«Il y a beaucoup moins de sexisme dans l’hémicycle du Parlement européen qu’à l’Assemblée»

26 mai 2015
Retour sur le sexisme dans la vie politique française avec le point de vue européen de Karima DELLI pour une interview à 50-50, magazine de l’égalité femmes-hommes.

A 36 ans, Karima Delli entame son deuxième mandat à l’Europarlement. Élue surprise en 2009 en Île-de-France alors qu’elle n’était qu’en quatrième position sur la liste de Daniel Cohn-Bendit, elle prend en 2014 la tête de liste EELV pour les européennes dans la circonscription Nord-Ouest et parvient à se faire réélire dans un contexte de déroute à gauche. Nous avons rencontré cette élue pour parler du sexisme dans la vie politique française, de son point de vue européen.

Elle nous reçoit à Paris dans un café proche de la gare du Nord, entre deux rendez-vous, accompagnée de son attachée parlementaire. L’élue écologiste doit prendre le train pour repartir «dans sa circonscription». Karima Delli est certes députée européenne, mais elle n’oublie pourtant pas ses racines. Née à Roubaix, elle a grandi à Tourcoing. Fille d’un couple d’immigrés algériens, dont le père travaillait en tant qu’ouvrier dans une usine textile, neuvième sur treize enfants, on peut dire que la jeune eurodéputée est une transfuge de classe (1). Si elle a étudié à Sciences Po-Lille (en DEA) et qu’elle a adhéré aux Verts en 2004, elle n’est pas pour autant une jeune apparatchik, puisqu’elle adore faire de la politique hors du cadre traditionnel des partis.

Co-fondatrice avec Julien Bayou du collectif Sauvons les Riches ! et membre de Jeudi Noir, Karima Delli se définit elle-même comme une «activiste joyeuse ; l’éveil des consciences sera ludique». Comme le Tumblr qu’elle a créé l’an passé, « Et sinon, je fais de la politique » qui fait poser des élues portant des pancartes marquées des propos sexistes entendus durant leur vie politique. Son point de vue d’activiste d’élue européenne et anti-sexiste nous intéressait donc triplement.

Quel regard portez-vous sur la tribune des 40 femmes journalistes politiques qui ont dénoncé le sexisme des élus ?

Je les soutiens bien évidemment. Leur démarche collective et l’écho qu’elle a eu montrent que ce que je voulais pointer en créant mon Tumblr, le sexisme ordinaire en politique, reste un débat de fond qu’on n’a pas suffisamment abordé. Cela concerne tous les partis, même si EELV a une longueur d’avance, puisqu’on a instauré des coprésidences paritaires pour nos groupes politiques dans tous les parlements. En France, les modèles institutionnels et le système des partis ont été façonnés par et pour des comportements «masculins». Le sexisme perdure en politique ; la question des sanctions contre les propos machistes et sexistes reste taboue. On est en 2015, il faut secouer le cocotier ! Derrière ce débat sur le sexisme dans le champ politique, il y a bien évidemment le débat beaucoup plus large sur l’égalité femmes/hommes en France, en Europe et dans le monde.

La suite de l’édition du 21 mai 2015 sur:

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