Premières leçons de l’affaire Bardella

2 octobre 2026

Les propos antisémites prêtés à Jordan Bardella ne surprennent que ceux qui avaient cru à la « dédiabolisation » du RN. L’affaire révèle surtout un deux poids, deux mesures : l’émoi qu’elle provoque tranche avec l’indifférence qui entoure l’islamophobie assumée du parti. Or, il n’y a pas de racisme plus tolérable qu’un autre.

Mediapart a dévoilé le 28 septembre dernier les propos antisémites monstrueux que Jordan Bardella avait tenu en privé quand il avait entre 17 et 20 ans au début de son engagement au RN. Le site a également publié le 1er octobre dernier les preuves qu’il détenait dans ce dossier. Cette affaire est riche d’enseignements, sur le RN bien sûr, mais aussi sur l’état de la société française. Décryptage.

Des propos qui n’ont rien de surprenant

A vrai dire, les propos prêtés à Jordan Bardella n’ont rien de surprenant. Le RN a été créé par des Waffen SS et des collaborateurs de Vichy. Il a été dirigé pendant presque 40 ans par un Jean-Marie Le Pen, le père de Marine, qui ne perdait jamais une occasion de laisser filtrer publiquement son profond antisémitisme. Quant à Jordan Bardella, son admiration sans borne pour Jean-Marie Le Pen et sa proximité avec des personnages aussi sulfureux que le repris de justice et antisémite fanatique Alain Soral ou Frédéric Chatillon, ex petite frappe du GUD et lui aussi antisémite notoire, étaient déjà connus de longue date.

Confronté à de telles révélations, Jordan Bardella aurait sans doute pu tenter de plaider l’erreur de jeunesse et faire acte de contrition en indiquant à quel point il avait changé d’avis sur ces sujets. Mais il a préféré nier en bloc et continue de le faire malgré les preuves apportées depuis par Mediapart. Une attitude suicidaire qui devrait, il faut l’espérer, signer la fin de sa carrière politique.   

Ne pas surestimer l’impact sur le vote RN

Ces révélations ne font évidemment pas l’affaire d’un RN qui paraissait jusque-là promis à une marche triomphale vers l’Élysée. Il convient cependant de ne pas surestimer leur impact sur l’électorat du RN lui-même. La plupart de celles et ceux qui votent RN le font en effet en toute connaissance de cause en matière de xénophobie et de racisme. Ils détestent certes généralement plus désormais les musulmans que les juifs mais les éructations de jeunesse de Jordan Bardella contre ces derniers ne devraient sans doute pas les choquer plus que cela.

Leur impact pourrait probablement être plus significatif sur les (nombreux) dirigeants de la droite classique, hauts fonctionnaires ou chefs d’entreprise qui s’apprêtaient à voler au secours de la victoire annoncée du RN. Comme c’est le cas par exemple de Patrick Martin, le président du Medef, qui reprochait encore vertement à la CGT et à la CFDT de s’opposer au RN le 24 septembre dernier… Ces révélations pourraient donc revivifier un front républicain très abîmé ces dernières années, notamment du fait d’Emmanuel Macron. Et tant mieux.

La surprise que suscite cette affaire c’est la surprise de nombre d’acteurs

Le principal sujet d’étonnement que suscite cette affaire c’est finalement en effet la surprise que ces révélations ont suscitée chez nombre d’acteurs qui avaient marché à fond jusqu’ici dans la combine de la dédiabolisation du RN : l’opération ripolinage de façade du FN/RN avait été un grand succès jusque-là.

L’autre chose qui surprend, et inquiète, dans ce débat c’est le déséquilibre persistant dans les réactions que suscitent l’antisémitisme et l’islamophobie. Le fait que le RN soit profondément, constamment et violemment islamophobe ne fait de doute pour personne. Mais manifestement cela ne pose pas non plus de problème majeur à grand monde : malgré cela, ce parti avait visiblement, comme on vient de le souligner, parfaitement réussi sa dédiabolisation jusqu’ici. Au point que la plupart des élites du pays étaient visiblement prêtes à se rallier en cas de victoire de Marine Le Pen à la Présidentielle. Il a suffi en revanche que des propos vieux de 15 ans de son président raniment le soupçon que le RN puisse être resté également antisémite pour déclencher un branle-bas de combat. Ce deux poids-deux mesures est choquant.

Ni antisémitisme ni islamophobie

Tous les démocrates doivent combattre sans relâche le RN non seulement parce qu’il est resté en réalité profondément antisémite quoi qu’il en dise mais aussi parce qu’il est clairement et publiquement islamophobe. Le combat contre le racisme ne peut pas et ne doit pas se diviser : il faut lutter en même temps contre toutes les discriminations, contre toutes les exclusions, contre toutes les haines, contre tous ceux qui veulent fabriquer et sacrifier des bouc émissaires…

Mounir Satouri

 

 

 

 

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