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Impressions chypriotes

1 septembre 2012
Dans le cadre d’un voyage de délégation de députés verts européens, à Chypre qui s’est déroulé du 29 août 2012 au 2 septembre 2012, j’ai pu rencontrer des membres des gouvernements chypriotes et de l’opposition ainsi que des députés, des ONG, des chercheurs et journalistes,issus des deux communautés. Le texte ci-dessous constitue un appel à la pacification et à la fin de l’isolation des Chypriotes turcs. Il reflète les impressions laissées par ce voyage dans une île marquée par les divisions et les conflits.

Une île déchirée.

Les chypriotes turcs s’impatientent. Huit ans après leur OUI enthousiaste lors d’un référendum historique en faveur d’un Etat fédéral, ils s’estiment trahis, discriminés, isolés, délaissés, menacés!
Ils accumulent les griefs contre une Europe qui ne tient pas ses promesses : pas d’implication dans les négociations en vue d’une réunification de l’île, pas de relations commerciales directes établies comme promis en 2004, pas de dialogue politique suivi tant au niveau du Parlement européen que de la Commission, même pas de participation des étudiants au programme erasmus, contrairement aux étudiants des universités turques implantées sur leur territoire!

Ils déplorent parmi la communauté chypriote grecque, l’influence des nationalistes, l’église orthodoxe en tête, qui ne manque pas une occasion de saper leur reconnaissance et leur développement. L’histoire des pommes de terre recalées à la ligne verte de partage entre le Nord et le Sud pour d’obscures raisons sanitaires est le dernier exemple en date d’une longue liste de vexations, après le refus d’inscrire leurs champions aux JO.
Ils s’alarment de la politique offensive de la Turquie, qui déploie environ 30 000 soldats sur son sol, investit et s’installe au nord de l’île, pourvoie aux besoins de base et bientôt à l’eau acheminée de Turquie par pipeline pour les besoins de l’agriculture. Plus de 100 000 citoyens turcs vivent et travaillent sur l’île, parfois depuis plus de 20 ans, « en parallèle » d’environ 170000 chypriotes turcs. Une situation malsaine encouragée par l’inaction de l’Europe qui renforce la dépendance du Nord à l’égard de la Turquie.
A Chypre comme dans les autres états européens la crise économique et sociale s’approfondit, les banques ont souffert des prêts à la Grèce insolvable et le gouvernement « communiste » n’entend pas modifier les facilités déloyales octroyées aux activités économiques qui profitent en particulier aux capitaux russes.

Les appétits autant que les tensions s’aiguisent à la perspective des profits de l’exploitation du gaz voire du pétrole. Le cocktail de frustrations sociales et de discriminations, sur fond d’absence de perspective politique et de tensions régionales est explosif.

Favoriser la recherche d’un accord politique global, pour un Etat-fédéral-bi-zonal-bi-communal, à l’image de celui proposé par l’ONU, est devenu une urgence de paix. L’Europe doit s’y impliquer clairement.

Elle ne le peut qu’en refusant toute instrumentalisation de la question chypriote par la présidence du Conseil et les détracteurs de l’adhésion de la Turquie à l’UE. Les questions bien sur sont liées -14 chapitres de négociations pour l’adhésion sont bloqués en raison de ce conflit, 8 par l’UE pour non ouverture par la Turquie de ses ports et aéroports à Chypre, 6 bloqués de façon unilatérale par Chypre- néanmoins les cadres de négociation gardent leur logique propre et leur autonomie. L’UE doit s’engager clairement et loyalement, elle le peut, les parties aux processus le souhaitent. La paix sur son territoire en dépend.

Hélène Flautre

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