Karima Delli : « Il faut sans cesse mettre l’idée d’un revenu minimum européen sur la table »

19 octobre 2010
Un rapport sur le rôle du revenu minimum « dans la lutte contre la pauvreté et la promotion d’une société inclusive en Europe » a été débattu ce mardi 19 octobre en séance plénière du Parlement européen. L’occasion d’aborder la réalité sociale de l’Europe – une réalité qui n’a pas beaucoup évoluée ces dix dernières années, malgré la stratégie de Lisbonne censée « éradiquer la pauvreté ». Le point de vue de Karima Delli, eurodéputée Europe Écologie, membre de la Commission emploi et affaires sociales du Parlement européen.
L’année européenne de lutte contre la pauvreté se termine, et les indicateurs voient rouge. Près de 85 millions de personnes sont dans une situation de précarité, soit 17 % de la population de l’UE. Le risque est encore plus grand pour les enfants et les jeunes jusqu’à 17 ans (20 %) et pour les personnes âgées (19 %). Pour Karima Delli, « nous n’avons plus le temps pour les belles paroles et les mots vides ». Les pays européens doivent mettre en œuvre un mécanisme de lutte contre les discriminations qui permettrait à tous les Européens de vivre au dessus du seuil de pauvreté. Les Verts européens soutiennent un projet de directive-cadre pour un revenu minimum dans tous les Etats-membres et n’excluent pas l’idée d’un revenu maximum… car si l’on observe une augmentation de la pauvreté en Europe, on voit également à l’autre bout de la chaîne un nombre grandissant de personnes qui s’enrichissent par le biais de la spéculation financière.

Le revenu minimum est abordé cette semaine en séance plénière du Parlement européen. Depuis 1992, il est régulièrement mis sur la table mais rien ne bouge. Que peut-on attendre du rapport présenté cette fois-ci ?

Les eurodéputés sont en effet appelés à adopter un rapport non législatif. Il permet à l’institution de donner son avis sur le revenu minimum européen – mais sans être contraignant. Ce texte est un premier pas dans la bonne direction mais notre objectif, dans un deuxième temps, est de mettre en place une ‘directive-cadre’. Cette décision de droit communautaire vise à favoriser l’harmonisation des législations nationales des Etats-membres de l’Union européenne. Elle permettrait de définir ce que serait un revenu minimum pour tout le monde et de donner des critères communs pour y accéder. Il faut ‘boucher les trous’ législatifs : certains pays n’ont pas de loi qui prévoit un revenu minimum et d’autres en ont mis un en place qui malheureusement reste au dessous du seuil de pauvreté. Les associations se sont rencontrées et réfléchissent à la manière dont une telle directive-cadre pourrait voir le jour. Il faut vraiment que les politiques se mobilisent ! Je pense aussi que les citoyens doivent prendre la relève. Nous allons lancer dès décembre une pétition qui est un droit nouveau et populaire consacré par le traité de Lisbonne. Il permet d’adresser à la Commission de Bruxelles des propositions entrant dans le cadre de ses attributions.


par EurodeputesEE

La stratégie de Lisbonne fixait des objectifs pour réduire la précarité en Europe. Quel est son bilan ?

C’est un triste constat mais il faut le dire, la stratégie de Lisbonne (2000-2010) qui avait pour objectif ‘d’éradiquer la pauvreté’, n’a rien éradiqué du tout. Pour moi, ce combat ne doit pas se résumer à une vaste opération de communication. Avec le groupe écologiste au Parlement européen, nous avons donc continué de nous mobiliser en organisant des événements, des rencontres et des conférences dans le cadre d’une campagne spéciale dédiée à la lutte contre la pauvreté. L’idée d’un revenu minimum européen y a été largement évoquée car il s’agit du meilleur instrument pour lutter contre les discriminations. En France par exemple, malgré l’existence d’un revenu de solidarité active (RSA), les jeunes de moins de 25 ans sont défavorisés car ils doivent avoir travaillé au moins deux ans pour bénéficier de cette aide.

Combien de temps pensez-vous nécessaire pour qu’une telle directive-cadre voit le jour ?

C’est maintenant ou jamais : l’urgence sociale est là et il faut agir. Plus on attendra, plus les difficultés et les inégalités grandiront. Le revenu minimum est l’un des outils qui peuvent être utiles face à la crise. Il faut prendre en compte l’accès à l’ensemble des services, au logement, à l’éducation, au travail. Mais faire avancer ces dossiers est très complexe car en Europe, c’est le Conseil, et donc les Etats-membres, qui tranche. Et ils ne sont pas prêts à entendre la nécessité d’une directive-cadre. Il va donc falloir sans cesse remettre le sujet du revenu minimum sur la table et en parler réellement, concrètement, afin qu’il devienne une priorité. Malheureusement, le temps de l’Europe n’est pas le temps des législations nationales. La Belgique, qui est actuellement à la tête de la Présidence tournante de l’Union européenne, s’est prononcée en faveur du revenu minimum, tout en admettant qu’il faudra bien cinq ans pour le mettre en place. Il ne faut pas tomber dans le fatalisme, mais cette évolution peut prendre du temps.

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