Procès des assassins de Hrant Dink : alors que la justice s’enlise, la population se mobilise

18 mai 2010
Hélène Flautre, qui s’est rendue au procès et a rencontré la famille, constate un enlisement du dossier.

Non seulement, l’impunité demeure vis à vis des responsables dans le défaut de protection du journaliste mais le manque de volonté dans l’établissement de la vérité s’affiche désormais comme une évidence. Refusant de mener les investigations nécessaires à l’établissement de liens entre différents assassinats, les milieux ultranationalistes et certains responsables au sein de l’armée ou de l’Etat, la justice persévère dans la thèse d’un acte isolé.

Hélène Flautre soutient le courage et la détermination de la famille sans laquelle le procès se serait certainement déjà achevé en une parodie de justice. En raison des enjeux de ce procès pour l’ensemble de la société turque, elle s’associe à leur revendication que des Procureurs soient exclusivement en charge de l’affaire. La famille de Hrant Dink se désespère en effet chaque jour davantage d’une justice turque qui prouve ici son incapacité à répondre aux exigences d’un procès équitable tel que garanti par le droit turc et la Convention européenne des droits de l’Homme.

Non encore résignée, la famille continue cependant de vouloir « déranger par son existence » à chaque audience et dans ses activités au sein de la Fondation Hrant Dink. C’est d’ailleurs également le cas de la population qui est venue nombreuse exiger la vérité et soutenir la famille aux alentours du tribunal. La présence désormais systématique d’un collectif des familles de victimes d’assassinats politiques témoigne d’un dépassement du combat en faveur de la réconciliation arménienne pour une revendication plus large en faveur de nouveaux fondements pour un Etat démocratique.

Pour Hélène Flautre, qui participait également à la manifestation, le maintien de la mobilisation populaire démontre l’impatience et la volonté de la Turquie à changer.

Hrant Dink a été poursuivi en justice pendant plusieurs années en raison de ses activités journalistiques et de l’exercice de sa liberté d’expression, notamment dans le cadre de son combat pour la reconnaissance du génocide arménien. Il a été tué par balles le 19 janvier 2007 à Istanbul dans les environs de la rédaction d’Agos, l’hebdomadaire qu’il avait créé en 1996.

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