Stock de lait en poudre : le libéralisme européen est dans l’impasse !

31 janvier 2018

Les ministres européens de l’agriculture se sont réunis pour constater l’impasse de mesures prises pour juguler la crise laitière. Ils n’ont aucune solution, et surtout pas celle d’augmenter encore les stocks de lait en poudre ! Réaction de José BOVÉ.

Depuis 4 décennies, la Commission européenne ne fait que cautionner l’industrie dans sa fuite en avant vers les marchés d’exportation. Elle n’a pas eu le courage politique d’exiger une révision radicale de la politique du lait en Europe pour réguler l’offre et la demande.

En 1980, les ministres libéraux avaient dû se résoudre, la mort dans l’âme, à adopter une mesure contraire à leur vision de l’économie : la réduction de l’offre de lait par exploitation. Les quotas laitiers étaient nés. Loin d’aider au maintien des fermes nombreuses dans les régions, ils avaient été conçus de manière à accompagner sans trop de casse les paysans vers la sortie. En 1983, la France comptait 427 000 producteurs laitiers, en 2016, ils ne sont plus que 60 000. Non, les quotas laitiers n’avaient rien d’une politique de développement rural ! Près de 367 000 emplois ont ainsi disparu.

Au milieu des années 2000, les ministres de l’Agriculture ont conclu que les agriculteurs qui avaient tenu le coup était devenus enfin compétitifs. L’objectif était désormais de les persuader de partir à l’assaut du marché mondial, de vendre en Chine et au Mexique, même au Canada. Et en 2015, la page des quotas est tournée. Les cours s’effondrent. La filière s’installe alors dans une crise structurelle qui n’est pas prête d’être réglée.

La Commission Européenne tente en urgence de coller quelques rustines dont l’achat et le stockage de poudre de lait censés réguler le marché. Depuis 2015, 640 millions d’euros du budget européen ont été utilisés pour stocker 378 578 tonnes de lait en poudre.
Malgré cela, les prix payés aux producteurs restent insuffisants. Les stocks s’accumulent, engendrent des coûts démesurés… et la date de péremption du produit arrive ! Vendre le stock va déstabiliser le cours encore trop faible.

Les leçons d’hier n’ont servi à rien.

Combien de temps faudra-t-il pour ouvrir les yeux ? Deux ans, cinq ans, dix ans ? Messieurs et Mesdames les ministres de l’Agriculture, Monsieur le Commissaire européen, assez tergiversé ! Paysans et consommateurs attendent de vous une véritable politique agricole et laitière pour l’Europe !

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Un commentaire

  • Méchin dit:
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    Pourquoi ne pas supprimer les usines à lait du type néerlandais, dans quelque pays qu’elles soient, Il faut rétablir des fermes à taille humaine avec des circuits courts et de la transformation sur place, si possible en Bio.
    Quand l’Europe deviendra-t-elle démocratique, quand n’y aura-t-il plus que des élus et plus de lobbies, quand cette Europe pensera-t-elle plus à protéger ses Peuples qu’à enrichir les multinationales comme Lactalis ?
    J’attends des « Écologistes » qu’ils ne soient pas que dans la dénonciation, mais dans aussi dans l’action concrète pour revendiquer en Europe comme ailleurs.
    Nous voulons une vie plus saine et pas seulement pour l’air.