Tribune sur l’échange virtuel : un outil pour faciliter l’inclusion et les déplacements réels ?

6 décembre 2019

La méthodologie d’échange virtuel est de plus en plus visible pour les acteurs de l’éducation et de la jeunesse. Son potentiel semble infini, mais certains défis restent à dépasser.

Au niveau européen, grâce à des initiatives pionnières telles qu’Erasmus+ Virtual Exchange, lancée en 2018, il semble que cette révolution pédagogique intéresse de plus en plus. Grâce à cet outil innovant, les jeunes peuvent prendre part à des expériences interculturelles en ligne dans le cadre de l’éducation formelle ou non formelle. Ce dispositif permet ainsi de se confronter à des idées et des origines différentes, d’améliorer leur esprit critique et de développer leur curiosité, leur acceptation de la diversité, de renforcer leur estime d’eux et leur confiance.

Ce modèle évolutif et inclusif peut compléter les échanges physiques, mais ne doit pas les remplacer, ces nouveaux dispositifs peuvent faciliter l’inclusion, mais il faut les accompagner.

Dans le cadre de la Lifelong Learning Week, Salima Yenbou est intervenue mercredi 4 décembre au Parlement Européen pour apporter ses réflexions à ce sujet d’actualité.

Faciliter les échanges et faire communiquer les citoyens à travers le monde, c’est possible grâce à Erasmus+ Virtual Exchange

Des aspects positifs

En tant qu’ex-enseignante, ex-formatrice, ex-proviseure adjointe d’un lycée professionnel, mère de trois enfants, citoyenne et désormais Députée européenne, je vous livre quelques réflexions sur ces nouvelles possibilités.

Je salue l’initiative d’Erasmus+ Virtual exchange lancée il y a 2 ans. Cette révolution doit être accompagnée. Ce projet permet aux jeunes d’Europe et du sud de la méditerranée de faire l’expérience d’un apprentissage interculturel en ligne. Il faut féliciter les facilitateurs – ces personnes qui permettent d’approfondir le dialogue, de provoquer la réflexion et de faire perdurer les échanges.

Tout d’abord, je vois plusieurs aspects positifs : d’abord faire diminuer la fracture numérique, faire communiquer les individus éloignés, apprendre et découvrir l’aspect essentiel de l’interculturalité. Le public, de 18 à 30 ans, qui s’adresse aussi aux formateurs et animateurs de centres sociaux permet sans doute de faire grandir les échanges en les rendant accessibles à des publics, qui, peut-être, sans cet outil innovant n’auraient pas eu connaissance d’Erasmus+. Ce projet renforce le dialogue, l’esprit critique, l’éducation aux médias et à la technologie. (Quelques témoignages ici).

Surtout, il faut imaginer avant toute chose d’autres finalités aux relations numériques et aux réseaux sociaux, c’est ce que permet l’échange virtuel.

Les résultats sont là, puisque d’après la Commission Européenne, 91 % des participants affirment que l’échange virtuel a eu un impact positif sur leur capacité à travailler dans un environnement multiculturel. Bingo !  Outre ce constat, 78 % des participants affirment aussi que le programme leur a permis d’améliorer leurs compétences numériques : à l’heure d’un monde numérique, nous ne pouvons que nous en féliciter. Et il y a plein d’autres chiffres qui montrent aussi que les échanges virtuels deviendront certainement physiques, puisque les participants ont noué des liens entre eux. Au total, ce projet a touché 13553 personnes, dont 649 éducateurs. Nous arrivons même à toucher un public hors enseignement supérieur ce qui est un très bon indicateur ! (35 %)

Les filles sont majoritaires aussi à plus de 60 %. Mais, même si nous pouvons a priori nous réjouir de ce chiffre, il faut prendre en compte que le pourcentage de femme cache peut-être une mobilité plus difficile pour les filles principalement dans certaines zones (Méditerranée par exemple), dû à leur statut.

Au total donc, 44 pays sont impliqués dans ce projet et on a compté 2551 sessions modérées en ligne ! Nous savons à présent que l’objectif de la Commission, que je soutiens est de toucher 25 000 participants d’ici à la fin 2020 : il y a donc un énorme boulevard devant nous pour cette transformation, mais avant de proposer certaines idées, je souhaite m’exprimer sur un autre aspect de l’éducation inclusive.

Ce projet, rend aussi accessible l’échange et donc l’ouverture, la tolérance, le respect de la diversité. C’est une belle manière innovante de faire de la pédagogie.

Il ne s’agit donc pas uniquement comme on pourrait le croire de cours en ligne, mais bien d’échanges sur des sujets, des débats.

Erasmus+ Virtual exchange

Le projet Erasmus+ Virtual Exchange propose différents modèles de programmes d’échange en fonction des besoins des participants intéressés, avec par exemple des cours interactifs ouverts, des dialogues modérés et des débats en ligne.

De multiples défis

Pour en revenir aux défis que nous devrons aborder dans ces nouvelles formes virtuelles d’apprentissage, je les vois multiples :

  • D’abord, il faudra réussir à informer sur ces projets et rendre la communication accessible à tous et toutes. Il faut que ce projet renforce le respect des langues : que toutes les langues officielles de l’UE soient respectées et ne pas uniquement encourager les participants à communiquer avec la même langue.
  • Concernant Erasmus+, vous n’êtes pas sans savoir que nous sommes en train de travailler sur ces questions. La position des VERTS/ALE est la suivante : oui nous sommes pour le renforcement des formes virtuelles d’apprentissage dans le programme Erasmus, mais ne voulons pas les dissocier ou les séparer de la mobilité physique. C’est pour cela que pendant les négociations, nous avons été un des groupes ayant insisté pour que cela soit acquis.
  • Je m’interroge aussi sur le coût énergétique de la mobilité virtuelle et c’est aussi un aspect que je soulignerai lorsque la commission nous donnera la possibilité d’exprimer une opinion sur le verdissement des programmes CULT. En effet, nous pouvons encourager l’usage d’ordinateurs et de toute la technologie accessible, mais il ne faut pas que cela se fasse au détriment de la nature, mais aussi du bien-être, car nous avons tendance à négliger encore trop le droit à la déconnection, le fait de ne pas avoir à passer une journée entière devant l’ordinateur. Je suis donc pour que l’on imagine de nouvelles formes innovantes pour encourager l’apprentissage virtuel et les récentes initiatives vont plutôt dans ce sens. Toutefois, peut-on imaginer des échanges différents virtuels ? Peut-on imaginer des échanges via des casques virtuels pour varier ? Peut-on imaginer des programmes de compensation carbone pour diminuer notre impact ?
  • Enfin, je souhaiterai souligner que l’échange virtuel ne doit pas être une excuse pour oublier la mobilité ni nous faire oublier que nous n’avons peut-être pas assez de places et de moyens pour accueillir tout le public que l’on aimerait dans le cadre des échanges physiques. C’est certes une nouvelle forme d’inclusion, qui s’adresse à tous et toutes, peu importe leur niveau, leur milieu social, leur handicap, mais cela ne doit pas devenir la solution magique, au risque de s’inscrire trop dans une facilitée. Attention aussi que ce nouvel outil ne devienne pas « l’Erasmus virtuel des pauvres et des personnes handicapés ».

Erasmus+ doit rester la référence

Erasmus+ doit donc rester l’étalon, la norme des échanges, on doit encore plus le développer et effectivement nous pouvons encourager l’inclusion à travers la mobilité virtuelle, mais cela ne doit être qu’un prétexte ou une jolie manière d’inciter les participants à aller plus loin. Les échanges virtuels doivent aussi pouvoir se faire non pas uniquement avant Erasmus+ mais après et pendant, cela serait une bonne manière de faire cohabiter les deux dans une synergie totale. Ces outils virtuels doivent aussi permettre à celles et ceux qui sont peut-être trop jeunes, d’ouvrir les yeux sur le monde qui les entoure, de renforcer leur esprit citoyen, de leur faire découvrir l’Europe et son extraordinaire diversité, unique au Monde, que l’on nous envie lorsqu’elle sait s’unir.

En bref, je dirais que cette forme d’échange virtuel, doit être renforcée, que l’on doit y donner plus de moyens que l’on doit y faire participer un public de plus en plus varié et pourquoi pas l’encourager et l’étendre aussi aux seniors pour favoriser non pas uniquement des échanges interculturels, mais aussi trans-générationnel, réduire la fracture numérique, créer des ponts et des passerelles pour qu’ensuite, des vrais liens physiques se créent.

On doit l’étendre aux jeunes professionnels aussi (et aux moins jeunes), cela doit devenir un outil au service de l’Europe réelle et que ce nouveau lieu, l’Internet soit non pas un enfermement sur soi, mais bien une ouverture aux autres, quelles que soient leurs différences ! Que l’échange virtuel soit le lieu complémentaire de la création, un phare dans la pénombre, un port d’attache pour les formateurs et les animateurs, un refuge pour les plus isolés mais aussi une porte qui donnera à chacun et chacune un espoir pour un avenir meilleur. Je pense notamment à cet outil comme un facilitateur d’inclusion pour les nouveaux arrivés qui ne peuvent pas toujours participer – à mon grand regret – aux programmes européens.

Que ce miroir nous transforme et nous donne envie de nous rencontrer, de communiquer, de nous informer et de participer à la citoyenneté européenne et dans une plus grande mesure mondiale, car c’est bien ça l’Europe, un reflet du Monde, avec ses aspects négatifs, mais aussi ces aspects positifs, qui sont autant de défis que nous aurons à surpasser.

Pour tout cela, vous pourrez compter sur moi, sur la Commission Culture pour vous permettre chaque année d’aider et d’ouvrir les esprits du plus grand nombre, dans des espaces que l’on appelle « Safe Space ».

Salima Yenbou

en savoir + plus sur le projet Erasmus+ Virtual Exchange 

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