafi, l’inquiéter sur son avenir et sa sécurité, bloquer sa sauvagerie,
rassurer les jeunesses arabes qui croient encore que le changement est
possible et que les dictateurs ne l’emportent pas toujours.

Nous demandons donc d’urgence au gouvernement français de tout faire avec
ses partenaires pour que l’ONU respecte son engagement  » responsibility to
protect « , et que l’Europe prenne ses responsabilités et prouve que son
souhait de voir partir le colonel libyen n’est pas un voeu pieux. Il faut
obtenir de toute urgence une réunion du Conseil de sécurité pour qu’il
donne mandat à une intervention. Mais qu’il ne serve pas une fois de plus
d’alibi à notre inaction face au crime.

Il n’appartient pas aux gouvernements russe et chinois de nous contraindre
à laisser massacrer la démocratie libyenne. C’est maintenant, tout de
suite, qu’il faut agir. Maintenant, tout de suite, qu’il faut en finir avec
le bourreau.

Collectif

Nicole Bacharan, historienne ; Jane Birkin, artiste ; Pascal Bruckner ,
écrivain ; Daniel Cohn-Bendit , député européen ; André Glucksmann,
philosophe ; Nicole Guedj , ancienne ministre ; Gilles Hertzog , éditeur ;
Bernard Kouchner , ancien ministre ; Bernard-Henri Lévy , philosophe,membre
du conseil de surveillance du  » Monde  » ; Olivier Rolin Olivier Rubinstein
, éditeur ; Dominique Simonnet , écrivain.

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