Meurtres en série : Chì ci si pò fà ?

13 avril 2012
La « Pâque sanglante » d’avril 2012 est venue après le « mardi sanglant » du mois de novembre 2011, tandis que plusieurs autres meurtres étaient commis entre-temps. Chaque nouvelle étape dans les meurtres en série qui touchent les différentes régions de l’île, d’Aiacciu à la Plaine Orientale, marque de ses drames le chemin de croix d’une île à la recherche de son salut.
L’attentat d’Aiacciu contre un restaurateur tué par un container piégé, le double meurtre d’U Pitrosu contre Jo Sisti* et Jean Louis Chiodi : la « trêve pascale » n’a jamais aussi mal porté son nom. Il est difficile d’exprimer ce mélange d’angoisse et de fatalité qui étreint la société corse, persuadée en son for intérieur que le pire est encore à venir. Chaque nouveau drame exprime en effet un crescendo tragique, avec des moyens toujours plus sophistiqués, avec des victimes de moins en moins banalisées, hier un maire proche de Paul Giacobbi, aujourd’hui un ancien dirigeant nationaliste de premier plan.

La violence est le propre du genre humain ; elle n’est pas davantage le propre du peuple corse que d’autres. Et la fonction d’une société équilibrée est de la maîtriser pour assurer une paix véritable à ses citoyens. Elle le fait par la justice, par l’éducation, et par la répression. L’échec de la société corse à cet égard est patent, la responsabilité de tous est engagée, particulièrement de ceux qui, depuis des décennies, y assument l’exercice du pouvoir.

La responsabilité première est dans les familles, le berceau de l’éducation. Bien des questions se posent sur les mythes véhiculés, sur les éducations amputées par des décennies de « troubles » qui ont entraîné tant de parents dans le tourbillon de l’action violente, de la prison et de la répression. Qui dira le mal fait par la banalisation des armes à feu, que ce soit dans les bagarres entre jeunes sur le campus de Corti, ou par la fascination qu’elles exercent sur ceux qui basculent dans le banditisme?

Mais il y a plus grave encore, à travers l’action d’un État et de ses forces de répression intéressés à la déstabilisation d’une société corse qui aspire à son émancipation. Car si ce climat est délétère pour le peuple corse, et il l’est, a fortiori, pour le projet national corse qui ne peut vivre que des forces positives qui s’engagent pour l’avenir de la Corse.

Comment contrebalancer les effets négatifs de cette chape de violence qui s’est abattue depuis quelques années sur l’île ? Il n’y qu’une solution : faire monter les effets positifs d’un peuple mobilisé pour accomplir son avenir. Aussi, c’est l’ardente obligation de ceux qui aspirent à cette émancipation d’essayer d’apporter leur propre pierre pour trouver des solutions à cet état de fait.

Dans cette Corse ravagée par une violence devenue inextinguible, le mouvement nationaliste a d’abord le devoir de clarifier ses positions. L’option de l’arrêt de la violence politique devra bien, un jour ou l’autre, être mise sur la table en Corse aussi, comme elle l’a été, il y a dix ans, en Irlande du Nord, et comme elle l’est, désormais, au Pays Basque. Dans le climat pesant qui nous oppresse actuellement, le plus vite sera le mieux. Le mouvement nationaliste doit devenir politiquement étranger à toute cette violence qui se déchaîne sur l’île. C’est une question de survie.

Il doit ensuite donner au peuple corse la meilleure image de lui-même. C’est dans la tradition de son action, lui qui a porté la renaissance culturelle, et tant et tant de parcours désintéressés pour le « riacquistu », qu’il soit économique, culturel, environnemental ou social. Dans le climat d’aujourd’hui, le peuple corse est amené à douter de lui-même, et c’est la mission même du mouvement nationaliste de reconstruire sa confiance collective en l’avenir.
Pour cela, il doit porter les propositions sérieuses et réalistes, et il doit donner l’image d’une force consciente, fiable et efficace. Aussi, l’avenir de Femu a Corsica sera déterminant pour l’avenir du peuple corse. Il n’y a plus le temps d’attendre, et la construction de cette alternative politique doit être matérialisée dès les élections législatives passées.

François ALFONSI

*Jo Sisti avait quitté la vie politique il y a une dizaine d’années, après avoir été élu à l’Assemblée de Corse, de 1992 à 1998, pour le compte de l’ANC, en même temps que Pierrot Poggioli, sur la liste d’union Corsica Nazione. C’était un leader de premier plan de la lutte de libération nationale au début des années 80, avant que les désaccords qui ont conduit à la création de l’ANC en 1989, puis du MPA un an plus tard, ne soient le prélude aux affrontements entre nationalistes qui ont endeuillé la Corse dans les années 90. Il fut aussi un des principaux artisans des accords de Migliacciaru qui ont mis fin à cette guerre tragique.
Arritti prisenta e so cundulianze afflitte à tutti i soi. Firmarà par sempre u ricordu di a so azzione par fà rinasce a nazione corsa.
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