Élections au Honduras : une transition démocratique sous haute tension

27 novembre 2013
Dimanche 24 novembre, jour d’élections au Honduras. Quatre ans après le coup d’Etat qui a chassé Manuel Zelaya, 5,4 millions d’électeurs sont appelés à élire le successeur du conservateur Porfirio Lobo, lors d’un scrutin à un seul tour. Une mission d’observation électorale de l’Union européenne a été déployée à laquelle participe l’eurodéputée EELV Catherine Grèze. Récit des derniers jours d’une campagne tendue dans la ville de Tegucigalpa.
Jour J des élections

Tegucigalpa, dimanche 24 novembre 2013 : École de la Republica de Nicaragua

Chaque bulletin ouvert est montré à la ronde, les croix s’alignent sur un grand tableau… Malgré les « achats de carte de délégué », les trois gros partis sont bien représentés à chaque table de vote.

Dans le bureau où je suis basée, Mauricio Villeda, candidat présidentiel du Parti Libéral, rafle la mise avec une forte poussée du PAC, le Parti Anti Corruption, et ce malgré la présence massive des représentants du Parti National…

La télévision, elle, diffuse bientôt le spectacle hallucinant des deux candidats, Juan Orlando d’un côté, Xiomara Castro de l’autre, qui se proclament tous les deux président de la République du Honduras. Dans le même temps, l’eurodéputée verte Ulrike Lunacek, cheffe de la mission européenne, en direct du Tribunal Suprême électoral, appelle chacun au calme et à la patience pour le décompte final avant de se prononcer.

Les heures s’écoulent, il faut encore dépouiller jusqu’au petit matin les municipales, les législatives…

Aux premières heures de l’aube, plusieurs choses sont sûres :
Juan Orlando du Parti national a, a priori, remporté l’élection présidentielle
Le bipartisme historique a volé en éclat avec désormais quatre partis au dessus des 15 %
La « revanche » de Zelaya et de la gauche n’a pas eu lieu

La grande leçon est que l’élection ne s’est pas jouée le jour J, dans les bureaux de vote, mais bien en amont dans un financement aussi massif que trouble d’une campagne totalement déséquilibrée.

J-1 : un troisième tour dans la rue ?

Tegucigalpa, 23 novembre, midi

Juan Orlando du Parti National l’affirme : « Nous sommes sûrs de gagner ». De leur côté, les représentants de LIBRE, le parti de Xiomara Castra de Zelaya, affirment « les sondages privés que nous avons nous mettent clairement en tête… »

Chacun répète sa confiance dans les observateurs internationaux, sa volonté d’un processus paisible et respectueux du vote citoyen, l’importance de ces élections pour la transition démocratique…

Mais les accusations mutuelles se font plus précises : sur le financement de la campagne par les narco ou les Maras.

Pendant ce temps, les queues dans les magasins s’allongent pour faire des provisions au cas où… 

La peur s’installe…

La police militaire est à tous les coins de rue…

L’air devient « électrique »…

Beaucoup de familles aisées ont déjà quitté le pays…

Jour J-2 : « Nous irons voter, qu’on ne nous vole pas nos votes »

Tegucigalpa, 22 novembre au matin

Sécurité ou intimidation ? L’impressionnant déploiement de police militaire ne parvient pas à freiner la détermination populaire. Pourtant, la peur est là, au pays de l’impunité totale… où les juges n’ont eux aussi en commun que la peur.

Porfirio Lobo, président actuel du Honduras, nous parle de paix, de droits de l’homme, de peuples indigènes… La réalité est tout autre et le message de nos ambassadeurs rejoint celui des ONG : beaucoup de questions, une campagne déséquilibrée, une absence de transparence financière de la campagne.

Le Partido Nacional de M. Lobo possède toutes les manettes du pouvoir. Il contrôle le Congrès, la Cour des magistrats, le Tribunal suprême électoral. Le poids des narco est aussi important dans les élections municipales…

Le processus électoral parviendra-t-il à briser le cercle vicieux de la perte totale de confiance dans les institutions ? Sera-t-il suffisant pour déminer le cocktail explosif mêlant extrême pauvreté, faiblesse de l’Etat, droits de l’homme bafoués, dette économique abyssale, jeunesse sans emploi et corridors de passage de la cocaïne ?

J-3 : le calme avant la tempête ?

Tegucigalpa, 21 novembre

Arrivée par avion à hélice sur l’aéroport de Tegucigalpa, le deuxième plus dangereux au monde, coincé entre deux montagnes, après quatre vols et vingt heures de voyage.

Après la dernière escale « tropicale » à San Salvador, il fait presque « froid » ici avec 21 degrés à plus de 1000 mètres d’altitude.

L’Ambassadeur de France m’attend à l’aéroport. Sur le trajet vers l’hôtel, nous avons un premier échange sur les échéances à venir.

Ce week-end, se tiendront les premières élections « légitimes » au Honduras après celles de 2009 qui n’avaient eu pour but que de valider le « Coup ». Pour la première fois dans l’histoire du Honduras, neuf partis sont en lice aux présidentielle, législative et municipale qui se tiendront le même jour.

Notre délégation, elle, est tout sauf plurielle. Six député(e)s européen(ne)s, dont cinq du parti populaire européen (quatre Espagnols et un Polonais). Je serai donc le seul œil du camp « progressiste ».

Un calme étonnant règne sur la ville. Atmosphère que contredisent les quelques seize assassinats de candidats dans les zones rurales.

Le calme est là… comme l’eau qui dort ? À trois jours des élections, l’issue du scrutin est incertaine (il se jouera à un seul tour malgré les neuf partis en lice). La grande interrogation est : quelle sera la réaction des forces armées en cas de victoire de Xiomara Castro de Zelaya, épouse du Président déchu lors du Coup ?

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