Réforme de la PAC : il faut tourner la page du productivisme

23 juin 2011
Le Parlement européen vient d’adopter sa position sur la réforme et la modernisation du secteur agricole de l’UE. Tout au long des négociations, les écologistes ont influencé les débats notamment pour que les aides directes aux agriculteurs soient plus équitables et prennent en compte l’emploi dans les fermes et les efforts réalisés sur le plan environnemental. Les bonnes mesures contenues dans ce rapport s’accompagnent malgré tout d’une idéologie libérale qui ne met pas en défaut le productivisme historique de la Politique agricole commune.
Le rapport Dess adopté aujourd’hui rebondit sur les propositions stratégiques de la Commission européenne sur la révision et la modernisation de la Politique agricole commune. Que propose-t-il ? Il contient des avancées positives pour le développement rural en Europe. La rotation des cultures et la diminution de l’usage des pesticides sont mentionnées pour préserver la biodiversité et la fertilité des sols, ainsi que des principes généraux pour la durabilité, les économies en ressources et en énergie et la protection du climat. Sur le plan économique, le rapport met l’accent sur le soutien à donner aux paysans et aux petites exploitations qui font vivre les territoires ruraux, ainsi qu’aux marchés locaux et régionaux. Les eurodéputés estiment qu’une nouvelle législation est nécessaire pour améliorer le pouvoir de négociation des organisations de producteurs dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire, avec une plus grande transparence des prix et moins de pratiques commerciales déloyales, afin d’endiguer la tendance à la baisse des revenus des agriculteurs. A l’échelle mondiale, la lutte contre la spéculation sur les produits agricoles est essentielle pour réduire la volatilité extrême des prix et garantir une plus grande stabilité aux agriculteurs à l’intérieur et à l’extérieur de l’UE.


Entre les lignes du rapport, les avancées s’accompagnent malheureusement d’une idéologie libérale qui met l’accent sur la compétitivité et ne met pas en défaut le productivisme historique de la Politique agricole commune. Autre point noir : les propositions « vertes » qui ne sont pas, pour l’instant, obligatoires et ne font qu’encourager les Etats-membres dans le sens de la durabilité… A l’heure où la Commission européenne doit transformer ces lignes directrices en propositions législatives (d’ici le mois d’octobre 2011), devra-t-elle faire le grand écart ? « Il va falloir concilier les mesures en faveur du maintien de l’activité sur l’ensemble des territoires, de la protection de l’environnement et du changement climatique, constate José Bové, et le discours usé de la concurrence, de la compétitivité et du libéralisme. »

Depuis la ratification du Traité de Lisbonne, le Parlement européen a un pouvoir de codécision en matière agricole, il sera donc à nouveau sollicité pour valider le paquet législatif que la Commission dévoilera à l’automne – au même titre que les Etats-membres qui débattront au sein du Conseil européen. Après les échecs des réformes de 1992, de 1999 et de 2003, une nouvelle capitulation devant les intérêts des lobbies sonnerait le glas des espérances de millions de paysans et des 500 millions de citoyens européens.

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