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La démocratie européenne à l’épreuve des multinationales

A l’occasion des Journées d’été d’EELV, le jeudi 20 août 2015, de 14h30 à 16h, dans l’amphithéâtre B2 de l’Université Lille 3 à Villeneuve d’Asq, la délégation Europe Ecologie au Parlement européen organisait un forum intitulé « la démocratie européenne à l’épreuve des multinationales ». Lors de ce forum, animé par le directeur de Médiapart Edwy Plénel, les eurodéputés écologistes, devant une salle comble, sont revenus sur leurs différents combats de l’année écoulée pour défendre une certaine idée de la démocratie européenne:

En introduction, durant une quinzaine de minutes, Edwy Plénel rappelle d’abord le rôle fondamental du journalisme d’investigation et des enquêtes indépendantes face aux tentatives des pouvoirs de toute sorte, notamment politiques et économiques, de maintenir le secret sur leurs activités les plus sensibles, surtout lorsqu’elles concernent l’ensemble de l’opinion publique et l’intérêt général. Soulignant les difficultés de la transparence démocratique à l’heure où les Etats sont de plus en plus enclins en ces temps de menace terroriste permanente à recourir à la surveillance de masse, Edwy Plénel souligne que le devoir citoyen est un enjeu essentiel. Or celui-ci ne peut exister pleinement qu’en s’appuyant sur une information libre et indépendante. Prenant l’exemple de la Grèce, le journaliste rappelle l’opacité de la dette grecque et le travail fondamental opéré par la commission sur la vérité de la dette publique en Grèce afin d’avoir un débat parfaitement éclairé pour les citoyens. Ce combat pour la transparence se trouve également au coeur de la lutte contre les paradis fiscaux. Comme le proclame Julian Assange, pour avoir une stratégie efficace du simple au fort, il faut mettre à nu la puissance des Etats et des multinationales par les informations. Edwy Plénel conclut son intervention préalable en citant Au-delà de l’offre et de la demande, livre de William Roeptke datant de 1958 et véritable bible de l’ordolibéralisme ayant cours aujourd’hui en Europe. Son idée principale, la propriété, le profit et la concurrence sont des principes intangibles ne pouvant être remis en cause, et surtout pas par un processus démocratique.

Michèle Rivasi intervient ensuite pour rappeler que les lobbies agissent également avec la complicité entière des Etats. Il faut donc se battre à tous les niveaux. Dans le domaine de prédilection de l’eurodéputée, la santé, il s’agit notamment de saisir l’OLAF (Office européen de lutte antifraude) lorsque l’on soupçonne un conflit d’intérêt. Or même à la tête de l’OLAF, le conflit d’intérêt est souvent la règle. Michèle Rivasi souligne également la difficulté de mener et d’espérer gagner des combats sous cette nouvelle législature 2014-2019, alors que la coalition entre les conservateurs, les sociaux démocrates et les libéraux fait la pluie et le beau temps au Parlement européen. Il y a besoin d’une véritable révolution citoyenne pour renverser cette pensée unique européenne.

Pour Yannick Jadot, l’Union européenne a bon dos. Cet espace politique devient le bouc émissaire de tous nos maux. Or beaucoup de difficultés rencontrées ces derniers mois sont le résultat du grand retour des Nations dans le jeu européen. Il est de la responsabilité des écologistes de ne pas avoir gagné les élections. Si les gens votent pour des libéraux et des démocrates, ils obtiennent la politique pour laquelle ils ont voté. Alors il s’agit de se réapproprier l’espace démocratique européen. C’est notamment l’enjeu fondamental autour du Traité transatlantique. Ce qui se construit au travers du TAFTA, c’est un transfert de souveraineté des citoyens et des Etats vers les firmes multinationales. Or comment se défendent les Etats? Comment a réagi la France par exemple l’année dernière face au scandale des écoutes américaines de la NSA? François Hollande a interdit de survol du territoire français l’avion du président bolivien Evo Morales parce qu’on y soupçonnait la présence à bord d’Edward Snowden, à l’origine des révélations sur l’ampleur des écoutes! Pour lutter contre tous les lobbies, Yannick Jadot rappelle que la renationalisation des politiques ne marche pas. Trop souvent les parlementaires européens continuent de jouer le jeu des Etats. Le PE a en fait beaucoup plus de pouvoirs que ceux qu’il exerce réellement.

Pour Karima Delli, ce sont bien les politiques qui doivent faire la loi, certainement pas les lobbies. Le secteur des transports illustre parfaitement le débat. Par exemple, la compagnie aérienne Ryan Air emploie des pilotes qui sont des auto-entrepreneurs de micro-sociétés toutes basées en Irlande. Le dumping social dans le secteur de l’aviation civil est alors extrêmement sauvage. Même chose chez les transporteurs routiers. Il y a donc un vrai problème avec les égoïsmes nationaux. Par exemple, dans la loi Macron en France, on demande que les salariés des transports lorsqu’ils traversent le pays aient un salaire minimum calqué sur les normes françaises, au lieu de porter le débat sur le dumping social à l’échelle européenne. Résultat, ça ne fonctionne pas et l’armonisation sociale se fait vers le bas. Il faut donc se battre plus que jamais pour un salaire minimum européen. Karima Delli conclut son propos sur l’importance du combat contre le grand projet inutile du Lyon Turin, pour lequel, avec Michèle Rivasi et d’autres collègues eurodéputés, du Mouvement 5 étoiles, de la GUE, etc., ils ont monté une task force européenne afin de dénoncer la gabegie financière et l’aberration écologique de ce projet.

Eva Joly, comme dernière intervenante, revient sur le combat des écologistes contre les paradis fiscaux. Elle souligne notamment l’importance des révélations autour du Luxleaks qui ont clairement démontré comment une compagnie pouvait gagner des milliards d’euros et ne pas payer du tout d’impôts. Le nouveau président de la commission Jean-Claude Juncker, ancien Premier ministre luxembourgeois pendant 18 ans, incarne à cet égard parfaitement l’intérêt des multinationales. Le combat contre les paradis fiscaux ne fait donc que commencer, et nous pourrions parfaitement et facilement y mettre fin, ceux-ci, contrairement aux Etats, n’ayant pas d’armée. L’autre combat fondamental souligné par Eva Joly est celui contre la surveillance de masse. L’eurodéputée considère que c’est l’ensemble de notre civilisation qui est en train d’être sacrifiée sur l’autel du profit des multinationales, et qu’il n’y a pas suffisamment de résistance, la peur du terrorisme permettant de justifier devant les citoyens tous les outils de cette surveillance globale.

Si le constat général est amer et sans appel, et la tâche immense, tout le monde se rejoint sur un point, que résume parfaitement la célèbre maxime d’Antonio Gramsci: « Il faut allier au pessimisme de l’intelligence l’optimisme de la volonté ».

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Un commentaire

  • Catherine Weber dit:
     - 

    Ayant participé aux actions culturelles et maraichères de l’association de Protection de la Ferme des Bouillons (Mont Saint Aignan 76) , je souscris volontier à ce que nous dit cet article .
    Les élus politiques ont à porter le voix des citoyens et ne doivent pas se laisser intimider quand ils refusent de se laisser acheter par les lobbies des multinationales.Les citoyens doivent par ailleurs soutenir de près leurs élus quand ceux ci agissent et expriment les valeurs de la démocratie .
    Eva Joly voit juste: « contre la surveillance de masse. L’eurodéputée considère que c’est l’ensemble de notre civilisation qui est en train d’être sacrifiée sur l’autel du profit des multinationales, et qu’il n’y a pas suffisamment de résistance, la peur du terrorisme
    permettant de justifier devant les citoyens tous les outils de cette surveillance globale.  » Une prise de conscience est urgente . Ami entends tu ? c’est l’alarme !

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