Protéger la biodiversité : le Sommet de Nagoya redonne de l’espoir

3 novembre 2010
Un accord a finalement été conclu le 29 octobre dernier, au milieu de la nuit, par les 190 pays réunis par l’ONU au chevet de la biodiversité. Sandrine Bélier, élue Europe Écologie, revient sur les négociations auxquelles elle a assisté au sein de la délégation du Parlement européen.
Jusqu’à la dernière minute, les dix eurodéputés présents à Nagoya ont craint un échec semblable à celui de décembre 2009 lors du Sommet pour le climat de Copenhague. Pourtant, à l’issue des négociations, les 190 pays membres de la Convention pour la diversité biologique ont finalement signé trois textes-clés interdépendants : un plan stratégique 2011-2020, un protocole sur l’accès et le partage des avantages liés à l’utilisation des ressources génétiques (qu’on appelle le protocole ABS) sur lequel l’UE s’est prononcé d’une seule et même voix et enfin, des engagements financiers de la part de chaque Etat.

Des objectifs pour 2020

Le plan stratégique comprend 20 grands objectifs pour 2020. Parmi eux, la question sensible des subventions (à la pêche ou l’agriculture par exemple) néfastes pour la diversité biologique. Elles devront être éliminées ou réduites progressivement et remplacées par des incitations positives en faveur de la conservation des écosystèmes. Le texte propose de réduire de moitié au moins, et si possible de ramener à zéro, le rythme d’appauvrissement de tous les habitats naturels, y compris les forêts. Au moins 17 % des « zones terrestres et d’eaux intérieures » et 10 % des « zones marines et côtières » devront être conservées au moyen de réseaux écologiques et d’aires protégées. L’extinction d’espèces menacées connues reste bien évidemment un objectif phare, comme la conservation des connaissances traditionnelles et locales qui présentent un intérêt pour la nature.

« Les négociations ont été difficiles et jusqu’à tard dans la nuit, nous ne savions pas si les délégués réussiraient à se mettre d’accord, raconte Sandrine Bélier, la seule eurodéputée française présente à Nagoya. Les objectifs du départ ont été revus à la baisse et ces engagements, notamment financiers, ne prennent pas effet immédiatement, admet-elle. Mais c’est important de se réjouir qu’un tel accord international ait pu être trouvé pour faire face à la crise écologique. Les négociateurs ont vraiment voulu signer quelque chose de global et de réalisable. » Il ne reste plus aux pays signataires qu’à mettre en œuvre des politiques nationales pour respecter ces décisions qui n’ont pas un caractère juridiquement contraignant. Un comité inter-gouvernemental devrait être créé pour évaluer ce processus à mi-parcours et en vue du prochain Sommet pour la biodiversité, le COP11, à New Delhi dans deux ans.

Partage des bénéfices

Les délégués ont également adopté un protocole sur le partage des bénéfices « tirés par les industries de la pharmacie et des cosmétiques des ressources génétiques issues des nombreuses espèces (animaux, plantes, micro-organismes) présentes dans les pays du Sud » (Le Monde). « Désormais, les communautés qui ont conservé et géré une ressource, souvent depuis des millénaires, devront bénéficier des avantages matériels et non matériels de son utilisation, explique Sandrine Bélier. Ce mécanisme prévoit de tracer le parcours des ‘richesses naturelles’, de leur prélèvement jusqu’à la production. Les populations locales devront être associées à ces décisions et surtout donner leur accord ! Il faut en finir avec les pillages. »

Ce protocole ABS qui devrait rentrer en vigueur en 2015 est le symbole d’une véritable solidarité Nord-Sud – celle-là même qui avait fait butter les débats pour le climat à Copenhague. « Nagoya redonne du souffle aux négociations internationales, confirme Sandrine Bélier. Cet accord montre que la coopération internationale, avec l’ONU, est capable d’affronter les enjeux du 21e siècle. Si Nagoya avait échoué, le sommet pour le climat de Cancún, dans quelques semaines, aurait lui aussi été condamné à échouer. »

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