Eva Joly : « L’Europe disparaît du radar en pleine crise, alors que nous en avons le plus besoin »

Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne se sont réunis à Bruxelles, le lundi 30 janvier 2012, afin d’annoncer un nouveau pacte de discipline budgétaire négocié par 26 pays (la Grande-Bretagne refusant d’y participer). Pour les eurodéputés EELV, ce traité inter-gouvernemental n’a aucune chance de régler les problèmes d’endettement des pays de la Zone euro. Selon eux, la seule solution à la crise que traversent les Etats-membres se trouve au cœur même du projet européen : en mutualisant les dettes et en actionnant une relance économique et écologique. Réunis à La Maison de l’Europe de Paris, Eva Joly, Daniel Cohn-Bendit et José Bové l’ont réaffirmé haut et fort. Morceaux choisis.

Eva Joly : « C’est toujours en pleine crise, quand nous en avons justement besoin, que l’Europe disparaît du radar »

« Cette réunion inter-gouvernementale pour instaurer un nouveau pacte de discipline budgétaire dans la Zone euro est insuffisante et ne résoudra pas les problèmes d’endettement rencontrés par les Etats-membres », estime l’eurodéputée EELV. « Les pays européens ne doivent pas traiter la crise uniquement sous un angle comptable… Des projets de sortie de crise doivent émerger. Nous devons prendre en compte la solidarité entre les Etats et trouver des objectifs politiques communs, sociaux et écologiques. Pour que les Etats-membres puissent faire face à leur endettement, il faut mettre une partie de leur dette publique en commun. Cela peut se faire grâce à l’émission d’eurobonds (des obligations communes aux pays de la Zone euro), des projets d’investissement et une politique fiscale commune. »

Visionnez l’intégralité de l’intervention d’Eva Joly :


Conférence de presse d’Eva Joly, Daniel…

Daniel Cohn Bendit : « Cette reconversion écologique sera difficile mais nous n’y échapperons pas car la planète n’y échappera pas »

« L’Europe ne peut pas être dirigée par un directoire franco-allemand. Ce pacte inter-gouvernemental est un pacte de rigueur budgétaire : on veut ancrer l’austérité dans le marbre. Mais il n’a pas l’équivalence d’un traité européen. En quoi sera-t-il utile ? La rigueur budgétaire existe déjà dans les textes, elle a été décidée par les institutions européennes, dont le Parlement européen. Tout comme les déséquilibres macroéconomiques qui sont l’une des raisons de l’endettement des pays et qui doivent être réduits. La Commission européenne est censée faire des propositions dans ce sens.

On perd notre temps… Et les Etats-membres ne font aucune proposition de relance. Pourtant, on le sait, l’austérité étrangle l’économie. Plus personne ne met aujourd’hui sur la table les réformes nécessaires pour répondre à la crise climatique. On met en place la rigueur, mais pour soutenir quel programme ? Lutter contre la crise climatique, c’est faire de la rénovation urbaine, des emplois durables dans les énergies renouvelables… Relançons la filière industrielle, en intégrant la transformation écologique. »

José Bové : « En pleine crise, nous devons continuer à construire la démocratie en Europe »

« On voit actuellement se construire une Europe des Etats qui ne va pas dans le sens du citoyen. Si nous continuons dans cette direction, c’est la logique populiste qui risque de l’emporter. Nous devons réaffirmer le choix de l’Europe : pas une Europe « bâton » qui impose la rigueur, mais une Europe démocrate.

Pour le moment, nous n’avons pas été entendus sur la nécessité des listes trans-nationales, ou sur la possibilité d’une élection au suffrage universel du président de la Commission européenne… A ce rythme, nous risquons de désintéresser les citoyens du projet européen. Aujourd’hui, en pleine crise, c’est pourtant le moment ou jamais de continuer à construire la démocratie en Europe.

Arrêtons de faire croire que le droit s’écrit dans les nations. Désormais avec les institutions et les directives européennes, cela n’a plus de sens. Personne ne fera rien tout seul face, par exemple, au réchauffement climatique. Nous devons y trouver une solution européenne et des politiques intégrées. »

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