Liban : l’Europe doit sortir de sa léthargie !

9 juin 2026

Une nouvelle fois, le Liban paie le prix de la folie guerrière israélienne et des logiques de puissance qui ravagent le Moyen-Orient. Occupation militaire, destructions massives, violations répétées du droit international : la situation exige bien davantage que quelques déclarations de principe. La France et l’Union européenne doivent retrouver une voix, une volonté et une stratégie pour défendre la souveraineté libanaise et contribuer à la stabilité de toute la région.

Après l’invasion du Sud du pays en septembre 2024, le Liban a été à nouveau la principale victime collatérale de la guerre lancée le 28 février dernier par les États-Unis et Israël contre l’Iran en dehors de toute légalité internationale. Le pays est au bord de l’effondrement et menacé d’une occupation prolongée d’une partie de son territoire. La France et l’Europe doivent enfin se réveiller de leur léthargie et s’impliquer pour sortir le Liban de l’emprise israélienne et l’aider à recouvrer sa pleine souveraineté.

Nettoyage ethnique à grande échelle

Après le 28 février, des quartiers entiers de Beyrouth, de Tyr et de nombreux autres villes et villages ont été détruits par des bombardements israéliens massifs, analogues à ceux subis par Gaza après le 7 octobre 2023. Le Sud du pays a été envahi et les villages limitrophes d’Israël ont été vidés de leurs habitants et totalement détruits. De nombreux dirigeants israéliens ont d’ailleurs revendiqué ouvertement vouloir faire du Sud Liban un « nouveau Gaza », l’occuper durablement et y établir des colonies israéliennes.

Le 3 juin dernier, l’agression israélienne avait déjà causé plus de 3 500 morts et plus de 10 000 blessés, l’équivalent de 42 000 morts et 125 000 blessés à l’échelle de la France. Parmi elles et eux, de nombreuses femmes et enfants, des personnes âgées, des secouristes, des journalistes… directement visés par les bombes ou les drones israéliens. Israël utilise d’ailleurs les mêmes méthodes criminelles que la Russie de Poutine en ayant recours à des “doubles frappes”, dans le but de faire un maximum de victimes civiles. Le Liban qui se trouvait déjà dans une situation économique et sociale extrêmement précaire avant l’invasion israélienne, est aujourd’hui en pleine catastrophe humanitaire avec 1,3 million de déplacés internes dans un pays de 6 millions d’habitants.

Un cessez-le-feu violé quotidiennement par Israël

Depuis le 17 avril dernier, un cessez-le-feu était censé entrer en vigueur au Liban parallèlement à celui qui a gelé les hostilités contre l’Iran. Il n’a cependant jamais été respecté par Israël qui a constamment poursuivi ses bombardements et ses opérations militaires, allant même jusqu’à franchir récemment le fleuve Litani pour envahir le Liban plus au Nord, notamment dans le secteur du château de Beaufort. Benyamin Netanyahou avait également l’intention de reprendre les bombardements massifs sur Beyrouth avant que Donald Trump ne l’oblige à s’arrêter en le qualifiant de « complètement cinglé » au cours d’une conversation orageuse le 31 mai dernier.

Le 3 juin dernier, un nouveau cessez-le-feu avait été conclu entre le Liban et Israël sous l’égide des États-Unis. Mais Israël l’a immédiatement violé de nouveau, défiant Trump en reprenant cette fois les bombardements sur Beyrouth et Tyr ce qui a déclenché une riposte iranienne sur le territoire d’Israël, menaçant ainsi de relancer la guerre dans toute la région. Le gouvernement Netanyahou veut manifestement se servir du Liban pour saboter les négociations entre les États-Unis et l’Iran.

Il ne fait en tout cas guère de doute qu’Israël n’a aucune intention de retirer ses troupes du Sud Liban prochainement. Comme à Gaza, où Israël joue la montre et refuse d’entrer dans la Phase II de l’accord de cessez-le-feu : le gouvernement israélien entend poursuivre ses destructions et consolider son occupation du Sud-Liban. 

La longue histoire des agressions israéliennes contre le Liban

Cela fait quasiment cinquante ans maintenant qu’Israël piétine la souveraineté du Liban et l’envahit à intervalles réguliers. Cela avait été le cas en 1978, puis de nouveau en 1982, causant notamment le terrible massacre du camp palestinien de Sabra et Chatila. C’est en réaction à cette seconde invasion que le Hezbollah libanais avait été créé dans la communauté chiite. L’armée israélienne envahira de nouveau le Liban en 1985. Mais cette fois, appuyée par les supplétifs de l’Armée du Liban Sud (ALS), elle y restera jusqu’en 2000. Le travailliste Ehud Barak, qui avait réussi à mettre un terme au premier gouvernement de Benyamin Netanyahou, avait alors décidé de retirer l’armée israélienne du Sud Liban en dehors de quelques zones limitées.

Depuis lors, les échanges de tir étaient fréquents à la frontière nord d’Israël avec le Hezbollah mais l’armée israélienne n’avait plus franchi la frontière. Dans la foulée de la guerre d’extermination qu’il a mené à Gaza après le 7 octobre 2023, Benyamin Netanyahou a manifestement décidé de laver l’humiliation subie en 2000 en réoccupant durablement le Sud Liban. Il a aussi décidé de ne pas faire les choses à moitié cette fois en ordonnant la destruction systématique de tous les villages et en procédant à un nettoyage ethnique complet de la zone. Des mesures préalables, selon toute probabilité, à une annexion et une colonisation analogue à celle subie précédemment par le Golan syrien.

Depuis cinquante ans, la société libanaise a été profondément déstabilisée entre guerre civile interne sanglante, agressions israéliennes répétées, occupation syrienne, ingérences iraniennes… Le tout s’accompagnant d’une profonde dégradation de la situation économique et sociale d’un pays naguère relativement prospère et d’un délitement progressif de l’Etat libanais. Le Hezbollah chiite est parvenu en particulier à y créer un Etat dans l’Etat avec le soutien massif de l’Iran au cours des dernières décennies.

La France et l’Europe incapables d’aider le Liban

Les liens entre le Liban, la France et l’Europe sont anciens et profonds, notamment par le biais d’une diaspora libanaise très nombreuse, plus nombreuse même que la population du pays. Malgré cela, la France, l’Europe et les Nations-Unies n’ont pas été capables depuis cinquante ans maintenant d’aider le Liban à surmonter ses tensions internes, à se débarrasser des ingérences étrangères et à reconstruire un État démocratique solide et pleinement souverain. La Force Intérimaire des Nations Unies pour le Liban (FINUL), mise en place en 1978, n’a jamais reçu en particulier un mandat ni des moyens suffisants pour réussir véritablement à stabiliser et pacifier le Sud Liban. Elle reste pourtant indispensable.

Depuis le 28 février, la France et l’Europe ont été aussi absents sur le volet libanais du conflit déclenché par Israël et les États-Unis que sur le côté iranien. Les négociations engagées ces dernières semaines entre le Liban et Israël l’ont été sous les auspices exclusifs de Washington sans implication française ni européenne. La Haute Représentante de l’Union Européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité n’a pris strictement aucune initiative diplomatique significative en la matière. Quant à la France, elle n’est enfin sortie de sa léthargie que le 1er juin dernier pour convoquer une réunion du Conseil de Sécurité des Nations Unies au sujet du Liban.

Un tel silence, une telle passivité sont insupportables. Non seulement vis-à-vis des nombreuses victimes et des souffrances de la population civile libanaise mais aussi sur le plan des intérêts de l’Union. Deux-cent-vingt-cinq kilomètres seulement séparent le Liban des frontières de l’UE à Chypre : la déstabilisation du Liban du fait de l’agression israélienne menace directement la stabilité de l’Union elle-même. L’hybris guerrière et impérialiste du gouvernement israélien, appuyé par l’hybris non moins guerrière et impérialiste de l’administration Trump,  menace certes les intérêts de l’Union dans toute la région, mais c’est particulièrement le cas au Liban. En lien avec ses partenaires régionaux, la France et l’Union Européenne doivent donc (enfin) se réimpliquer pleinement sur le dossier libanais.

L’Europe doit se réimpliquer pleinement sur le dossier libanais

Cela suppose tout d’abord d’exercer sur le gouvernement israélien les pressions indispensables pour obtenir un retrait complet de l’armée israélienne sur la frontière internationalement reconnue ainsi que des réparations de l’État d’Israël pour les destructions causés au Liban par cette guerre illégale. Cela implique ensuite d’apporter au Liban non seulement une aide humanitaire conséquente, mais aussi une aide économique sur le long terme et un soutien continu au renforcement de ses institutions et notamment de son armée. Si l’État libanais le souhaite, l’Union Européenne devra éventuellement être prête à envoyer sur place une force d’interposition en complément à la FINUL. Nous ne pouvons pas laisser plus longtemps Trump, Netanyahou et les mollahs iraniens décider seuls du sort du Liban sur le dos de ses habitants.

Mounir Satouri

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