Le succès de Cancun efface l’échec de Copenhague

13 décembre 2010
Rio avait été le premier sommet, celui de la prise de conscience du péril, et de l’affirmation d’une volonté collective d’y faire face, avec l’ONU comme cadre de discussion. Kyoto, dix ans plus tard, avait fixé les premiers objectifs contraignants de réduction des gaz à effet de serre, mais nombre de pays ne l’ont pas ratifié, à commencer par les États Unis, le plus gros pays émetteur, ainsi que les grands pays à forte croissance économique, comme la Chine, l’Inde ou le Brésil, les plus forts émetteurs potentiels des décennies à venir. Seuls l’Europe, le Japon ou la Corée parmi les pays développés ont engagé des politiques actives, avec des effets positifs, mais insuffisants à l’échelle de la planète.

Copenhague avait donc pour ambition de jeter les bases des futurs accords qui prendraient la suite de Kyoto, en ralliant à des objectifs contraignants la totalité des pays, et en fixant à 2°C la limite tolérable du réchauffement climatique de la planète par rapport à la période pré-industrielle. L’objectif des 2°C a bien été affirmé, mais aucun des moyens nécessaires pour l’atteindre n’a été accepté, malgré une effervescence médiatique inégalée.

Cancun devait redresser la barre pour espérer une suite effective aux accords de Kyoto. A la surprise générale, ce sommet, présidé par le Mexique dont le rôle a été salué par la presse du monde entier, a débouché sur des accords significatifs et positifs, ouvrant ainsi la voie au sommet de Durban de 2011, dernière limite pour mettre en œuvre un nouvel accord mondial.

Premier pas décisif, l’acceptation de tous les pays de se soumettre à une même procédure de « contrôle et vérification » sous la responsabilité d’experts indépendants. Cet « abandon de souveraineté » était refusé notamment par la Chine, un des pays clef de la crédibilité de tout nouvel accord. C’est l’engagement du gouvernement indien qui a permis cette avancée, laissant la Chine face à un isolement total si elle continuait à bloquer. Ce point est essentiel, car si l’engagement des pays sur des objectifs de réduction ne peuvent être vérifiés de façon fiable et indépendante, il est impossible de passer un accord contraignant, c’est à dire avec des sanctions à la clef. Deuxième pas décisif, un « fonds vert du climat » a été créé au niveau de la Banque Mondiale, à gestion paritaire entre pays riches et pays en voie de développement, qui permettra notamment de lutter contre la déforestation.

Cancun a donc fixé deux cadres essentiels : un mécanisme opérationnel de validation des émissions de chaque pays, et un mécanisme de solidarité financière des pays riches envers les pays pauvres.

Et, en vue de Durban, de nouveaux équilibres internationaux se sont fait jour, nettement plus encourageants que ce qui était sorti de Copenhague, et cela malgré une nouvelle déception au niveau de l’Union Européenne toujours plus paralysée dans son action.

François ALFONSI

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