José Bové : « J’étais contre cette OMC en 1986 et je le suis encore »

16 novembre 2017

José BOVÉ revient sur le vote par le Parlement européen d’une résolution demandant à la Commission européenne de mettre toute son énergie pour que le cycle de négociation ouvert à Doha en 2001 soit finalisé lors de la réunion ministérielle de l’Organisation Mondiale du Commerce qui se tiendra au mois de décembre à Buenos Aires en Argentine. Nous avons voté contre cette proposition.

Penser pouvoir réformer l’OMC relève de la naïveté. Cette organisation a atteint la plupart des objectifs qu’elle s’était fixée, à savoir créer les conditions nécessaires à l’épanouissement économique des « global corporations ». La baisse des taxes sur les importations a affaibli les états en les dépouillant des moyens budgétaires qu’ils avaient pour mettre en place pour des politiques publiques. Le coup a été particulièrement violent dans les pays du sud. Mais il a également secoué l’Union européenne qui n’a plus les ressources financières propres (droit de douane) pour fonctionner et qui doit depuis mendier auprès des États Membres.

Au moment où les Paradise Papers font la une des médias, il faut comprendre que l’OMC est la mère de l’optimisation fiscale. En installant leurs filiales propriétaires et gestionnaires de leurs propriété intellectuelles (logo, image, brevets) protégées par les accords de l’OMC dans des paradis fiscaux, les multinationales organisent l’optimisation de leurs profits et échappent à l’impôt.

L’OMC empêche la mise en place de la souveraineté alimentaire que ce soit en Europe ou ailleurs. La politique du prix mondial imposé à tous, en dessous des coûts de production a laminé les petits paysans ou sud comme au nord et donné les clés de l’alimentation à une poignée de multinationales. L’exode rural est devenu mondial. Les réfugiés économiques, ruinés par la concurrence soi-disant « libre et non faussée », s’amoncellent autour des métropoles avant que certains d’entre eux tentent leur chance sur les dangereuses routes de l’émigration.

Conçu avant que le réchauffement climatique ne soit perçu comme la menace la plus grave contre laquelle nous devons nous mobiliser, l’OMC est obsolète et l’on ne peut que souhaiter sa disparition rapide pour pouvoir construire une organisation multilatérale qui soumette le commerce aux droits de l’environnement, aux droits du travail et aux droits humains.

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