Pourquoi le budget de Marine Le Pen trahit la France et sacrifie son avenir

9 octobre 2026

En promettant de diviser par cinq la contribution française au budget européen, Marine Le Pen ne fait pas d’économies. Elle désarme la France et l’Europe au moment où le climat, l’Ukraine, la concurrence chinoise et les géants américains de la tech exigent de faire bloc.

Le 6 septembre dernier Marine Le Pen a présenté son projet de budget pour 2027 et la politique budgétaire qu’elle entendait mener au cours de son quinquennat si elle est élue présidente de la République. Cette hypothèse doit malheureusement être prise au sérieux, pour l’instant. En voulant en particulier priver l’Union Européenne quasiment de tout financement, le RN menace l’avenir de la France et du continent.

Marine Le Pen, une néolibérale comme les autres

Comme tous les autres candidats néolibéraux, Gabriel Attal, Edouard Philippe ou encore Bruno Retailleau, c’est quasiment uniquement à travers une baisse drastique des dépenses publiques que Marine Le Pen veut rétablir les comptes publics. Avec le RN, pas question en effet d’embêter les plus aisés.

Marine Le Pen entend ramener ces dépenses publiques à 50 % du PIB en 2032, soit des coupes de 200 milliards d’euros par an à mettre en œuvre d’ici là. On peut malheureusement imaginer aisément l’état de nos écoles, de nos hôpitaux, de nos tribunaux et la situation des malades, des retraités, des chômeurs… si jamais elle parvenait réellement à réaliser ses projets à la Javier Milei.

Parmi les économies que Marine Le Pen entend réaliser, elle veut bien entendu s’en prendre en priorité aux travailleurs immigrés à hauteur de 12 milliards d’euros en 2027 et 29 milliards d’euros à terme. Ceux-ci devraient cotiser comme les autres à la protection sociale dès qu’ils commencent à travailler mais n’auraient droit en revanche à recevoir des prestations qu’au bout de cinq ans de séjour… Une rupture d’égalité inique, mais on n’en attendait de toute façon pas moins de la part de Marine Le Pen.

Diviser la contribution française à l’UE par cinq

Mais je souhaite surtout m’attarder sur une autre « économie » majeure prévue dans le programme du RN : l’extrême droite entend réduire la contribution française annuelle au budget de l’Union Européenne. Elle est actuellement de 25 milliards d’euros par an. Le RN veut la diminuer de 9 milliards d’euros dès 2027 pour la ramener à 5 milliards d’euros seulement en 2032, soit une baisse de 80 %. 

Le budget de l’Union Européenne ne pèse pourtant actuellement que 1 % du PIB dont une part essentielle, un tiers, sert aujourd’hui à financer la politique agricole commune. Politique qui, seule, permet de maintenir l’agriculture française à flot, même si cette manne est très mal répartie aujourd’hui. Le RN trouve manifestement que les agriculteurs français vivent dans un luxe inutile et gaspillent l’argent public que nous versons à l’Union Européenne…

En dehors de Marine Le Pen et ses amis, le consensus est large pour considérer que la France et l’Europe ne peuvent avoir une petite chance de s’en sortir dans le contexte géopolitique actuel que si nous faisons beaucoup plus ensemble au niveau européen, même s’il existe bien entendu beaucoup de divergences sur les priorités et les manières de faire.

Face au changement climatique et à ses conséquences de plus en plus dramatiques, nous avons besoin, en effet, de mécanismes de solidarité européens plus puissants en cas de catastrophes. Il y a aussi urgence à renforcer la protection civile à l’échelle de l’Union, avec notamment une flotte européenne de canadairs. Pour réussir à maîtriser la crise énergétique que nous traversons actuellement, nous aurions besoin de stocks stratégiques européens et d’achats en commun de gaz et de pétrole. Pour accélérer l’électrification de l’économie du continent, nous devons renforcer les interconnexions électriques et intégrer bien davantage nos systèmes électriques tout en soutenant plus fortement cette transition à l’échelle de l’Union. Avec le déficit dramatique de nos échanges de produits industriels avec la Chine, notamment dans les domaines liés à la transition énergétique, nous aurions besoin d’une puissante politique industrielle étroitement coordonnée à l’échelle européenne et dotée de moyens conséquents pour avoir une petite chance que l’industrie européenne puisse résister au rouleau compresseur chinois. Face à l’agression russe contre l’Ukraine (et de plus en plus contre tous les pays de l’Union), nous avons besoin de renforcer rapidement notre défense, d’autant plus que, parallèlement, les Américains nous laissent tomber. Mais cela n’aurait aucun sens – et aucune efficacité – de le faire chacun pour son compte de manière non coordonnée, notamment au niveau des industries de défense.

Tout cela impose de se doter de moyens financiers communs de taille significative pour aller dans ce sens. Face à la dépendance dramatique dans laquelle nous sommes en Europe à l’égard des géants de la tech américaine, il faudrait investir massivement pour rattraper notre retard et rétablir notre souveraineté. Mais cela ne peut avoir de sens, et de chance de succès, que si nous le faisons ensemble à l’échelle de toute l’Union. Bref, ce n’est évidemment pas de moins d’argent que l’Union aurait besoin pour son budget mais au contraire de beaucoup plus.     

Le RN veut empêcher l’Europe de résister à Trump, à Xi et à Poutine

L’argent c’est le nerf de la guerre dit-on à juste titre. En voulant priver l’Union Européenne quasiment de toutes ressources, le RN ferait perdre à coup sûr à la France et à l’Europe la guerre face au changement climatique et pour la sortie des fossiles, la guerre pour l’indépendance de l’Ukraine et contre la menace militaire russe, la guerre contre le déferlement industriel chinois tout comme la guerre contre la domination des big techs américaines sur nos vies.

À vrai dire une telle politique est parfaitement cohérente avec la volonté du RN de voir la France accepter d’être vassalisée par les États-Unis de Trump et plier le genou devant la Russie de Poutine. En fait, en plus d’être xénophobes, ces gens qui se prétendent « souverainistes » sont en réalité vendus à des puissances étrangères.

Mounir Satouri

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