Victoire citoyenne contre le chalutage en eaux profondes

24 février 2014
Le chalutage en eaux profondes est une pratique de pêche décrite par les chercheurs comme « la plus destructrice de l’histoire ». Les filets raclent sans discernement le fond de l’océan, provoquant la destruction sans retour d’un patrimoine marin de plusieurs millénaires (coraux, éponges, sédiments), détruisant l’habitat et le milieu de vie d’espèces fragiles dont certaines sont encore inconnues, condamnant ces espèces à la disparition.

Cette atteinte à la vie abyssale, perpétrée dans les eaux européennes par quelques flottes industrielles, principalement françaises et espagnoles dépendant d’enseignes de la grande distribution, s’opère au profit d’une rentabilité économique dérisoire, artificiellement subventionnée.

Lorsqu’en 2012 la Commission européenne propose l’interdiction de cette pratique (sans interdire pour autant la pêche en eaux profondes comme la palangre à condition qu’elle soit pratiquée de manière prudente et sélective), un vif débat a lieu au Parlement européen. Il oppose ceux qui, comme les parlementaires écologistes, appuient cette mesure de protection et de précaution au nom de l’intérêt commun (tout en proposant des mesures de reconversion des chalutiers en palangriers afin de ne pas pénaliser l’emploi) et ceux qui, à droite comme à gauche, soutiennent le statut quo en prétextant, contre toute évidence, que le chalutage est inoffensif et, à rebours de la réalité, qu’il conditionne des milliers d’emplois. C’était sans compter la mobilisation des consciences citoyennes autour de l’impératif écologique. De larges secteurs de la société s’emparent du débat, grâce au travail de conviction mené par les ONG, provoquant un phénomène social massif et inattendu : 830 000 personnes signent une pétition demandant, à l’appui de la proposition de la commissaire européenne à la Pêche et des positions du groupe écologiste, l’interdiction de la pratique du chalutage en mer profonde. Ce mouvement spontané témoigne de manière spectaculaire d’une volonté de préserver le fond des océans, patrimoine de l’humanité et précieux réservoir de biodiversité.

Cependant, le 10 décembre 2013, la logique productiviste du toujours plus, plus loin, plus profond l’emporte de justesse au Parlement européen. Si ce vote s’impose sur le plan juridique et ne peut être remis en cause, son résultat est en réalité trompeur et tout le monde en est convaincu : nombre de députés ont fait savoir après coup qu’ils s’étaient involontairement trompés dans leur vote, affirmant ainsi, mais un peu tard, leur accord avec l’interdiction. De fait, la majorité est inversée. Le message politique est clair même si le résultat du scrutin ne peut être modifié.

Mais l’histoire ne s’arrête pas aux portes du Parlement européen. Face au refus institutionnel, la mobilisation citoyenne a perduré et s’est fait entendre. Plusieurs enseignes de grande distribution ont publiquement annoncé le retrait des espèces en eaux profondes de leurs étalages. Quant à l’enseigne leader de la vente des espèces en eaux profondes, les appels et menaces des citoyens-consommateurs au boycott de ses magasins l’ont poussée à revenir à la raison. Le 31 janvier dernier, la Scapêche, le principal armateur de pêche en eaux profondes (pour le compte d’Intermarché), s’est publiquement engagé à réduire la profondeur de pêche de 1200 à 800 mètres, à déclarer les espèces capturées et à s’impliquer dans la sauvegarde des fonds marins.

Même si écologistes, associations et scientifiques considèrent la limite de 400 mètres comme le seuil de préservation a minima, l’engagement de la Scapêche est positif. C’est un compromis qui annonce de futures avancées pour la protection des fonds marins, dans l’intérêt des pêcheurs et au profit des biens communs de l’humanité.

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