Le « Greenpeace de la finance » pourrait voir le jour dès la fin 2010

28 septembre 2010
par Benjamin Jullien

28 September 2010

La Tribune

Les députés européens signataires de l’appel du 21 juin et les parties prenantes se sont mis d’accord lundi. Des statuts et une charte seront rédigés dans les deux mois.

L’appel à créer un « Greenpeace de la finance » ne sera pas resté lettre morte. À l’origine de cet appel le 21 juin dernier (lire ci-dessous), l’eurodéputé Pascal Canfin (Europe Ecologie) a donné le coup d’envoi à ce projet lundi à Bruxelles, lors d’une réunion avec des membres des cinq groupes du Parlement européen qui comptent des signataires (Parti populaire, Socialistes et démocrates, Verts, Démocrates et libéraux, Gauche unie), et une cinquantaine de représentants d’organisations non gouvernementales (ONG), parmi lesquelles la Confédération européenne des syndicats, Oxfam, Greenpeace, Transparency International. Tout comme les think-tanks progressistes Open Society Institute (fondé par le financier George Soros) et New Economics Foundation.

« Phase d’amorçage »

« Nous avons dégagé un large accord sur la nécessité de constituer un contre-pouvoir au lobbying du secteur financier, et sur le rôle que les eurodéputés à l’origine de l’appel ont à jouer dans ce processus », annonce Pascal Canfin. Les eurodéputés vont ainsi financer la phase d’amorçage, pendant laquelle un chargé de mission sera recruté pour rédiger les projets de statuts et de charte politique de l’organisation, dont le nom provisoire est « Finance Watch », et préparer un tour de table financier, avec un objectif d’environ un million d’euros par an.

« Toutes les parties prenantes se retrouveront ensuite dans deux mois pour valider ces éléments, avec l’objectif de lancer Finance Watch en fin d’année ou début 2011 », poursuit Pascal Canfin. Convaincu que « le déséquilibre du débat sur la régulation financière constitue un vrai problème démocratique », Pascal Canfin estime que « contribuer à y remédier fait partie du mandat des députés européens », mais précise que leur rôle « se limitera à la phase d’amorçage », et qu’ils ont « vocation à se retirer pour laisser la société civile diriger les opérations ».

L’association aura notamment vocation à servir d’interface entre les décideurs de Bruxelles et les capacités d’expertise existant dans les ONG, les centres de recherche et les think-tanks. Elle devra donc développer une capacité propre de lobbying afin de s’appuyer sur les contre-expertises issues de ce réseau pour influencer efficacement le processus législatif.

Mais aussi mettre en place un centre de ressources sur ce processus afin d’aider les ONG qui souhaitent faire valoir leurs positions, et se doter d’une équipe de communication pour être capable d’interpeller l’opinion publique. Elle pourrait également être chargée de mobiliser des spécialistes indépendants pour participer aux nombreux « groupes d’experts » qui conseillent les institutions européennes, et qui sont souvent noyautés par les groupes d’intérêts économiques.

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Construire un contre-pouvoir au lobbying des banques

28 September 2010

La Tribune

À l’image de la plate-forme «Americans for financial reform», l’ONG en gestation développera une capacité de contre-expertise et d’influence.

« Dès qu’un sujet de régulation financière est inscrit à l’ordre du jour du Parlement européen, nous recevons de nombreux appels de lobbyistes du secteur qui cherchent à nous convaincre d’avoir la main légère, souvent en affirmant que nos décisions risquent d’être néfastes à la croissance et à l’emploi.

Mais nous manquons cruellement d’analyses indépendantes qui nous aideraient à démêler le vrai du faux ». C’est en partant de ce constat que Pascal Canfin, eurodéputé d’Europe Ecologie, a lancé en juin avec Eva Joly et 20 autres membres du Parlement européen un appel à créer un « Greenpeace de la finance », déjà signé par 80 eurodéputés et presque autant de parlementaires nationaux.

L’idée : « Monter une organisation qui pourra développer une capacité de contre-expertise, de lobbying et de communication au public sur les principaux sujets de régulation financière, en fonction des textes de loi en préparation à Bruxelles ». À l’image de ce que font Greenpeace, les Amis de la Terre et bien d’autres dans le domaine de l’environnement, ou des ONG comme Amnesty International dans celui des droits de l’homme. Convaincus que ce projet exigeait une approche trans-partisane, les initiateurs de cet appel ont d’emblée associé à leur démarche quatre eurodéputés du Parti populaire européen (centre-droit), et notamment Jean-Paul Gauzès, un membre de l’UMP bien placé pour mesurer le déséquilibre existant, puisqu’il est le rapporteur du projet de directive sur les « hedge funds ».

Modèles américains

Cette organisation non gouvernementale (ONG) pourrait fonctionner sur le modèle de la plate-forme Americans for Financial Reform (AFR), qui rassemble plus de 250 groupes d’intérêt représentant notamment les employés, les consommateurs et les investisseurs. Déterminé à « se battre pour un système bancaire et financier basé sur la responsabilité, l’honnêteté et la sécurité », AFR a mobilisé jusqu’à 40 lobbyistes à Washington, pour faire contrepoids au lobbying des banques et tenter d’empêcher, avec un certain succès, que la loi Dodd-Frank ne soit vidée de sa substance sous l’influence des lobbies bancaires. Autre point de référence, le Tax Justice Network (réseau pour la justice fiscale), qui lutte pour une meilleure régulation des paradis fiscaux.

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