Touaregs : Les damnés du désert

4 avril 2012
L’Azawad qui couvre à peu près la moitié nord du Mali, est un des territoires du pays Touareg. Ce pays s’étend de la Libye au Mali, en couvrant une partie importante du Niger et de l’Algérie, jusqu’au Burkina Faso. Rassemblés sous le drapeau berbère, les combattants du Mouvement National de Libération de l’Azawad viennent de prendre le contrôle de ce territoire grand comme deux fois la France, en infligeant une défaite cuisante à l’armée malienne.
Les frontières qui divisent la nation amazighe des Touaregs est impalpable. Ces traits de plume tracés dans le désert par les États coloniaux au 19ème siècle ont partagé des zones totalement homogènes, séparé des territoires reliés par une tradition de transhumance séculaire, divisé des familles et des tribus. Les Touaregs sont spoliés des richesses naturelles (pétrole, gaz, uranium, or, etc) qui se trouvent sur leurs territoires. S’en sont suivis des rébellions réprimées dans le sang dans les années 80 et 90, principalement au Mali et au Niger. Pourchassés par les autorités de ces deux États, les « rebelles » ont pour beaucoup gagné le territoire touareg de Libye, où ils ont été accueillis par des tribus et des familles apparentées.

Dans ce grand sud libyen en proie au chômage, ces réfugiés ont souvent accepté l’offre qui leur était faite d’intégrer l’armée libyenne, et ils étaient nombreux dans l’armée régulière du dictateur. Jusqu’à ce qu’ils s’émancipent à leur tour de son emprise, tout en restant « suspects » aux yeux des opposants libyens. Nombre d’entre eux ont alors franchi la frontière en sens inverse au lendemain de la défaite du régime.

Dans l’Azawad, ils ont retrouvé leurs frères en révolte contre l’État malien, et ce renfort conséquent a soudain fait basculer le rapport de forces. Les troupes régulières ont été repoussées, puis encerclées, puis défaites. Leur défaite a été cuisante, avec de nombreuses victimes, et le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) contrôle désormais un territoire dont on sait qu’il abrite également les bases d’Al Qaïda qui détient plusieurs otages occidentaux.

La première conséquence de cette victoire militaire du MLNA a été de donner le coup de grâce à la classe politique au pouvoir au Mali. Un putsch militaire a exprimé la révolte d’une armée humiliée qui appelle à la revanche sur l’Azawad, et qui met sur le compte des « politiciens corrompus » la faiblesse en armements et en commandement des troupes régulières maliennes face à la rébellion touarègue. Le désordre n’en est devenu que plus grand, et les troupes rebelles ont fait tomber une à une les villes qui servaient d’abri aux garnisons maliennes : Kidal, Gao, et désormais, Tombouctou. Ces victoires sont le fait du MLNA, mais aussi de forces qui se sont coalisées contre le régime de Bamako, notamment un groupe islamiste implanté en Azawad, dont on présume qu’il est soutenu par Al Qaïda au Maghreb Islamiste (AQMI).

Le MLNA est un mouvement touareg, qui n’a aucune affinité avec l’islamisme intégriste. Il revendique son identité amazighe avec force, qui rejette les préceptes de la charia, et qui met en avant un « droit coutumier amazigh » beaucoup plus démocratique, laïque et tolérant, notamment vis à vis de la condition des femmes. La cohabitation entre le MLNA et ces combattants islamistes est purement ponctuelle, mais elle contribue à alimenter une démarche internationale du régime malien pour obtenir l’engagement d’un soutien militaire extérieur contre le MLNA.

L’absence totale de crédibilité de la junte putschiste empêche pour l’instant une telle option, et le MLNA en profite pour accroître ses positions sur le terrain. Mais on connaît l’engrenage dans lequel Bamako veut aller : obtenir des appuis aériens grâce à une coopération internationale, et, par des bombardements qui feront immanquablement de nombreuses victimes civiles, reprendre une à une le contrôle des villes-garnisons en remontant le Niger.

La suite de ce scénario, si il marche, ce qui est loin d’être acquis car le MLNA fait preuve d’une capacité militaire et stratégique évidente, est connue d’avance. Des milliers de victimes civiles seraient à déplorer, et des dizaines de milliers de réfugiés viendraient alimenter un nouveau drame humanitaire en Afrique. L’influence islamiste en serait immanquablement renforcée, et c’est une déstabilisation à long terme que préparerait un tel choix stratégique.

Engager le dialogue avec le MLNA est l’autre option stratégique. Elle serait incomparablement plus avantageuse, en évitant un désastre annoncé pour les années à venir, et en permettant une stabilisation de la région face au risque islamiste. Le MLNA, et les populations touarègues, seront de bien meilleurs remparts contre la propagation de l’intégrisme que tous les régimes militaires maliens sous perfusion occidentale.

Cet autre plan serait largement gagnant pour les populations maliennes et pour la communauté internationale. Mais, en l’état actuel des choses, cette dernière est pilotée par une influence française dominante qui se refuse à voir l’avenir de cette partie de l’Afrique autrement qu’à travers le sort de chefs d’État sans crédibilité, mais avec lesquels Paris négocie de juteux contrats miniers, notamment d’uranium. Il est urgent de remettre en cause cette diplomatie post-coloniale avant qu’elle ne commette l’irréparable.

François ALFONSI

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5 commentaires

  • Anonyme dit:
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    Aucun peuple nomade ne s’est jamais réclamé d’un territoire avec des frontières bien dessinées.
    De plus historiquement sur cette terre il y avait L’empire Songhaï fondé à KOUKIA au 7ieme siecle, par les Sonrhaïs, et les Berberes et dirigés par le chef Za el-Ayamen, qui fuyaient devant l’invasion arabe.
    Ce métissage entre Sonrhaïs et Berbères donnera la dynastie des Dia. Puis vint la dynastie de Sonni ali ber et des Askia avec Gao pur capitale , avant de sombrer au 16ieme siecle sous l’invasion marocaine. Il y a egalement eu l’empire peul du Macina et l’empire toucouleur au 19ieme siècle. De plus de nombreuses tribus, Bozos ( pécheurs) et dogons peuplaient cette zone.
    Donc il n’y a aucune legitimité historique à cette demande, car lorsque l’on prend la carte de l’AZAWAD selon le MNLA ( http://www.mnlamov.net/) les touaregs representent entre 10 et 15% de la population de la dite zone.
    Comment 15% de la population d’un territoire peut-elle forcer la majorité à changer de nationalité et de pays? est-ce démocratique?

    • Lili dit:
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      OUI les Touaregs ont le droit d’aspirer à une vie meilleure et où leur identité reste intègre !
      Bon courage aux Touaregs berbères ! Vive l’AZAWAD !! Vive la liberté !
      Nous vivons dans un drôle de monde de nos jours…. Il n’y a plus de respect pour l’humain, pour l’homme, c’est incroyable quand même. Comme si il devenait urgent de tout formater à tout prix.

      • Samory dit:
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        Les Touareg peuvent vivre comme ils veulent sans piétiner les autres. Tout le monde peut se procurer des armes recruter des mercenaires et revendiquer un territoire quelconque en chassant ses habitants que ça ne devienne sa propriété. Alors sachons raison gardée. Le MNLA n’existe que dans la tête de certains médias et parlementaires français. Dans la réalité il ne peut même pas se défendre contre les jeunes à mains nues dans les rues de Gao. C’est al désorganisdation qui a gagné l’armée malienne et celà ne saurait tarder. C’est pas après avoir violé et tué qu’il faut négocier. La justice d’abord la négociation ensuite! Celui qui règne par les armes périra par les mêmes armes dure loi de l’Histoire!

      • Camara dit:
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        Je suis très déçu de cette prise de position d’un représentant d’EELV en faveur du MNLA qui ne représente pas la majorité des habitants du Nord Mali composée essentiellement de Peuls et de Songhoi. Par ailleurs, contrairement au Rwanda d’avant le génocide où les Tutsi étaient véritablement discriminés (et sur ce dossier je salue les prises de position d’EELV), les Touaregs, eux, ne l’ont jamais été (par exemple, le vice-président de l’assemblée nationale est un Touareg, l’ancien Ministre de l’agriculture en était un autre, etc. Il n’est pas rare non plus de voir des hauts fonctionnaires touaregs. Le message de M. Alfonsi est très dangereux car il sous entend qu’une éthnie est dominée par les autres alors que dans le Mali, chacun à sa place et c’est ce qui fait la richesse de ce pays. Beaucoup de bandits et de trafiquants font parti du MNLA et ces derniers devront répondre des viols et autres exactions commis sur la population civile (cf. HRW, Amnesty International). L’UE devrait fermement aider le Mali et la CEDEAO pour que le Mali retrouve son intégrité territoriale au risque de se retrouver face à un nouvel Afghanistan comme le présage le récent rapprochement MNLA-Ançardine.

  • sow dit:
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    ce texte est different de la realité ,au nord il ya une forte communauté malienne et les touaregs sont minoritaires et tt le nord sait tres bien qu’il ya ps de marginalisation ni oppression

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