L’Europe doit sortir de sa léthargie pour aider les Iraniens à retrouver le chemin de la liberté
Depuis les manifestations massives qui ont traversé l’Iran, la répression du régime a atteint un niveau sans précédent, faisant des dizaines de milliers de morts.
Tandis que Donald Trump déploie un porte-avions au Moyen-Orient, l’Europe doit sortir de sa léthargie et s’assurer que la volonté du peuple iranien soit respectée.
Ces dernières semaines, les Iraniens et les Iraniennes se sont dressés contre le régime criminel des mollahs avec un courage inouï et une détermination sans faille. En retour, ils ont été victimes d’un véritable massacre à huis clos – du fait du blackout d’Internet mis en place par le pouvoir iranien. Le régime iranien concède que la répression a fait plusieurs milliers de morts. En réalité, ceux-ci se comptent plutôt en dizaines de milliers selon des sources indépendantes crédibles et concordantes, même si on ne connaîtra malheureusement probablement jamais le bilan exact de cette tuerie. Le régime a également manipulé les chiffres des victimes parmi les forces de répression pour faire croire que les manifestants étaient violents.
Un massacre abject
A ce massacre, les mollahs et leurs sbires n’ont pas manqué d’ajouter l’abjection d’extorquer aux familles de victimes des rançons exorbitantes de plusieurs milliers d’euros pour la restitution des corps de leurs proches. Les blessés aussi ont peur – à raison – de se rendre à l’hôpital. Certains d’entre eux ont été dénoncés ou tués… Les prisonniers, eux, sont menacés d’exécutions sommaires.
Tout indique aussi que cette répression aveugle a été menée pour une bonne part par des combattants étrangers issus notamment des milices irakiennes liées à l’Iran. Ce qui confirme l’ampleur de la mobilisation : le régime ne peut faire face seul à une colère généralisée. Il est aux abois et prêt à tout pour maintenir un pouvoir illégitime.
Au-dessus de ce bain de sang, les vautours planent et les manipulations extérieures se sont multipliées. Les prises de position hasardeuses de Donald Trump portent malheureusement une part de responsabilité dans ce massacre. En promettant une intervention militaire qui n’est pas venue, il a en effet encouragé les Iraniens et les Iraniennes à descendre dans la rue au risque de payer de leur vie leur contestation face à un pouvoir sans foi ni loi. Un porte-avion américain vient d’arriver au Moyen-Orient et les forces américaines ont renforcé leur dispositif dans toute la région. Mais ne nous y trompons pas : Donald Trump se soucie toujours aussi peu du bien-être de la population iranienne et encore moins du rétablissement de la démocratie en Iran. Son comportement le démontre chaque jour, que ce soit aux Etats-Unis, au Venezuela, en Europe ou ailleurs. La stabilité du régime autoritaire de Mohamed Ben Salmane ou la survie du gouvernement du criminel contre l’humanité Benjamin Netanyahu comptent évidemment beaucoup plus à ses yeux. La répression en Iran n’est pour lui qu’un prétexte pour essayer de mettre la main sur des richesses supplémentaires
Une intervention militaire israélo-américaine est une des choses dont les Iranien.ne.s ont sans doute le moins besoin aujourd’hui si on veut éviter un nouveau bain de sang et le risque d’un embrasement régional.
L’Europe doit enfin sortir de sa léthargie
Quant à l’Europe, une fois de plus, elle aura été totalement absente face à ces événements dramatiques. Il y a onze ans, au moment de la conclusion du JCPoA, l’accord sur le nucléaire iranien, la diplomatie européenne avait pourtant contribué à faire baisser la tension dans la région et à apporter un ballon d’oxygène à une population iranienne asphyxiée par les sanctions. Trump I – éléphant dans un magasin de porcelaine – était ensuite venu saboter cet accord en 2018, annihilant ainsi toute perspective de démocratisation. Aujourd’hui, désarçonnée par ceux qu’elle persiste encore à compter comme des alliés, l’Union Européenne reste prisonnière de sa léthargie dans la crise iranienne, qui, si elle n’est pas maîtrisée, risque pourtant de menacer une part substantielle de nos approvisionnements.
Bâtir un projet de transition pacifique pour l’Iran
Le soulèvement en Iran impose un changement de régime. Il doit permettre avant tout à la population iranienne d’exercer enfin son droit à l’autodétermination.
Pour l’Europe, il ne peut évidemment pas être question de traiter avec le régime criminel des mollahs. Des sanctions européennes sont déjà en place contre 230 dirigeants et 40 entités iraniennes, dont les Gardiens de la Révolution. Par une résolution, le Parlement européen vient d’appeler à les étendre et à les renforcer, notamment en inscrivant les gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes.
Les dirigeants européens doivent maintenant soutenir avec clarté la démocratie et les forces démocratiques en Iran, et refuser que de nouveaux dirigeants soient imposés de l’extérieur au peuple iranien. Le fils du Shah, Reza Pahlavi, soutenu par Trump, Netanyahu et la droite européenne, n’est pas plus légitime qu’un autre pour diriger le pays.
Seule une transition democratique pourra apporter une solution durable et légitime à la crise, qui soit profitable au peuple iranien et à la stabilité de la région. Les Iraniennes et les Iraniens, et eux seuls, doivent décider de leur avenir.
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