Hommage. Leïla Shahid, nous poursuivrons ton combat.

24 février 2026

Leïla Shahid s’est donnée la mort le 18 février dernier à l’âge de 76 ans dans sa demeure de Lussan dans le Gard. Elle a représenté la Palestine à Paris de 1993 à 2006, puis à Bruxelles, auprès des institutions européennes, de 2006 à 2015.

Leïla Shahid est née en 1949 à Beyrouth, un an après la Nakba. Elle n’a connu pendant toute sa vie que l’oppression des Palestiniens, contre laquelle elle n’a cessé de se battre. 

Les années 1990 avaient cependant été un moment où un certain espoir avait pu naître : celui de se diriger enfin vers une voie négociée pour sortir du conflit israélo-palestinien avec les accords d’Oslo signés en 1993 par Yitshak Rabin et Yasser Arafat, ainsi que la mise en place de l’Autorité palestinienne. Ce, malgré toutes les ambiguïtés et les limites du processus enclenché alors.

Rapidement, cet espoir s’était éteint avec l’assassinat d’Yitzhak Rabin en 1995, l’arrivée au pouvoir consécutive de Benyamin Netanyahou dès 1996 et la montée quasi ininterrompue, depuis, de l’extrême droite et des suprémacistes au sein de la société israélienne. Face à l’avancée notable enregistrée par les Palestiniens sur la scène internationale dans la séquence, la droite israélienne a œuvré à diviser les Palestiniens en soutenant les islamistes du Hamas, opposés à toute négociation avec Israël, contre l’OLP de Yasser Arafat et Leïla Shahid. Et, comme chacun sait, elle est  parvenue à ses fins en permettant au Hamas de mettre Gaza en coupe réglée pendant vingt ans.

Malgré ces difficultés croissantes, Leïla Shahid a continué jusqu’en 2015 à défendre et à représenter la Palestine et les Palestiniens avec à la fois enthousiasme et fermeté tant en France qu’en Europe. Elle s’est attiré à cette occasion le respect de tous ses interlocuteurs.

Défenseuse inlassable de la solution à deux Etats,  elle n’aura malheureusement pas pu voir aboutir les efforts palestiniens en vue d’établir un Etat dans le cadre d’une paix négociée avec Israël. Au contraire, depuis son retrait du devant de la scène, il y a maintenant onze ans, elle a dû assister, impuissante, à la radicalisation croissante de l’opinion israélienne et à la mise en œuvre de plus en plus assumée ouvertement du projet de Grand Israël, du fleuve à la mer, associé à des projets d’annihilation d’un peuple, eux aussi de plus en plus assumés, pour « régler la question palestinienne ».

Cette radicalisation de l’opinion et des dirigeants israéliens est devenue évidente pour le monde entier, après le massacre du 7 octobre 2023 et la façon, ouvertement génocidaire cette fois, dont les autorités israéliennes ont décidé de mener la guerre à Gaza, massacrant la population civile, détruisant écoles, hôpitaux et toutes les infrastructures, empêchant l’aide humanitaire de rentrer ; ce qui vaudra à Benyamin Netanyahou d’être inculpé de crimes contre l’humanité par la Cour Pénale Internationale. Dans le même temps, les colons illégaux israéliens multipliaient de leur côté les pogroms sanglants en Cisjordanie avec l’appui et le soutien de l’armée et de la police israéliennes. 

Ces événements ont plongé Leïla Shahid dans une profonde dépression, nous dit-on. A vrai dire, on ne pouvait guère attendre autre chose de la part de Benyamin Netanyahou et de la coalition d’extrême droite raciste et suprémaciste qu’il dirige. Ce qui a dû surtout déprimer Leïla Shahid c’est d’abord la réaction, ou plutôt l’absence de réaction, de la France et de l’Europe face au génocide toujours en cours à Gaza.

Elle qui avait consacré vingt ans de sa vie à plaider auprès des dirigeants français et européens en faveur de la paix et de la solution à deux Etats en Palestine et qui avait pu avoir le sentiment d’être entendue et soutenue par ces dirigeants, n’a pu que constater leur lâcheté, leur incapacité à s’opposer à Benyamin Netanyahou et à prendre les mesures correspondantes comme ils avaient été pourtant capables de le faire face à Vladimir Poutine en Ukraine. Et partant, leur complicité dans le génocide en cours à Gaza.

Elle était obligée de constater ce deux poids deux mesures flagrant qui ne pouvait trouver d’autre explication que dans la persistance d’un vieux fonds de racisme néocolonial en Europe vis-à-vis des Palestiniens et des Arabes et Musulmans en général que traduisait par ailleurs la montée de l’extrême droite et l’alliance de plus en plus étroite scellée entre la droite classique et l’extrême droite au Parlement européen.

La mort lui aura cependant permis d’échapper au dernier épisode, particulièrement honteux et humiliant, de cette dérive européenne avec la participation, en notre nom, de la commissaire Dubravka Šuica à la mascarade du Conseil de la Paix de Donald Trump, en opposition totale avec toutes les positions traditionnelles de l’Union sur ce sujet et avec tout ce que l’Europe peut et doit représenter dans le monde.

Repose en paix, Leïla Shahid. Nous continuerons ton combat pour une paix juste et durable en Palestine. Et nous ferons tout notre possible pour que la France et l’Europe se ressaisissent enfin et fassent le nécessaire pour soutenir les revendications légitimes du peuple palestinien face à l’extrême droite suprémaciste au pouvoir en Israël. 

 

Mounir Satouri

 

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