Pourquoi plus d’Ecologie c’est plus d’emplois

24 avril 2009
Selon le GIEC, le groupement de climatologues qui a reçu le prix de Nobel de la paix, il nous reste au maximum sept ans pour inverser la courbe mondiale du CO2 afin d’avoir une chance de limiter les dégâts du réchauffement : résoudre la crise climatique est donc tout aussi urgent que résoudre la crise sociale.
La vraie question est donc de savoir s’il existe un chemin pour transformer la solution au problème climatique en solution au problème social. Si la réponse était négative, nous serions en très grande difficulté. Heureusement, elle est positive. Mais encore faut-il faire les bons choix. L’élection de Barack Obama aux États-Unis montre qu’un pays peut changer. Le 7 juin, l’Europe devra à son tour se doter d’une nouvelle majorité.

Quels sont les secteurs les plus émetteurs de gaz à effet de serre ? Les transports, l’énergie, l’industrie, le bâtiment et l’agriculture. Or, toutes les études montrent que diminuer leurs émissions de CO2 conduit à créer bien plus d’emplois que les laisser continuer à fonctionner comme aujourd’hui. Les mesures pour isoler les 17 millions de logements qui, en France, ne sont pas aux normes thermiques créeraient 120 000 emplois sur l’ensemble des territoires pendant plus de vingt ans. Un chiffre évalué par la Commission européenne à un million en Europe.

Par ailleurs, la France s’est engagée, dans le cadre du pa-quet Énergie-Climat européen, à produire 23 % de son énergie à partir de ressources renouvelables comme le solaire et l’éolien. Selon une étude européenne, le fait de passer de la situation actuelle (10,3 %) à 23 % permettrait de créer plus de 240 000 emplois en France, selon le Syndicat des énergies renouvelables. Pourquoi ? Parce que l’intensité en emploi des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique est nettement supérieure à celle des modes de production énergétique dominants, comme le pétrole, le gaz ou le nucléaire. Selon une étude publiée en décembre 2008 par un laboratoire du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), il faut seize emplois dans l’isolation des bâtiments pour générer un million d’euros de chiffre d’affaires, quand le même million d’euros dans le raffinage de pétrole n’en crée que trois.

Dans l’agriculture, si nous passions de 2 % de la surface agricole cultivée en bio à 9 %, comme en Autriche, le meilleur de la classe européenne, nous pourrions créer 90 000 emplois4. Et il n’y a aucune raison de s’arrêter à 9 %. Si nous allions jusqu’à 15 %, nous pourrions créer environ 150 000 emplois. Au total, ce sont 10 millions d’emplois verts non délocalisables que l’on peut créer en Europe, en y incluant le développement des emplois de service aux personnes. Soit entre 500 000 et 1 million en France.

Les créations d’emplois ne sont que l’un des aspects positifs de la mécanique vertueuse de la conversion écologique des principaux secteurs émetteurs de CO2. L’isolation des logements, par exemple, permet de réduire la facture énergétique des ménages de 80 %, soit plusieurs centaines d’euros par an. Pour que ces travaux puissent être profitables tout de suite et que les économies soient immédiates, leur coût doit être pris en charge partiellement ou totalement en fonction des revenus des foyers concernés. Ce qui représente une somme pour l’État français compriseentre 5 et 7 milliards d’euros par an. Un investissement qui crée des emplois et améliore le pouvoir d’achat. Une partie de l’investissement est donc récupérée immédiatement par l’État en cotisations supplémentaires qui vont financer la protection sociale, et en impôt sur les sociétés des entreprises du bâtiment.

Dernier élément du cercle ve rtueux qui peut s’enclencher : la diminution du déficit commercial et la relocalisation de la valeur ajoutée. En 2008, la facture énergétique (gaz, charbon et pétrole) a coûté à la France près de 60 milliards d’euros, soit 85 % du montant total du déficit commercial. Dit autrement : nous avons collectivement envoyé 60 milliards d’euros vers le Qatar, l’Arabie Saoudite, la Russie ou encore le Venezuela, et dans les caisses de Total et des autres majors. Investir dans l’efficacité énergétique des logements, remplacer des voitures gourmandes en carburant par des transports collectifs dont l’électricité est fournie par des éoliennes ou des panneaux solaires implantés localement revient à conserver en France une partie de cette somme. Et à garder chez nous la valeur ajoutée pour qu’elle crée des emplois ici.

Plus d’écologie, c’est donc plus d’emplois, tout de suite et de manière pérenne.

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