Semences : la Commission européenne est loin des paysans mais proche des lobbies

Le 6 mai 2013, l’exécutif européen publiait un ensemble de propositions renforçant la filière agro-alimentaire. L’une d’entre elles entend simplifier l’enregistrement des semences et ainsi les place toutes sous le contrôle direct des titres de propriété de l’industrie (le certificat d’obtention végétale). Aux côtés des deux millions de personnes qui ont manifesté dans le monde contre le géant Monsanto ce samedi 25 mai, les écologistes combattent cette privatisation du « vivant ». Les variétés végétales sont le fruit des échanges et du travail de générations de paysans, préservons-les !
Depuis des décennies, la rigidité du catalogue officiel des semences commercialisables porte atteinte au maintien de la diversité des semences et notamment à de nombreuses semences anciennes. Cette nouvelle législation, dictée et taillée sur mesure pour les quelques grandes multinationales semencières et chimiques (Monsanto, Pioneer ou Bayer pour n’en citer que quelques uns), pérennise ce système qui pour nous est contraire à la sauvegarde de notre biodiversité et aux intérêts des cultivateurs.

Selon la proposition de la commission, l’office communautaire qui délivre les titres de propriété industrielle sur les variétés (Certificat d’obtention végétale) sera directement chargé du catalogue qui conditionne l’accès au marché des semences. « Des contrôles bureaucratiques insensés interdiront de fait aux agriculteurs d’utiliser et d’échanger leurs propres semences et restreindront l’accès au marché des semences traditionnelles, locales et biologiques », dénonce le Réseau Semences paysannes.

Pour Sandrine Bélier, membre de la commission Environnement du Parlement européen, « de nombreuses organisations agricoles et environnementales jugent que cette proposition de réglementation est contraire au maintien de la biodiversité et la sauvegarde de variétés anciennes ou locales ». La Food and agriculture organization (FAO) des Nations unies tire même la sonnette d’alarme : les plantes à ‘haut rendement’ créés par les multinationales sont plus fragiles. Elles ne peuvent subsister que dans un environnement ‘artificialisé’… dépendant des engrais chimiques, des pesticides, et ainsi du pétrole.

Au cours de ce débat législatif à venir, les écologistes au Parlement européen lutteront contre :

-cette réduction du droit des paysans à ressemer leurs propres semences
-ce durcissement des critères de reconnaissance des variétés par des petits entrepreneurs indépendants
-cette limitation de la circulation et de l’échange de graines entre associations et entre planteurs.

« La Commission européenne tente de balayer 10 000 ans d’histoire agricole, dénonce José Bové, vice-président de la commission Agriculture du Parlement européen. Le nombre incroyable de variétés végétales dont nous disposons aujourd’hui repose sur le travail de sélection de 400 générations de femmes et d’hommes, et sur la transmission de cette connaissance à la génération suivante. »

La biodiversité végétale ne pourra être maintenue qu’en créant les conditions d’un véritable partenariat entre des réseaux de paysans et des agronomes qui ne considèrent pas les plantes comme de simples réservoirs d’ADN mais comme des êtres vivants qui évoluent au fil des ans, en s’adaptant aux nouvelles conditions qu’elles rencontrent. Préservons-les !

– Pour en savoir plus : lire le communiqué du Réseau Semences paysanne qui dénonce un hold-up « soigneusement caché sous des centaines de pages de jargon réglementaire ».

– Lire aussi l’article du Monde.fr : Bruxelles renforce la mainmise des grands groupes sur la commercialisation des semences agricoles.

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