Pas de milice ICE en Europe !

23 janvier 2026

Le 7 janvier 2026, Renée Nicole Good est tuée par un agent ICE aux États-Unis. Impunie, cette milice voit ses effectifs doubler et 75 milliards promis par Trump. En Europe, droite et extrême droite s’inspirent : raids massifs envisagés via le règlement retour, contrôles dans les hébergements d’urgence en France. Le modèle ICE est sur le point de traverser l’Atlantique…

Le 7 janvier dernier, Renée Nicole Good a été froidement assassinée par un agent de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) lors d’un déploiement de force à Minneapolis, dans l’État américain du Minnesota, à la demande de Donald Trump. L’auteur des coups de feu n’a pas été inquiété, contrairement à la compagne de Renée Nicole Good, et, loin de reculer, le président américain a envoyé des renforts supplémentaires de l’ICE à Minneapolis.

En 2025, 32 personnes détenues par la milice de l’ICE sont décédées aux États-Unis, davantage que pendant tout le mandat précédent de Joe Biden. La fameuse loi budgétaire trumpiste, One Big Beautiful Bill Act, promet à l’ICE une manne de 75 milliards de dollars pour recruter 10 000 agents supplémentaires et accroître rapidement ses capacités de détention. L’ICE a déjà plus que doublé ses effectifs, embauchant en particulier des émeutiers qui avaient attaqué le Capitole le 6 janvier 2021 après leur grâce par le président américain.  

Les méfaits de l’ICE aux États-Unis sont abondamment documentés

Les méfaits de l’ICE aux États-Unis sont abondamment documentés jour après jour. De nature à révulser tous les démocrates et humanistes européens, ils tendent à confirmer le caractère à proprement parler fasciste du trumpisme. Malheureusement, ils donnent aussi des idées à la droite et à l’extrême droite européenne qui, ensemble, dominent désormais le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne.

On avait déjà assisté en 2024 à l’arrivée au Parlement européen de l’ancien directeur de Frontex, Fabrice Leggeri, sous l’étiquette du Rassemblement national, confirmant ainsi la nature des valeurs qui l’animaient lorsqu’il dirigeait cette agence. À l’époque, son action à la tête de Frontex avait fait l’objet d’une enquête de l’OLAF (Office européen de lutte antifraude) pour avoir couvert des refoulements illégaux de migrants commis par les gardes-frontières grecs en mer Égée, au mépris du droit européen, et étouffé les alertes en interne.

La droite et l’extrême droite veulent créer les conditions d’une ICE européenne

Aujourd’hui, le sujet n’est plus simplement celui d’insiders xénophobes au sein des forces de sécurité de l’Union ou de ses États membres qui font du zèle anti-migrants en agissant en marge du droit européen. La volonté à droite et à l’extrême droite, en France comme en Europe, est claire: créer les conditions qui permettraient demain de mener des raids types ICE contre les immigrants sans papiers en Europe, avec tous les débordements prévisibles associés.

La FEANTSA, [Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abris], a décelé une nouvelle disposition qui devrait être introduite dans le « règlement retour », actuellement en cours de finalisation au sein des institutions européennes : dans toute l’Union, les forces de l’ordre auraient le droit pénétrer dans tout lieu pertinent en vue de réaliser des contrôles d’identité massifs pour augmenter les arrestations et placements en rétention administrative. Si cela devait être le cas, ce serait la porte ouverte à des actions du type des raids de l’ICE généralisés en Europe.

En France LR et Renaissance font de la surenchère sur le RN

En France, les députés Les Républicains Anne-Laure Blin et Fabien Di Filippo proposent d’exclure des dispositifs de logement d’urgence les migrants en situation irrégulière et de les remettre à la rue. Tandis que le député Renaissance et ancien ministre du logement Guillaume Kasbarian, accompagné de six de ses collègues du même groupe, veut intégrer une disposition similaire dans le budget visant à mettre à la rue 100 000 personnes. De son côté, le préfet Didier Leschi, directeur de l’Office français de l’Immigration et de l’Intégration (OFII), soulignait, auditionné par l’Assemblée nationale, que les agents des préfectures pouvaient déjà se rendre dans les centres d’hébergement d’urgence pour vérifier les identités et l’existence ou non de procédures d’éloignement du territoire.

Manifestement les esprits de certains responsables politiques sont mûrs pour copier l’ICE américaine en France et en Europe, et pas seulement à l’extrême droite. Donald Trump est en train de faire des émules : détruire l’état de droit au profit d’une idéologie anti-migration sans bornes.

Mounir Satouri

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