Scandale du Fipronil : il est temps de revoir le modèle européen de production et de contrôle agroalimentaire

30 août 2017

Depuis que les Belges ont tiré la sonnette d’alarme le 20 juillet dernier, de jour en jour le scandale grandit. Des millions d’œufs, vendus dans 16 pays européens, sont concernés. Réaction de Michèle RIVASI.

En France, on sait déjà que plus de 200 tonnes d’ovoproduits ont été contaminés. À ces ovoproduits s’ajoutent 250.000 œufs en boîte dont 48.460 bio.

Chaque année, la France produit près de 15 milliards d’œufs. En 2016, selon les chiffres de la Direction générale de l’alimentation (DGAL) révélés par le Canard Enchaîné, seuls 677 ont été contrôlés par les services de l’Etat.

Le scandale du Fipronil montre bien une faillite du système de contrôle dans son obligation de protéger la santé des consommateurs. En effet, tous les moyens n’ont pas été mis en place pour garantir la protection des consommateurs. Les agences de sécurité sanitaire et alimentaire exercent des contrôles trop restreints et ne contrôlent pas toutes les substances toxiques pouvant être présentes (notamment celles interdites). Il faut donc un contrôle européen mieux coordonné, beaucoup plus indépendant et élargit en supprimant tous les conflits d’intérêts dans les agences de contrôle nationales et européennes.

Les autorités sanitaires affirment aujourd’hui qu’il n’y aurait aucun danger pour la santé. Or, le Fipronil est un produit qui s’accumule dans l’organisme, dit « lipophile » (à l’inverse de substances comme le bisphénol A), autrement dit il y a un phénomène de bio-accumulation avec la consommation d’œufs contaminés, mais aussi avec la chair des poules infectées. Ainsi la fréquence et le degré d’exposition conditionnent la concentration de cette substance, que l’on soupçonne d’être un perturbateur endocrinien. Cette concentration varie selon nos habitudes alimentaires mais peut être élevée pour les gros consommateurs d’œufs, de produits dérivés et de poulets. Il serait bon de ne pas trop minorer le risque sanitaire notamment chez les enfants.

Ce que révèle cette crise est l’aberration du modèle agroalimentaire libéral-productiviste. Certes, l’Union européenne a interdit le Fipronil mais c’est notre modèle agricole même que cette crise sanitaire interroge. La fraude est encouragée par l’élevage sur-intensif. On ne peut pas rester dans ce système-là qui tue les paysans, dégrade notre environnement et menace notre santé. Il est temps de changer de modèle agricole, de rompre avec ce modèle agroalimentaire de malbouffe low cost, de changer nos habitudes de consommation. On le sait, il faut encourager l’agriculture paysanne et les circuits courts de consommation. Des milliers de producteurs d’œufs responsables existent dans notre pays. Ils n’utilisent pas de produits interdits et fournissent des œufs de qualité. Ce sont ces filières qu’il faut encourager. Produire local, manger local, tel doit être notre credo.

Compte tenu de l’ampleur de la fraude, je recommande aujourd’hui de ne pas consommer de produits industriels dérivés à base d’œufs (viennoiseries, brioches, pâtes, mayonnaise…) et de plats préparés à base de poulet dont l’origine de tous les ingrédients n’est pas clairement mentionnée. En effet, les fabricants ont subi cette fraude à leur insu. L’effet boule de neige peut se poursuivre. Le principe de précaution s’impose.

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