Pour une Europe fédérale !

3 novembre 2011
Dans la crise actuelle, le énième sommet prétendument « salvateur » entre les principaux États-membres européens, essentiellement l’Allemagne et accessoirement la France, témoigne de la résistance obstinée des chefs d’État européens pour entraver l’évolution de l’Union Européenne vers un fédéralisme véritable. Mais les milliards s’ajoutent aux milliards, et, comme dans un panier percé, la crise s’ajoute à la crise.
Le mécanisme peut se résumer ainsi : dans la « tectonique des plaques », pour utiliser une image sismique, qu’est devenue l’économie mondiale depuis la montée en puissance d’une énorme force économique concurrentielle à l’économie occidentale en Orient (principalement Chine et Inde), nous sommes en train de vivre une sorte de « tremblement de terre ». Des pans entiers de l’économie, depuis trente ans environ, ont ainsi « glissé », de façon souterraine, de l’Occident vers l’Orient, à travers les délocalisations, tout en laissant en surface l’apparence d’une opulence économique qui était essentiellement due au recours à l’endettement. En vingt années, celui-ci a littéralement explosé, de la part des ménages, et de la part des États, et, désormais, le sol s’ouvre sous nos pieds.

Car, logiquement, cette évolution a débouché sur une incapacité générale à rembourser les emprunts contractés. La première réplique de ce séisme a touché aux USA des millions de ménages expulsés d’un logement qu’ils ne pouvaient plus payer, causant la crise des subprimes. Puis les banques américaines dans un premier temps, du fait de la défaillance simultanée de ces millions de débiteurs américains, suivies par celles de l’ensemble occidental qui leur sont liées par de savantes constructions financières, se sont trouvées à leur tour insolvables. Les États ont dû alors les renflouer, et à leur tour ils deviennent progressivement insolvables. Et, comme dans tout bon cercle vicieux, cela revient aujourd’hui sur les particuliers à travers des augmentations d’impôts, et à nouveau sur les banques qui détiennent les emprunts « pourris » des États les plus en difficulté. Pour la Grèce, ils ont accepté de renoncer à 21% dans un premier temps, puis à 50% désormais de leur valeur. Mais qu’adviendra-t-il des autres dettes des pays les plus en crise ? Va-t-on en rester là ?

Au sein de l’ensemble européen, les fortunes sont diverses d’un État à l’autre. Il y a ceux qui, comme la Grande Bretagne, ont eu davantage d’exposition que les autres à la crise américaine : de facto la livre sterling a dévalué de 25% face à l’euro fin 2008. Il y a ceux qui ont usé et abusé d’une économie de type « subprimes », comme les Américains, principalement l’Espagne et l’Irlande avec un endettement des ménages énorme, et la faillite, totale (Irlande) ou partielle (Espagne), de leur système bancaire. Il y a ceux dont l’endettement est une difficulté structurelle comme l’Italie, mais aussi la France qui, parmi les pays du « triple A », est de loin la plus fragile. Il y a ceux qui ont tout cumulé (insolvabilité des ménages, insolvabilité des banques et insolvabilité de l’Etat) comme la Grèce. Et il y a l’Allemagne, chef de file du « Nord vertueux », qui présente un profil économique nettement plus rassurant. Quoique … 80% des exportations allemandes se font vers le reste de l’Union Européenne, et tout bon commerçant sait que sa prospérité dépend de celle de sa clientèle. Que la moitié de l’Europe s’enlise dans une crise durable, et l’Allemagne et le Nord de l’Europe perdront beaucoup de leur prospérité économique ! En réalité tous sont liés, mais ces liens de fait se heurtent à l’absence de liens institutionnels, et donc à l’incapacité de structurer une réponse collective de long terme, ce que seule une construction fédérale peut apporter.
Le dossier-clef de ce débat essentiel est celui des « eurobonds », ces obligations européennes mutualisées qui auraient abaissé de manière définitive les taux d’intérêt des pays en difficulté, réduisant de plusieurs milliards d’euros leurs dettes respectives, tout en alourdissant, il est vrai, de quelques dixièmes de points les taux d’intérêt pour les économies fortes comme l’Allemagne. Mais la garantie d’un marché à long terme de 500 millions d’habitants vaut largement cet « effort commercial » pour ceux qui en ont largement les moyens.

Pour faire face à la crise de la dette souveraine en Europe, il y a logiquement deux chemins. Premier chemin, ce qu’ont décidé les participants du dernier sommet européen, on efface, en partie, le montant de cette dette, ce qui est très coûteux à court terme, et ce qui ne garantit rien à long terme car un État en déficit, par définition, est incapable de rembourser toute dette, même si elle a été divisée par deux. Et surtout, cette décision ne traite que le cas grec, et elle ne prémunit en rien les autres États fragiles contre l’emballement des taux d’intérêts.

Le deuxième chemin consiste à « européaniser », via les « eurobonds », la plus grande partie de la dette européenne. Un taux d’intérêt stable sera alors instauré, commun à toute l’Europe, qui fera s’écrouler la charge des intérêts qui pèse actuellement sur les États les plus endettés. Ils pourront alors construire leur plan de relance à long terme dans la confiance et la sérénité.

Europe des États ou Europe fédérale ? C’est le grand débat politique et institutionnel des années à venir, en fait le débat qui devrait être principal pour les campagnes politiques de 2012. Plus vite l’Europe fédérale sera instaurée, moins les Européens seront affectés par la crise. Plus longtemps l’Europe des États gardera la mainmise sur la politique européenne, plus le continent européen s’enfoncera dans la crise, et personne ne pourra l’éviter. Surtout pas la France qui est parmi les économies les plus exposées à la crise.

François ALFONSI

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