Tunisie et Parlement européen : retour sur un aveuglement

18 janvier 2011
Il y a un an, le 21 janvier 2010, le Parlement européen organisait un débat sur la situation en Tunisie. A l’ordre du jour : les négociations en vue de « rehausser » l’accord d’association Tunisie/UE. La vidéo des débats disponible sur le site du Parlement européen montre l’aveuglement des eurodéputés de tous bords et les soutiens sans équivoques au régime de Ben Ali.

L’écoute de ce débat, très instructive, permet de comprendre l’absence, jusqu’au bout, d’une position ferme de l’Union européenne dans la « Révolution de Jasmin ». Elle permet aussi de comprendre comment une majorité de députés européens a pu refuser, quelques jours après la chute de Ben Ali, d’organiser un débat sur la nouvelle situation et la démocratisation en cours en Tunisie (Voir « Le Parlement européen n’est pas à la hauteur« ).

Historiquement, il a toujours été compliqué d’avoir un débat sur la Tunisie en plénière, du fait de l’opposition des « grands groupes », c’est à dire les socialistes et les conservateurs. L’inscription à l’ordre du jour de la session de janvier 2010 de la Tunisie est donc déjà une victoire en soi pour ceux qui, comme les Verts/ALE, souhaitent soutenir les défenseurs des droits de l’Homme tunisiens opprimés.

Pourtant, le mot d’ordre de ce débat pour la majorité des députés européens est : tout va bien. Oui, tout va bien en Tunisie – un pays qui a accompli « d’énormes progrès » selon la Commission européenne depuis la signature de l’accord d’association en 1995 : éducation, protection sociale, croissance économique… La Tunisie est un modèle sur le plan économique. Certes, de-ci, de-là, il peut y avoir de petits problèmes de respect des libertés publiques mais est-ce bien important face au fameux statut des femmes et à la laïcité ?

D’ailleurs pour Louis Michel, député belge du groupe centriste-libéral, ancien commissaire européen au développement de 2004 à 2009 (!), il n’y a même pas de raison objective d’avoir ce débat, si ce n’est de féliciter encore et toujours les autorités tunisiennes. Dominique Baudis (UMP) s’esbaudit quant à lui de la proportion de femmes élues localement ou au Parlement, n’ayant pas l’air de considérer comme important le fait que ce le soit après des simulacres d’élections. Charles Tannock, conservateur britannique, souligne la « méritocratie » de la Tunisie ; pourtant, la captation des intérêts économiques du pays de la famille Trabelsi à des fins personnelles était loin d’être inconnue il y a un an.

A part quelques interventions sur la situation démocratique catastrophique, dont celle de la députée Europe écologie-Les Verts Hélène Flautre, le message est clair pour la Tunisie : la demande de rehaussement des relations UE-Tunisie ne pourra rencontrer «qu’une réponse positive » avance le socialiste italien Pier Antonio Panzeri. Les députés tunisiens présents dans l’hémicycle auront reçu le message cinq sur cinq : le Parlement européen soutient majoritairement Ben Ali.

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