Absence de sanctions contre Itmar Ben Gvir : la honte de l’Europe

16 juin 2026

Alors que les États européens avaient l’occasion de sanctionner le ministre israélien suprémaciste Itamar Ben Gvir, ils ont une nouvelle fois échoué à s’accorder. Un renoncement qui couvre l’Europe de honte au moment même où le principal intéressé menace la fragile perspective de paix dans la région.

Les ministres des affaires étrangères des 27 Etats membres se sont réunis ce lundi 15 juin. A leur ordre du jour notamment, une proposition de sanctions contre Itmar Ben Gvir, le ministre de l’Intérieur d’Israël. Mais cette proposition n’a pas été adoptée, couvrant une fois de plus l’Europe de honte dans le dossier du Moyen-Orient.

Cet échec intervient à un moment charnière. Après s’être laissé entraîner par Israël dans la guerre contre l’Iran, Donald Trump cherche désormais à se dégager de l’impasse dans laquelle cette fuite en avant l’a conduit. Cette séquence ouvrait une nouvelle opportunité pour l’Union de revenir sur la scène internationale et d’agir en faveur de la paix et de la stabilité dans cette région du monde. Mais l’incapacité à sanctionner Itmar Ben Gvir tend à montrer que l’UE reste incapable de la saisir.

Une vive réprobation dans toute l’Europe

Cette proposition de sanctions contre Itmar Ben Gvir faisait suite aux traitements dégradants et aux tortures subies par les ressortissants de différents États membres de l’Union faisant partie de la flottille Sumud. Celle-ci visait à apporter de l’aide humanitaire aux deux millions de Gazaouis toujours assiégés dans des conditions indignes dans l’enclave palestinienne totalement détruite et occupée pour plus de la moitié par l’armée israélienne. Le 18 mai dernier, 430 d’entre eux avaient été kidnappés illégalement en haute mer par l’armée israélienne. Et Itmar Ben Gvir s’était personnellement vanté des traitements dégradants qu’il leur avait fait subir ensuite dans une vidéo qu’il avait lui-même diffusée. Cette vidéo et les récits glaçants des violences subies par les participants de la flottille avaient suscité une vive réprobation dans toute l’Europe.

Au point donc que – fait sans précédent jusque-là – une proposition de sanctions contre le ministre de l’intérieur israélien avait été préparée et soumise aux États membres par le Service européen de l’action extérieure (SEAE). Au cours des dernières années, il y aurait déjà eu mille raisons de sanctionner Itmar Ben Gvir et ses collègues qui défendent et pratiquent des politiques génocidaires. On peut regretter qu’il ait fallu attendre que ce soient des Européens et non plus des Palestiniens qui soient victimes de cet extrémiste sadique et sans scrupule pour que le sujet vienne (enfin) sur la table du Conseil de l’Union. Mais mieux vaut tard que jamais…

Un mois plus tard, l’Europe recule une fois de plus

Seulement un mois plus tard, la pression de l’opinion publique est retombée et les usual suspects, principalement le gouvernement allemand de Friedrich Merz et le gouvernement tchèque d’extrême droite d’Andrej Babis, ont mis la pression pour faire capoter l’initiative. Et ils y sont parvenus. En mai dernier, Jean-Noël Barrot avait jugé utile de condamner en même temps que les actions d’Itmar Ben Gvir l’initiative de la flottille Sumud elle-même tout en dédouanant Benyamin Netanyahou des exactions de son ministre de l’intérieur. Il y a donc tout lieu de soupçonner que le gouvernement français n’a pas pesé non plus de tout son poids en faveur de telles sanctions. Quant aux sanctions commerciales contre les colonies illégales en Cisjordanie demandées par la France et la Suède, la Commission Européenne a purement et simplement refusé de soumettre un projet correspondant aux États membres.

Le deux poids, deux mesures continue de plus belle

Si l’Union Européenne cherchait absolument à confirmer aux yeux du monde entier qu’il y a bien pour elle « deux poids deux mesures » au sujet des atteintes aux droits humains fondamentaux et des violations du droit international entre Israël et tous les autres pays du monde, elle ne s’y prendrait pas autrement…

Ce faisant l’UE ne fait pas simplement que dégrader son image et perdre le « soft power » que pourrait lui apporter un soutien conséquent aux valeurs de liberté et de démocratie, elle affaiblit aussi le combat qu’elle mène aux côtés des ukrainiens contre l’autocrate Poutine en poussant les pays du Sud à se laver les mains de ce conflit. 

Et surtout son incapacité à exercer la moindre pression sur le gouvernement d’extrême droite de Benyamin Netanyahou, la prive de toute capacité à peser pour contribuer à rétablir la paix dans une région pourtant cruciale pour sa propre stabilité. Et cela au moment même où l’échec cuisant de Donald Trump face à l’Iran lui ouvrait pourtant de nouvelles opportunités pour y jouer enfin un rôle utile. 

Au moment où le président américain tente en effet de sauver la face en annonçant –  enfin –  un accord avec l’Iran pour ouvrir des négociations, Itmar Ben Gvir a immédiatement dénoncé cet accord,  déclarant qu’il n’engageait en rien Israël. Incapable de sanctionner ceux qui piétinent les droits humains fondamentaux et torpillent tous les efforts de paix, l’Europe s’enferme dans une passivité qui affaiblit sa crédibilité et l’éloigne chaque jour davantage de ses propres valeurs.

Mounir Satouri

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