Sandrine Bélier : « Un nouveau pas franchi pour la biodiversité à Hyderâbâd »

25 octobre 2012
Après plus de deux semaines de négociations tendues, le sommet international pour la biodiversité s’est achevé samedi 20 octobre 2012 à 2h30 du matin. Pas moins de 180 pays étaient rassemblés pour négocier le devenir de la préservation du vivant. Pour Sandrine Bélier, eurodéputée EELV, membre de la délégation officielle du Parlement européen présente sur place, le bilan de ces négociations est positif. La communauté internationale a su faire preuve de volontarisme et a acté une étape supplémentaire pour la préservation de la biodiversité, deux ans après les accords historiques de Nagoya.
Quel bilan tirer de cette conférence internationale pour la diversité biologique ?

Le sommet s’est finalement conclu sur une bonne nouvelle : les pays signataires de la Convention pour la diversité biologique ont décidé de doubler les financements, des pays développés vers les pays en développement, d’ici 2015 pour mettre en œuvre le plan de sauvetage du « vivant » (stratégie 2010-2020). Les flux financiers internationaux devront se maintenir à ce niveau jusqu’en 2020 en faveur de la protection de la biodiversité dans les pays en développement, les pays les moins avancés, les petits Etats insulaires en développement et les économies en transition. Ce sont des engagements qu’il faudra bien évidemment retrouver dans les budgets européens à venir. Les contributions des 27 pays de l’UE représentent actuellement tout de même 53 % du budget global mondial de l’aide publique au développement.

A quoi servira ce nouveau budget ?

Il permettra de mettre en œuvre les 20 objectifs de la Stratégie d’Aichi 2010-2020, actés à Nagoya en 2010 : lutter contre la sur-pêche, développer l’éducation à l’environnement, mettre en œuvre des plans de conservation… Il s’agit aussi par exemple de créer un réseau d’aires protégées terrestres (17 %) et marines (10 %). Aires marines qui représentent à peine 1 % aujourd’hui. C’est l’une des avancées du sommet d’Hyderâbâd : des « aires marines d’intérêt biologique ou écologique » ont été définies dans le Pacifique Sud Ouest, les Caraïbes, l’Atlantique Centre Ouest et dans la Méditerranée. La Norvège et l’Islande ont bloqué la désignation de zones dans l’Atlantique Nord, reportant les discussions à la prochaine conférence des parties en 2014.

L’Union européenne est-elle arrivée unie à Hyderâbâd ? A-t-elle négocié d’une seule voix ?

Pendant ces dix jours de négociations, l’Union européenne a eu beaucoup de mal à trouver une position commune aux 27 Etats-membres. Et cela a ralenti les négociations internationales, car faute de position commune, sur la mobilisation des financements notamment, l’UE restait silencieuse. Chaque jour, plusieurs réunions de coordination européenne ont été nécessaires pour aboutir à une position commune de la part de la communauté. La Grande-Bretagne, soutenu un temps par la Suède – en particulier, s’opposait à tout engagement quantifié des financements. Cela a paralysé les négociations et affaibli les positions de l’UE. Les dissensions internes et les égoïsmes nationaux des pays de l’Union européenne ont considérablement ralenti les négociations mais au final, et une fois que l’UE a pu s’exprimer au nom de ses 27 Etats, elle a retrouvé son poids et son influence dans les débats internationaux.


Sandrine Bélier de retour d’Hyderâbâd

Êtes-vous optimiste pour l’avenir ?

L’enjeu de ce sommet était important puisqu’il s’agissait de s’inscrire dans la continuité des décisions historiques actées en 2010 à Nagoya. C’est un soulagement car la communauté internationale démontre qu’elle est encore capable de volontarisme en matière d’environnement… Après la déception du Sommet Rio + 20 et à quelques mois du prochain sommet pour le climat, on ne pouvait pas se permettre un signal négatif.

A Hyderâbâd, Delphine Batho a annoncé la ratification par la France du Protocole de Nagoya sur le partage des avantages issus de la biodiversité en 2013 – ce qui va dans le bon sens puisque 50 pays doivent ratifier ce texte afin qu’il puisse entrer en application. Annonce et ambition partagées par l’Union européenne qui forte de ses 27 Etats détient la clé de l’entrée en vigueur rapide de ce protocole. La Commission européenne a transmis une proposition de législation en ce sens au Parlement et au Conseil. Pour le Parlement, c’est la commission Environnement qui est saisie et quatre autres commissions parlementaires pour avis. Et j’ai été nommée rapporteur principal pour mener ces travaux. 

La route reste sinueuse et longue vers un modèle de société pérenne basée sur l’utilisation et la gestion économe du bien commun qu’est notre capital nature. Et une nouvelle étape été franchie à Hyderâbâd. Maintenant, et en attendant le prochain sommet en 2014 en Corée du sud, c’est au Parlement européen de franchir une étape supplémentaire dans les mois a venir et je m’y emploierai.

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