Migrants tunisiens : il ne faut pas agiter le péril sécuritaire

15 février 2011
Après l’arrivée de 5 000 Tunisiens sur l’île italienne de Lampedusa, la Commission européenne a demandé aux gouvernements de l’UE des contributions pour enrayer ce phénomène et étudie les moyens d’aider financièrement l’Italie. Communiqué d’Hélène Flautre, eurodéputée EELV.
« L’arrivée de milliers de tunisiens sur l’île de Lampedusa, si elle peut surprendre, est aussi une conséquence du départ de Ben Ali. Les aspirations à une vie meilleure, portées par des jeunes tunisiens épris d’impatience face à des changements démocratiques et sociaux très attendus, conduisent certains d’entre eux sur le chemin de l’Europe.

Il serait calamiteux que le départ du dictateur Ben Ali et les premières réformes n’ouvrent pas de perspectives d’avenir convaincantes. C’est pourquoi l’UE ne doit pas détourner son attention de l’essentiel à savoir tout mettre en œuvre pour crédibiliser les perspectives de changement démocratique et social dans le pays. Je salue dans ce cadre la décision de la Commission européenne de revoir à la hausse les aides prévues dans le programme indicatif de la Tunisie, qui devront être utilisées de manière appropriée et transparente.

En revanche, il est malvenu d’agiter le péril sécuritaire pour répondre à l’arrivée des migrants tunisiens en Italie. Les Etats membres disposent d’un instrument prévu à cet effet qu’ils semblent avoir jeté aux oubliettes : la directive de 2001 – jamais utilisée – prévoit un dispositif exceptionnel de protection immédiate et temporaire en cas d’afflux massif de personnes ; ce qui serait tout à fait adapté à la situation, contrairement à l’implication de l’agence Frontex, dont le mandat n’est en aucun cas d’identifier les personnes tel que voulu par le gouvernement italien.

Le mouvement démocratique à l’œuvre dans la région est une invitation à l’adresse de l’UE afin qu’elle définisse une politique d’asile et d’immigration nouvelle. La situation démontre finalement que l’UE comptait sur les régimes autoritaires pour empêcher les mouvements migratoires. C’est le moment pour l’UE de développer avec ses futurs partenaires du Sud un pacte euro-méditerranéen pour la mobilité. »

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