Pharmacovigilance : attention aux effets secondaires des médicaments

23 septembre 2010
Le Parlement européen vient d’adopter un rapport sur la pharmacovigilance qui doit permettre aux patients d’être mieux protégés et mieux informés sur l’utilisation et les effets indésirables des médicaments. Les réactions de Michèle Rivasi, eurodéputée EE, membre de la Commission santé publique au Parlement européen.
En Europe, 200 000 personnes décèdent chaque année suite à la prise d’un médicament. 5 % des personnes hospitalisées le sont à cause de ces mêmes effets secondaires, et cela malgré les tests cliniques déjà réalisés sur une pharmacopée parfaitement légale. Pour renforcer la surveillance du marché du médicament et prendre la mesure de ce véritable problème de santé publique, le Parlement européen a adopté le rapport de la Britannique Linda Mc Avan, qui présente de nombreuses avancées.

Premier point positif : les industries pharmaceutiques n’ont pas eu le dernier mot. Contrairement à leur souhait, ce ne sont pas elles, mais bien les autorités nationales et l’UE qui auront la responsabilité de recueillir et d’analyser les données relatives à la pharmacovigilance. En effet, les patients pourront à l’avenir signaler les effets néfastes eux-mêmes aux autorités nationales, via des sites Internet spécialement conçus dans leur pays, réunis sur une base de données européenne.

Pas d’indépendance financière

Autre avancée : ce texte met en garde contre la pollution des eaux et des sols par certains résidus pharmaceutiques. « La question de l’impact environnemental des médicaments – une pollution pharmaceutique qui fait changer le sexe des poissons dans les rivières – a finalement été évoquée, se réjouit Michèle Rivasi, eurodéputée Europe Ecologie. La Commission devra publier un rapport sur l’ampleur de ce problème à l’avenir, afin de questionner l’utilité de modifier la législation. »

Un seul point noir : le rapport ne permet pas complètement de s’assurer de l’indépendance financière de l’agence européenne des médicaments (EMA) – dont la principale mission est la protection et la promotion de la santé publique et animale à travers l’évaluation et la supervision des médicaments à usage humain et vétérinaire : aucune obligation de financement de la part des pouvoirs publics n’est prévue et en pratique, ce sont les redevances privées, perçues directement auprès des entreprises, qui peuvent composer l’essentiel des revenus de cette institution. « Quand 70 % des revenus de l’EMA sont issus du secteur pharmaceutique, explique Michèle Rivasi, il me parait difficile d’émettre un avis négatif sur des produits qui sont vos sources de revenus. »

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Ne pas oublier les populations « cobayes »

Les personnes qui participent à des essais cliniques sont les oubliées de la pharmacovigilance. Elles sont maintenues dans l’ignorance de la substance à risque aux effets inconnus qu’on leur injecte. La prise d’un médicament expérimental est susceptible de déclencher des effets indésirables dix, vingt ou trente ans plus tard. Ces « cobayes » ne font l’objet d’aucun suivi de pharmacovigilance à long ou très long terme – ce qu’a dénoncé Michèle Rivasi dans l’hémicycle du Parlement européen de Strasbourg.
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