Pour un commerce équitable intra-européen

22 septembre 2021

J’étais à la ferme de La Pharmacie à Férolles (45) le 13 septembre 2021 à l’invitation de Bio Centre Loire qui y présentait son label Bio Equitable en France, une démarche concrétisée par la signature d’un contrat « commerce équitable » entre un groupement de producteurs.trices et la coopérative engagée Biocoop. L’occasion de lancer le chantier pour la reconnaissance d’un commerce équitable européen que j’ai décidé de porter au Parlement européen.

Si le commerce équitable est un concept bien entendu quand il s’agit d’acheter des produits issus de filières liées à des pays défavorisés, il semble contre-intuitif d’en imaginer un équivalent chez nous.

Pourtant, noyés sous la communication des grosses enseignes, les consommateurs.trices ne sont au final pas en mesure de comprendre avec certitude le niveau d’exigence social associé aux produits qu’ils et elles glissent dans leur panier. L’omniprésence de produits alimentaires bio industriels en est le parfait exemple : le cahier des charges environnemental est à peu près clair mais à quel prix humain (cf. les migrant.e.s exploité.e.s dans les serres andalouses) ?

Aujourd’hui les industriels s’auto-décernent des bons points sous forme de labels créés et attribués par eux-mêmes. Des décennies ont été perdues à cause du concept peu efficace de politique RSE (responsabilité sociétale des entreprises) qui fait croire que cocher quelques cases d’un beau rapport sur papier recyclé est un gage de politique progressiste socialement.

Il y a à mon avis urgence à structurer un cahier des charges du commerce équitable qui puisse aider à éclairer les consommateurs.trices européen.ne.s et notamment valoriser les produits mieux-disant socialement.

Pour rappel, les engagements du commerce équitable tels que définis par la loi française :

  • Des prix rémunérateurs pour les producteurs.trices, basés sur les coûts de production et une négociation équilibrée
  • Un engagement commercial pluriannuel entre les producteurs.trices et les acheteurs.euses
  • Le versement d’un montant supplémentaire (appelé prime de codéveloppement) destiné au financement de projets collectifs
  • Une autonomie des producteurs.trices grâce à la mise en place d’une gouvernance démocratique dans leurs organisations
  • La transparence et la traçabilité des filières
  • La sensibilisation des consommateurs.trices à des modes de production socialement et écologiquement durables
  • La valorisation des modes de production respectueux de l’environnement et de la biodiversité, tels que l’agroécologie
  • Le recours à des systèmes de garantie ou labels reconnus par des lois et décrets dans les états ou par un règlement au sein de l’UE

Le nouveau label « Bio Equitable en France » de Bio Centre Loire est un bel exemple de ce qui devrait être généralisé dans les relations commerciales. Il reprend la majorité des items de cette définition et va même plus loin sur certains aspects environnementaux. Face à un secteur de l’alimentation qui peine à rémunérer correctement nos agriculteurs·trices il constitue un outil intéressant pour enrayer la course folle aux rendements et à l’endettement, source de désespérance paysanne. Mais son inscription géographique très limitée en atténue la portée. Si nous voulons enclencher un cercle vertueux il faut proposer un référentiel européen ambitieux sur le sujet, avec des implications claires et bien comprises des citoyens, comme pour les produits bio, la norme de sécurité CE, l’étiquetage de performance énergétique, etc.

En tant que membre à la fois des commissions ECON (affaires économiques et monétaires) et IMCO (marché intérieur et protection des consommateurs), je m’engage à porter ce combat au sein des institutions européennes. Un chantier immense au vu de leur manque de sensibilisation sur ces sujets.


Ci-dessous mon intervention lors de cet événement à Férolles

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