Prix des médicaments : le Parlement européen insiste sur l’accessibilité et la baisse des prix

Le Parlement européen interpelle la Commission et les États européens sur l’urgence de mettre en place des mesures pour faire baisser les prix de certains médicaments et en finir avec les abus de l’industrie pharmaceutique. Réactions de Pascal DURAND et Michèle RIVASI.
 
Au cours des 40 dernières années, seulement deux nouveaux médicaments ont été mis sur le marché pour lutter contre la tuberculose alors qu’elle tue 1.5 millions de personnes par an. Quand 14 nouveaux médicaments ont été commercialisés pour lutter contre le rhume des foins !

C’est l’une des raisons pour lesquelles, les écologistes européens demandent la révision de notre système de recherche et développement dans le secteur pharmaceutique et une dissociation de ses coûts des prix finaux des médicaments supportés par les caisses d’assurance maladie et les patients.

Michèle RIVASI, membre de la Commission santé et environnement et auteure du livre « Le racket des laboratoires pharmaceutiques » cite en exemple les quelques « 41 000€ pour douze semaines de traitement : c’est le coût exorbitant du « Sovaldi » en France, un médicament contre l’hépatite C fabriqué par Gilead. Mais le Sovaldi n’est pas un cas isolé ».

La hausse du prix des médicaments dans l’UE, en particulier contre le cancer, fragilise nos systèmes de santé publique comme le dénoncent la Ligue contre le cancer et Médecins du Monde. « Faute de pouvoir prendre en charge les coûts démesurés des soins, les États européens sont tentés d’en rationner l’accès » observe Michèle RIVASI. Une situation scandaleuse qui nous ramène à l’époque où le système de sécurité sociale n’existait pas.

Le 2 mars 2017 le Parlement européen a adopté un rapport sur le prix des médicaments qui vient en premier lieu rappeler aux États européens qu’ils disposent de moyens légaux pour contrer les abus de certains laboratoires pharmaceutiques, à savoir : la licence obligatoire (ou licence d’office). Celle-ci permet à un État d’obliger un laboratoire à délivrer la possibilité pour des laboratoires concurrents de produire des génériques du laboratoire en question. Cette possibilité est prévue dans les accords de l’OMC et ne nécessite pas une situation d’extrême urgence comme on le lit souvent.

Nous ne pouvons tolérer que des prix fixés de manière opaque par des laboratoires pharmaceutiques finissent par plomber nos budgets publics et priver des personnes de la possibilité de se soigner. « A fortiori, quand de l’argent public a été investi dans la recherche rappelle Pascal DURAND député européen écologiste en charge du rapport rédigé par la commission des Affaires juridiques du Parlement européen. Lorsque le marché faillit, la puissance publique a le devoir d’intervenir. Les licences obligatoires sont un moyen efficace de faire baisser les prix en cas d’abus. Les États ont donc le devoir de les utiliser. De la même manière, on ne peut accepter que des brevets soient déposés sur des médicaments au profit exclusif d’entreprises privées quand l’argent des contribuables a servi à financer leur développement».

Dans ce rapport, les écologistes ont également défendu la transparence dans la fixation des prix car l’industrie doit mette à la disposition des États le coût réel de sa recherche sur les médicaments. « Quand on sait que des chercheurs de l’Université de Liverpool ont estimé que le coût réel du Sovaldi ne devrait pas dépasser les 100 euros, on réalise à quel point la transparence est primordiale» conclut Pascal DURAND.

Le droit à la santé n’est pas une variable d’ajustement mais un droit fondamental garanti par la Convention européenne des droits de l’Homme. Aussi, garantir un accès universel aux médicaments nécessaires au maintien de la santé est une mission essentielle de service public.

Photo : freestocks.org

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