Eva Joly : « nous avons besoin d’un autre scénario pour l’Europe »

26 juin 2017
Dans la cadre de l’évènement organisé le 21 juin 2017 par le « Progressive Caucus », Eva JOLY a appelé de ses vœux l’union des forces progressistes et écologistes, par-delà les frontières politiques et nationales, dans le but de construire un plan alternatif pour l’Union européenne.
 
A cette occasion, l’eurodéputée a encouragé les citoyen-ne-s à reprendre le contrôle politique du projet européen, afin que l’Europe devienne « une internationale du bien commun et des citoyens, qui protège, coopère, et partage », plutôt qu’une « internationale de l’argent et des multinationales ».

L’événement du Progressive Caucus rassemblait plusieurs personnalités de gauche, notamment Benoît Hamon et le Premier Ministre grec Alexis Tsipras, afin de discuter du « scénario manquant » pour l’Europe. Les progressistes européens ne peuvent renoncer au combat de transformation de l’Europe. Il est temps d’élaborer un projet qui réponde aux inquiétudes des citoyens en les protégeant et non en se focalisant sur les questions mises en avant par l’idéologie dominante. Dans cet esprit, le Progressive Caucus, plateforme transpartisane de dialogue et d’action au sein du Parlement européen, a ouvert une discussion sur les réponses progressistes aux défis européens.

Voici le discours d’introduction prononcé par Eva JOLY à l’occasion de cet événement :

Bonsoir à toutes et tous,

Monsieur le 1er Ministre, Cher Alexis, Cher-e-s ami-e-s

Je veux d’abord dire à Monsieur Tsipras, que le destin de la Grèce nous préoccupe toutes et tous, et que le sort de son peuple et le nôtre ont partie liée. Notre solidarité est indéfectible et nous savons ce que vous endurez. Nous sommes à vos côtés. Notre combat est aussi de mettre un terme à l’étranglement des peuples par la finance.

Parlons-nous franchement. L’Europe est en danger. Ce que nous avons construit peut mourir. L’Union Européenne perd le soutien et la confiance des citoyens, faute de les avoir suffisamment protégés.

Les politiques d’austérité, qui associent dans un cocktail explosif désinvestissement public, affaiblissement des protections sociales et baisses des salaires ont été la pierre angulaire des politiques nationales et européennes depuis trop longtemps.

La crise financière provoquée par une finance incontrôlable n’a pas suscité de véritable sursaut des consciences. Le poids de la crise a écrasé les plus faibles. Les réformes du marché du travail ont renforcé les inégalités et le sentiment d’injustice. Un sentiment exacerbé par la multiplication des scandales sur le front de l’évasion et de la fraude fiscales. La concurrence fiscale en Europe vide chaque jour un peu plus les caisses publiques, à mesure que les gouvernements tentent de s’aligner sur le plus offrant.

Au final, les politiques d’austérité ont aggravé le poids relatif de la dette, anesthésié toute forme d’investissement, creusé les inégalités. Surtout, elles ouvrent la voie au triomphe des nationaux populistes et des dangereux xénophobes. Leur programme c’est la haine de l’autre. Mais leur carburant, c’est la colère et la frustration engendrées par des politiques profondément injustes. C’est bel et bien la captation des politiques européennes au profit de quelques-uns qui nourrit le feu anti européen qui menace d’incendier notre espace commun.

À ceux qui nous disent « qu’avez-vous fait de l’Europe ?», nous devons répondre : cette Europe-là n’est pas la nôtre !

L’Europe de Juncker n’est pas la nôtre !

L’évasion fiscale indigne, ce n’est pas nous !

L’impunité mortifère des banques, ce n’est pas nous !

La défense insensée des grandes rentes pétrolières et nucléaires, ce n’est pas nous !

L’austérité qui propage son halo de misère et de désolation, ce n’est pas nous !

La politique qui enfonce l’Europe dans la nuit de l’hiver, ce n’est pas davantage nous !

En vérité, l’Europe – et la majorité des gouvernements des États membres – est aux mains des forces de régression. Leur hold-up a été commis au nom du libéralisme et de l’orthodoxie, au nom de l’idée fausse selon laquelle il n’y aurait qu’une seule politique possible. Que nous n’aurions pas le choix. L’Europe meurt du faux consensus de la dépolitisation. Elle ne revivra que par la repolitisation des consciences.

Le seul mot d’ordre qui vaille dès lors est : « reprenons les choses en main ».

Réapproprions-nous l’Europe. Reprenons le contrôle politique du projet européen. C’est le message que nous devons adresser à des millions de femmes et d’hommes partout sur le continent. Notre combat ne doit pas se mener sans les citoyennes et les citoyens, dans le secret d’institutions cadenassées par des règles obscures et parfois absurdes.

Je n’ai nulle naïveté. Le combat sera rude. Mais le sens de notre initiative commune, c’est de montrer que des volontés existent pour forger une nouvelle donne européenne, par-delà nos différences politiques et historiques.

Je suis convaincue que c’est par l’Europe que les progressistes de tous les pays pourront retrouver des marges de manœuvre nationales. Mener le combat pour une autre Europe, c’est redonner de l’oxygène dans chacun de nos pays aux forces qui veulent y porter la transformation sociale.

L’Europe actuelle pose problème, nous avons besoin d’un autre scénario pour l’Europe. C’est le sens de notre démarche. Les forces progressistes doivent s’allier, au-delà des frontières politiques et nationales, pour construire un plan alternatif.

Face à l’internationale de l’argent et des multinationales, l’Europe doit devenir une internationale du bien commun et des citoyens, qui protège, coopère, et partage.

Au moment où s’ouvrent nos travaux, je veux dire ici à quel point la mission qui est la nôtre est à la fois enthousiasmante, impérative, et historique.

Ne baissons pas les bras ! Ni devant les pièges du nationalisme, ni face à l’hégémonie culturelle des conservateurs.

Nous devons reconstruire un horizon d’espoir pour les peuples en réinventant une démarche de progrès pour l’Europe. Être progressiste, c’est être résolument tourné vers l’avenir, pour le rendre meilleur. C’est donc, nécessairement, tenir compte des grands défis qui nous guettent : le dérèglement climatique, l’accroissement des inégalités, les menaces sur les droits humains et les libertés civiles, la crise de la solidarité et de la démocratie.

Je souhaite donc que nous nous souvenions que l’Europe nous est bien plus qu’une maison commune : elle peut être la patrie de l’avenir. Pour que cela advienne, progressistes et écologistes de tous les pays, unissons-nous. Unissons-nous pour créer un mouvement puissant, durable et solidaire !

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