Paroles de Pêcheurs

25 octobre 2011
A l’occasion d’une audition sur la viabilité socio-économique et les solutions pour la petite pêche dans l’UE compte tenu de la réforme de la Politique Commune de la Pêche, nous avons écouté attentivement les témoignages de pêcheurs d’Irlande, de Pologne et de France…

Notre débat partait sur la présentation d’une étude de la Commission européenne « Les caractéristiques des petites pêcheries côtières en Europe ». (bientôt disponible en Français)

Sauvegarder la petite pêche est l’un des objectifs de la politique de la Pêche dans de nombreux Etats-Membres. La reconnaissance de son rôle social et culturel a été confirmée dans les propositions de la Commission européenne en juillet dernier. Depuis lors, les négociations entre la Commission européenne, le Conseil (les Etats) et le Parlement européen sur la réforme de la politique commune de la Pêche ont commencé.
(notre article sur la Réforme et ses enjeux)

La petite pêche est définie par l’utilisation de bateaux d’une longueur inférieure à 12 mètres capturant dans la bande côtière des 12 milles gérée par les Etats, l’armateur, soit le propriétaire du bateau, est aussi à bord.

Il s’agit désormais de définir les conditions qui s’appliqueront à la petite pêche dans la Réforme. Pourquoi mérite-t-elle une approche particulière ? Pour mieux y répondre, nous avons écouté attentivement les témoignages de pêcheurs d’Irlande, de Pologne et de France…

Extraits
« Si je me suis engagé à venir à Bruxelles, c’est que le projet de réforme de la politique des pêches est une formidable occasion pour la petite pêche côtière d’être reconnue et soutenue par le Parlement et la Commission européenne. »

« Tous les bateaux qui travaillent de manière saisonnière et qui respectent la biologie des poissons en s’interdisant de pêcher des espèces en période de reproduction  »

« Depuis de nombreuses décennies, les pêcheurs ont pris l’habitude de rejeter à la mer, pour les goélands, tout le « faux poisson », les poissons de sous taille ou les espèces non commercialisables (…) » .
« Quel gâchis ! Mais comment faire respecter une telle interdiction ? des caméras sur les bateaux ? un contrôleur derrière chaque pêcheur ? »

« Je pense qu’il serait préférable de mettre au point des engins qui ne prélèvent que les espèces recherchés et préservent les juvéniles »

« Avec les réductions d’effectifs dans les administrations, on constate sur le terrain la diminution des contrôles. »

« Un armement propriétaire d’une concession sera plus intéressé à consommer son quota alloué par les scientifiques lorsque cette espèce aura une meilleur valeur marchande et de la sorte, les périodes de reproduction seront respectés. »

« Aquaculture D’accord pour la développer à la condition que les aquacultures garantissent à 100% que leurs poissons gavés d’antibiotique ne partent pas de leur élevage et contaminent les poissons sauvages. »

« Pour apporter une vue approfondie des ressources marines, pour mieux définir les quotas, il faudrait promouvoir des programmes de recherche entre Etats membres pour centraliser les données, les stocks halieutiques ne s’arrêtant pas aux frontières et les mouvements des différents stocks entre bassins ne sont pas connus. »

La position du groupe des Verts au Parlement européen

Intéressant de constater que ces témoignages rejoignent la position du groupe des Verts européens au Parlement, à savoir l’instauration de critères environnementaux et sociaux à respecter pour donner le droit de pêcher.

« Pêcher moins, pêcher mieux, pour gagner plus »

Le droit de pêcher devrait être basé sur des critères environnementaux et sociaux
– Contribuer à l’économie locale : Les activités de pêche doivent bénéficier aux communautés côtières, par exemple en y basant les activités des navires (équipages, approvisionnement) ou en y débarquant les prises locales.
– Créer et maintenir des emplois durables : « être pêcheur est un métier noble ». Les pratiques de pêche offrant le plus d’emplois ainsi que des systèmes de partage de bénéfices plus équitables devraient être favorisées. Un métier noble préserve la ressource en respectant les fonds marins, les habitats, les périodes de reproduction, il contribue à la qualité de vie du pêcheur.
– réduire les capacités de pêche pour améliorer les flottes et diminuer leur incidence sur l’environnement. Certaines pratiques dévastent les fonds marins ou encore capturent lors des périodes de reproduction, il s’agit d’inciter les pêcheurs à la sélectivité des engins et des techniques les plus soutenables pour l’écosystème marin et imposer la suppression des bateaux les plus destructeurs.
– Respecter les règlementations en vigueur : Entre 11 et 26 millions de tonnes de poisson sont pêchées illégalement chaque année dans le monde, soit 15% des prises totales. Pêcher en toute légalité préserve les emplois et les ressources.
– Pêcher dans le respect de l’environnement marin. Nul besoin de racler le fond des océans pour nourrir les hommes. Le chalutage de fond et certaines techniques de pêche ratissent tellement large qu’elles capturent des espèces hors quotas voire des espèces non marines. Arrivées à bord, elles sont sans vie et rejetées. Un objectif de zéro rejet doit être mis en place.
– Consommer moins de carburant pour émettre moins de CO2 : certains pratiques de pêche nécessitent de grandes quantités de carburant par rapport aux prises. Un navire consommant relativement peu pour une quantité donnée de prises est préférable.
– Donner priorité à un poisson de qualité : le poisson non abîmé pendant la pêche ou débarqué très frais a une plus grande valeur commerciale. Une moindre prise de poissons de qualité assurera le même revenu qu’une grande capture de poissons endommagés et moins frais. L’approche « pêcher moins pour gagner plus » devrait être la priorité.
– Destiner la pêche à la consommation humaine : certaines espèces sauvages sont pêchées pour la fabrication de farine ou d’huile (à destination du poisson d’élevage). L’accès préférentiel devrait toujours être accordé aux pêcheries pour la consommation humaine directe.

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