Après Trappes et le 17 octobre, défendre la République et l’Europe démocratique

3 novembre 2026

Après le chaos du 17 octobre et la tuerie de Trappes, je l’affirme : le pouvoir macroniste, la droite et l’extrême droite ont attisé les haines. La gauche et les écologistes doivent défendre pied à pied l’État de droit, et la droite doit rompre immédiatement son alliance avec l’extrême droite.

Ces derniers mois, les macronistes, la droite et l’extrême droite n’ont pas arrêté de jeter de l’huile sur le feu et d’exciter les haines conduisant à l’explosion du 17 octobre et au drame de Trappes. C’est à la gauche et aux écologistes que revient la lourde responsabilité de défendre l’état de droit et d’agir pour rétablir la concorde civile. La crise française est cependant aussi une crise européenne : le PPE doit rompre d’urgence l’alliance qu’il a conclu depuis 2024 avec l’extrême droite.

Pendant plusieurs semaines le gouvernement de Sébastien Lecornu a choisi de matraquer nos jeunes, de leur lancer des grenades et de les placer massivement en garde à vue au lieu de chercher à dialoguer et à répondre à leurs revendications parfaitement légitimes. L’incompétence dramatique de ce gouvernement a culminé le 17 octobre dernier. Après avoir fait charger et gazer sans aucune raison les personnes participants à la manifestation autorisée réunies sur la place de la République à Paris, il a laissé les casseurs et les pilleurs se répandre dans tout Paris mais aussi à Marseille et dans nombre d’autres villes, sans rien tenter ou presque pour les empêcher de nuire. Avec notamment pour conséquence l’incendie et la destruction de la mairie de Limoges.

L’incroyable incurie du gouvernement

Une telle incurie semble tellement incroyable que certains observateurs ont pu se demander si le gouvernement n’avait pas cherché à provoquer ce chaos. Mais comme le disait l’ancien premier ministre Michel Rocard il faut “toujours préférer l’hypothèse de la connerie à celle du complot, car la connerie est courante tandis que le complot exige un esprit rare.”

Au lieu de chercher à éteindre l’incendie qu’ils avaient allumé en s’efforçant (enfin) de négocier pour calmer le jeu, ce même gouvernement et les partis qui le soutiennent, ont essayé durant les jours suivants de rejeter la responsabilité de la casse et des pillages sur La France Insoumise, bien qu’aucun élément ne vienne corroborer une telle hypothèse. Cette manière indigne de tenter de se défausser de ses (lourdes) responsabilités n’a cependant pas trompé grand monde.

Le risque d’une crise financière majeure

Pour ne rien arranger, ce fiasco s’est déroulé sous les yeux du monde entier à un moment où la gestion budgétaire désastreuse d’Emmanuel Macron depuis dix ans avait déjà placé les finances publiques françaises dans une situation extrêmement précaire. Cette conjonction a eu comme conséquence une envolée sans précédent des taux d’intérêt sur la dette française, plaçant le pays au bord d’une crise financière majeure. 

Pendant ce temps les médias aux ordres des milliardaires d’extrême droite, mais aussi de nombreux responsables politiques de droite et d’extrême droite, pointaient du doigt de façon totalement irresponsable les noirs et les arabes, les accusant d’être à l’origine des pillages. Au point qu’un excité d’extrême droite a fini par prendre une kalashnikov pour tirer dans le tas sur les passants à Trappes et à La Verrière, dans le département des Yvelines dont je suis originaire, tuant une personne noire, Pengo Bossio Wangi, et en blessant cinq autres dont une enfant musulmane de 12 ans. Trappes c’est la ville que Jordan Bardella avait qualifié en 2022 de “république islamique en miniature, la capitale européenne du Djihad”, une manière de désigner ses habitants comme des cibles privilégiées à tous ses partisans.

La droite et l’extrême droite attisent les haines et le racisme

Entre l’irresponsabilité et l’incurie du pouvoir macroniste finissant, la menace d’une grave crise financière et le jeu extrêmement dangereux de la droite et l’extrême-droite qui attisent le racisme et les haines, notre pays se trouve confronté à une situation critique avant même l’élection présidentielle de 2027. Dans un tel contexte, c’est à la gauche et aux écologistes qu’incombe la lourde tâche de se montrer responsables pour tout le reste de l’éventail politique en défendant pied à pied la République et l’Etat de droit et en agissant partout pour faire baisser les tensions.  

Cette profonde crise économique, sociale et politique a bien entendu des caractéristiques spécifiquement françaises mais la poussée de l’extrême droite et du racisme qui l’accompagne se font sentir également partout ailleurs en Europe. La responsabilité des politiques européennes dans cette évolution désastreuse des opinions publiques à l’échelle du continent est clairement engagée.

Cette crise est aussi une crise européenne

Depuis plusieurs décennies, l’UE a été incapable en effet d’agir contre le dumping social et fiscal à l’intérieur de l’Union elle-même comme de protéger les européens des dégâts du dumping social et environnemental externe dans une mondialisation dérégulée. Elle a été incapable de préserver et de renforcer l’autonomie stratégique de l’Europe qu’il s’agisse de notre dépendance aux énergies fossiles ou du numérique.

Elle a aussi nourri l’obsession antimigrants au lieu de la combattre avec la politique aussi coûteuse qu’inefficace de « forteresse Europe ». Avec son obsession récente pour la dérégulation tous azimuts, elle est de plus devenue une menace supplémentaire pour la santé et le bien être des Européens tant elle parait soumise désormais à tous les desideratas des lobbies de la chimie ou de l’agro-industrie. Tout se passe comme si les dirigeants européens cherchaient à tout prix à développer les populismes et le sentiment antieuropéen au sein de la population du continent. 

L’union des droites est déjà réalisée au Parlement européen

Sur le plan politique, le Parlement Européen est devenu aujourd’hui le laboratoire de l’union des droites à l’échelle du continent avec l’alliance quasi systématique désormais entre les conservateurs du PPE et les trois groupes d’extrêmes droites pour imposer ensemble des politiques toujours plus réactionnaires dans tous les domaines d’actions de l’Union.

En agissant ainsi, Manfred Weber (le chef de file du PPE au Parlement européen), Ursula von der Leyen (la Présidente de la Commission européenne), Roberta Metsola (la Présidente du Parlement européen) et leurs ami·e·s jouent avec un feu extrêmement dangereux. La crise française montre aussi qu’il est urgent que le PPE se ressaisisse enfin et rompe son alliance avec l’extrême droite avant qu’il ne soit trop tard pour le projet européen et la démocratie sur notre continent…

 

Mounir Satouri

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